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Pakistan: "Ça ressemble à un coup d'Etat"

Publié le 03 novembre 2007 à 22h15 par

Le président pakistanais Pervez Musharraf a décrété l'état d'urgence samedi. Les forces de l'ordre ont pris position, les télévisions privées ont cessé d'émettre. La rumeur courait de longue date, et ne semble pas surprendre à Islamabad. Mais ses opposants crient au coup d'Etat, et estiment que le général a fait une grosse erreur. L'allié américain, lui, se dit profondément troublé.

Musharraf parle d'un dernier recours contre les violences. Ses opposants crient au coup d'Etat. - Reuters
Musharraf parle d'un dernier recours contre les violences. Ses opposants crient au coup d'Etat. (Reuters)
Le président pakistanais Pervez Musharraf a décrété l'état d'urgence samedi. Les forces de l'ordre ont pris position, les télévisions privées ont cessé d'émettre. La rumeur courait de longue date, et ne semble pas surprendre à Islamabad. Mais ses opposants crient au coup d'Etat, et estiment que le général a fait une grosse erreur. L'allié américain, lui, se dit profondément troublé.

"C'est la pire des solutions pour Pervez Musharraf, mais c'était aussi la seule qui lui permette de conserver ses vêtements, son costume de président et son uniforme de chef des armées." Un jugement sans appel pour cet expert à Islamabad qui s'exprimait sous couvert d'anonymat, après l'instauration hier de l'état d'urgence au Pakistan. "Seulement là, il est allé trop loin. Instaurer l'état d'urgence n'est pas un acte anticonstitutionnel, mais arrêter le président de la Cour suprême, couper les communications et interdire les médias privés, ça ressemble à un coup d'Etat."

Les forces de l'ordre se sont rapidement déployées autour des bâtiments officiels, une centaine de soldats ont pris position dans la Cour suprême, symbole de la récente résistance au pouvoir, puis les militaires ont commencé à bloquer les artères principales de la capitale. En quelques heures, Islamabad est devenue une ville garnison. D'abord hébétés, les habitants sont progressivement sortis pour constater ce "vol de la démocratie", comme l'affirme l'un d'eux. Puis, face aux militaires, habitués aux coups de force, impuissants, ils sont rentrés chez eux. "On verra ça à la télévision", s'amuse Amir, jeune étudiant, avant de lancer, tout sourire: "Ah non, pas à la télévision, ils ont coupé les programmes !" Les premières rumeurs d'état d'urgence ont été diffusées par les chaînes privées, rapidement mises au pas. Les médias audiovisuels privés sont désormais interdits. Jusqu'à nouvel ordre. Officiellement, les autorités ont mis en place l'état d'urgence pour lutter plus efficacement contre la violence extrémiste. Une violence qui a fait près de 700 tués, dont les deux tiers par des attentats-suicides. Une vague sans précédent au Pakistan.

"Ce sont ses derniers jours"

"Normalement, Pervez Musharraf est un bon tacticien. C'est même un politicien plutôt doué. Mais là, il fait une grosse bêtise. Il risque même de se mettre les Américains à dos. Rien ne l'obligeait à arrêter le président de la Cour suprême et à nommer immédiatement son remplaçant. Rien ne l'obligeait non plus à suspendre la Constitution", indique un diplomate français. Selon Aitzaz Hassan, avocat du président de la Cour suprême, le juge Chaudhry, au moment de son arrestation, était samedi soir chez lui: "Pervez Musharraf a perdu. Ce sont ses derniers jours. Il vient de prendre le pays en otage. ça ne durera pas." Encadré par les forces de l'ordre, le célèbre juge est désormais un prisonnier. Son tort: s'être opposé au président pakistanais.

Ailleurs, dans la capitale, les gens ne semblent pas trop perturbés par ce changement subi. Depuis quelques jours déjà, la presse évoquait cette possibilité. L'instauration de la loi martiale, régime encore plus dur que l'état d'urgence, était même évoquée. "Avec les militaires, on ne sait jamais. Je ne suis pas tranquille. Maintenant, ils peuvent venir m'arrêter chez moi pour n'importe quoi. Ils en ont le droit", explique Syed Irfan Ashraf, journaliste pour Dawn News, jeune chaîne de télévision en anglais dont les programmes sont censurés depuis quelques heures. "Plus aucune critique n'est désormais tolérée. En gros, c'est tous derrière Musharraf ou la prison", dit encore Irfan sous forme de plaisanterie à peine masquée. Consciente des dangers liés à l'état d'urgence, Benazir Bhutto s'est, elle, envolée en milieu de semaine pour Dubai. Puis elle a décidé de revenir. Elle a atterri hier soir à Karachi. Pour beaucoup, elle porte les espoirs d'un vrai retour à la démocratie, mais depuis l'attentat manqué contre elle, le jour de son retour au pays après huit ans d'exil, qui a fait près de 150 morts, Benazir Bhutto craint pour sa vie.

Depuis la présidentielle du 6 octobre dernier, qui a vu la confortable victoire de Pervez Musharraf, la Cour suprême doit statuer sur la validité de sa candidature. Elle aurait dû rendre son verdict plus tôt, mais, de discussion en discussion, la Cour ne devait reprendre ses débats qu'après le 12 novembre. Or, le 15 novembre, son mandat prenant fin, Pervez Musharraf aurait dû rendre son uniforme de chef des armées et son costume de président.

Les Etats-Unis ont regretté hier l'instauration de cet état d'urgence. La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice s'est dite troublée hier à Istanbul: "Les Etats-Unis ont été clairs sur le fait qu'ils ne soutiennent pas les mesures extraconstitutionnelles parce que ces mesures vont entraîner le Pakistan hors de la voie vers la démocratie et un régime civil."


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