Pakistan: L'après Musharraf
Publié le 05 septembre 2008 à 13h30 par Marianne ENAULT
Moins d'un an après l'élection présidentielle qui avait vu la reconduction au pouvoir de Pervez Musharraf, le Pakistan se choisit un nouveau chef d'Etat samedi. Selon toute vraisemblance, c'est le veuf de Benazir Bhutto, Asif Ali Zardari, qui devrait être désigné. Mais l'impopularité du leader du Parti du peuple pakistanais, ajoutée à la recrudescence des attentats, pourrait plonger le pays dans la crise.

Selon toute vraisemblance, le veuf de Benazir Bhutto, Asif Ali Zardari, devrait être le prochain président du Pakistan. (Reuters)
Au Pakistan, on l'appelle "Monsieur 10%". Pour les commissions qu'il avait l'habitude d'empocher quand il n'était "que" le mari de Benazir Bhutto, la dirigeante du Parti du peuple pakistanais (PPP). Sa mort dans un attentat en décembre dernier l'a propulsé à la tête de la formation d'opposition, qu'il co-dirige avec le fils de sa veuve. Puis à la tête de l'Assemblée, le PPP ayant remporté les législatives de février dernier. Samedi, Asif Ali Zardari espère franchir la prochaine étape, en remportant l'élection présidentielle.
Car moins d'un an après l'élection de Pervez Musharraf à la tête du pays, le Pakistan se choisit déjà un nouveau président. Acculé par une procédure de destitution, le président pakistanais a préféré renoncer le 18 août dernier. Il avait alors annoncé sa démission, expliquant placer l'intérêt de la Nation au-dessus de son propre intérêt, mettant ainsi un terme à son règne de presque une décennie, lui qui était arrivée au pouvoir à la faveur d'un coup d'Etat en 1999.
La coalition a volé en éclats
Et selon toute vraisemblance, Asif Ali Zardari devrait être élu par le collège électoral pakistanais, composé par le Sénat, l'Assemblée nationale et les quatre assemblées provinciales. Et ce, en dépit de la rupture avec son partenaire de la coalition victorieuse des législatives en février dernier. Peu après la démission de Musharraf, celle-ci a en effet volé en éclats, son autre leader, l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif, reprochant à Zardari de ne pas avoir tenu ses engagements. Il avait notamment promis de réintégrer dans leurs fonctions les magistrats limogés par Pervez Musharraf. Ce qu'il n'a toujours pas fait. Hypothèse avancée, le veuf de Benazir Bhutto craint que ces juges ne relancent les poursuites pour corruption intentées à son encontre, classées l'an dernier dans le cadre d'une amnistie négociée en vue d'une alliance entre Bhutto et Musharraf.
Privé de la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N) de Nawaz Sharif, le leader du PPP compte désormais, outre sa formation, sur les petits partis ultra-laïcs, voire les islamistes, pour l'emporter samedi. Mais son rival n'entend pas rester sans réagir. Il a présenté, le 25 août dernier, son candidat. Il s'agit de Saeed uz Zaman Siddiqui, un ancien président de la Cour suprême. Seul problème, le PML-N dispose de moins de soutien que le PPP au sein du collège électoral.
Washington soutient Zardari plus que Sharif
Nawaz Sharif n'a pas non plus les faveurs de Washington, qui redoute de le voir courtiser les islamistes. Depuis les attentats du 11 septembre, les Etats-Unis ont fait du Pakistan leur principal allié dans leur lutte contre le terrorisme dans la région. Alors que les attentats au Pakistan se multiplient 1 200 morts en un an et que les taliban de l'Afghanistan voisin se renforcent dans les zones tribales frontalières, la Maison blanche attend du prochain président pakistanais qu'il reprenne à son compte les engagements de Pervez Musharraf. Les Etats-Unis préfèrent donc Zardari à Sharif. Même s'ils ne sont pas encore tout à fait convaincus par la volonté du dirigeant du PPP en la matière. Ces dernières semaines, ils ont ainsi préféré traiter directement avec l'armée, multipliant les raids en territoire pakistanais. Asif Ali Zardari l'a bien compris. "Je vais oeuvrer à la défaite du soulèvement taliban intérieur et à garantir que le territoire pakistanais ne soit pas utilisé pour lancer des offensives terroristes contre nos voisins ou contre les forces de l'Otan en Afghanistan", a-t-il promis jeudi dans les colonnes du Washington Post. Et d'ajouter, à l'intention de ceux qui en doutent: "Nous restons au côté des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de l'Espagne et des autres pays qui ont été attaqués" par les terroristes.
Reste que ce "partenariat" avec les Etats-Unis et ces raids menés par l'armée américaine en territoire pakistanais, qui ont fait des victimes dans les rangs civils, provoquent la colère de l'opinion publique. Asif Ali Zardari se retrouve désormais coincé entre le nécessaire soutien de Washington, sa lutte avec Nawaz Sharif et son impopularité croissante chez les Pakistanais. Les observateurs craignent désormais une résurgence des grandes rivalités des années 1990 qui ont conduit au coup d'état militaire de 1999, conjugué aux difficultés économiques croissantes. Le "pays des purs" - le Pakistan, en ourdou se dirige vers un avenir bien incertain.
Articles sur le même thème
Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.
Les discussions les plus actives
- Pour ou contre l'hébergement forcé des SDF ?
- Le PS est-il un panier de crabes ?
- Martine Aubry nouvelle secrétaire du parti socialiste !
- Pour ou contre le retour de Noir Désir ?
- Le Beaujolais nouveau a-t-il un goût de banane ou de fruits rouges ?
- L'adoption par les couples homosexuels en question
- PS : ça sent pas la rose !
- Journée de la gentillesse : quel sera votre geste gentil aujourd'hui ?

Commentaires (1)
papycombiere | il y a 3 mois Signaler un abus Signaler un abus
Dans le deuxième paragraphe, il est écrit que Asif Ali Zardari codirige le parti d'opposition avec "le fils de sa veuve ?" S'il laisse une veuve, c'est qu'il est MORT ! Ah ! Ils sont trop forts, ces pakistanais ! Ou alors, ce sont nos journalistes qui racontent n'importe quoi... Mais ça, c'est pas possible.