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Ossétie: Délicate sortie de crise

Publié le 13 août 2008 à 12h36 par

La paix semble être en bonne voie dans le Caucase. Les présidents russe et géorgien sont parvenus mardi, par l'intermédiaire de Nicolas Sarkozy, à un accord de principe prévoyant la fin des hostilités. Mais les causes du conflit ne sont pas réglées: la clause prévoyant le statut des provinces séparatistes a été retirée. Difficile aussi de définir un responsable. La Russie, bien que montrée du doigt, sort la tête haute.

Bernard Kouchner est fier de présenter l'accord de principe en vue de la paix dans le Caucase aux Vingt-Sept, mercredi après-midi. - Reuters
Bernard Kouchner est fier de présenter l'accord de principe en vue de la paix dans le Caucase aux Vingt-Sept, mercredi après-midi. (Reuters)


Après les affrontements, le règlement. Lors d'un déjeuner mardi au Kremlin avec le président russe Dmitri Medvedev et le Premier ministre Vladimir Poutine, Nicolas Sarkozy a rédigé à la main un plan de paix, en six points approuvé également, le soir même, par le président géorgien Mikhaïl Saakachvili. Approuvé oui, mais en partie. Le plan, préparé par l'Union européenne (UE), prévoit notamment la fin des activités militaires, l'engagement des parties à ne plus recourir à la force, et l'accès de l'aide humanitaire aux zones sinistrées par les bombardements. Plus concrètement, il exige également le retrait des forces russes et le retour des unités géorgiennes à leurs cantonnements.

Le sixième point a cependant été amendé, ce qui ne règle pas définitivement le conflit. En effet, le plan ne définit pas le statut futur de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, mais les "conditions de stabilité et de sécurité". Selon l'Elysée, la France "n'a rien cédé du tout" en incluant dans le document le respect de "la souveraineté et de l'indépendance" de la Géorgie, plutôt que "l'intégrité du territoire" du pays, dont la définition est au coeur du conflit. La Russie a accepté cet amendement géorgien. De quoi satisfaire le chef de l'Etat français qui assurait mardi que l' "on n'est pas encore à la paix mais on est à la cessation provisoire des hostilités, ce qui est, chacun voudra bien le noter, un progrès sensible". Le texte, qui doit être présenté mercredi aux ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept réunis à Bruxelles, servira de base juridique à une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU. Ce qui est vu par certains comme une victoire de la "stratégie Sarkozy" n'est qu'une première étape: reste à accorder tout le monde sur l'issue du conflit qui a opposé les deux pays.

Quel responsable?

A Bruxelles, toujours, on cherche à définir le responsable du conflit. Et presque tous les regards sont tournés vers Moscou. Selon certains diplomates européens, les ministres des Affaires étrangères vont tenter de s'entendre sur une action symbolique pour manifester leur désapprobation à la contre-offensive militaire russe. Les Etats-Unis, de leur côté, l'ont déjà fait, à leur manière. Ils ont annulé mardi des manoeuvres navales conjointes avec la Russie qui devaient avoir lieu la semaine prochaine dans l'océan Pacifique avec des navires français et britanniques. Pour la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, c'est toute la crédibilité diplomatique de la Russie qui est mise en cause. Elle a déclaré ainsi que les opérations militaires russes avaient mis en péril l'intégration du pays au sein des institutions internationales. De son côté, Londres a qualifié l'incursion russe d'"agression flagrante". L'Europe, quant à elle, souligne qu'elle a "bien expliqué à (Vladimir) Poutine et à (Dmitri) Medvedev qu'avec ce conflit ils sont en train de tout mettre par terre dans cette affaire".

Mais les avis sont partagés, ou nuancés. Des proches du président français ont déclaré que les autorités géorgiennes sont "tombées dans un piège grossier" tendu par Moscou en Ossétie du Sud, déclenchant un engrenage "disproportionné" des forces russes, avant d'ajouter que "Mikhaïl Saakachvili a fait la folie d'aller bombarder en pleine nuit une ville ossète" et les Russes ont répliqué. Et de conclure: Le président géorgien "a joué, il a perdu" et le résultat, c'est "une Géorgie attaquée, pulvérisée par sa faute".

Pas de règlement définitif

Aux yeux de l'Elysée, "les Etats-Unis sont sur le banc de touche" pour influer sur la situation dans le Caucase car trop proches de la Géorgie, "L'OSCE est trop faible" et "l'Onu est divisée". Dans ce conflit, l'UE a une immense carte à jouer comme "interlocuteur accepté et sollicité par la Russie". D'ailleurs, certains pays de l'Union sont favorables à l'envoi de soldats de maintien de la paix ou d'observateurs européens en Abkhazie et en Ossétie du Sud même s'ils s'attendent à une forte réticence de la part de Moscou. Le ministre des Affaires étrangères français, Bernard Kouchner a déclaré mercredi souhaiter l'envoi de "moniteurs", afin de superviser la mise en oeuvre de l'accord de paix.

En attendant, même s'il permet au président géorgien de rester en place, l'accord contient des clauses qui ont de quoi satisfaire la Russie. Le texte ne prévoit en effet aucun calendrier précis pour les retraits militaires, et autorise même Moscou à prendre des "mesures additionnelles de sécurité" près de l'Ossétie du Sud, c'est-à-dire à renforcer sa présence militaire en territoire géorgien, dans l'attente du "mécanisme international" de surveillance réclamé par Tbilissi. Un contrôle est toutefois nécessaire, tant l'accord de discussion accepté par toutes les parties a du mal à être mis en place: Tbilissi accuse toujours la Russie de mener encore des attaques dans la ville géorgienne de Gori.


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