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Pakistan: L'opposition dans l'étau d'urgence

Publié le 04 novembre 2007 à 11h16 par

Au lendemain de la proclamation de l'état d'urgence au Pakistan par le président Pervez Musharraf, le pays est bouclé et l'opposition muselée. Plusieurs représentants politiques ont été arrêtés et assignés à résidence. L'ex-Premier ministre Benazir Bhutto, "amèrement déçue", dénonce une "mini loi martiale". Et l'Occident multiplie les mises en garde.

Pour Benazir Bhutto, l'avenir du Pakistan comme démocratie est en jeu. - Reuters
Pour Benazir Bhutto, l'avenir du Pakistan comme démocratie est en jeu. (Reuters)
Au lendemain de la proclamation de l'état d'urgence au Pakistan par le président Pervez Musharraf, le pays est bouclé et l'opposition muselée. Plusieurs représentants politiques ont été arrêtés et assignés à résidence. L'ex-Premier ministre Benazir Bhutto, "amèrement déçue", dénonce une "mini loi martiale". Et l'Occident multiplie les mises en garde.

Le Pakistan s'est réveillé sous le contrôle des forces militaires, dimanche, après la proclamation, la veille, de l'état d'urgence par le président Pervez Musharraf. Les principales artères d'Islamabad, la capitale, étaient bouclées. Les médias privés, coupés dans un premier temps, ont reçu l'ordre impérieux de ne diffuser aucune critique à l'encontre du chef de l'Etat ou du gouvernement, ni aucune déclaration et photo d'activistes islamistes, très actifs dans le nord-ouest du pays. Le président de la Cour suprême, qui devait statuer sur la validité de la réélection de Musharraf à la présidence, et s'apprêtait vraisemblablement à la rejeter, a été démis de ses fonctions et remplacé par un homme plus favorable au président-général.

Plusieurs membres éminents de l'opposition politique ont été arrêtés et assignés à résidence. C'est le cas, notamment, de Javed Hashmi, responsable du parti Nawaz de l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif, que Musharraf avait renversé lorsqu'il a pris le pouvoir en 1999, après un coup d'Etat. "Les jours de Musharraf sont comptés. Le temps est venu de mettre fin au rôle politique de l'armée", a-t-il dit avant d'être emmené par la police, en référence au titre de chef des armées de Musharraf. L'ancien capitaine de l'équipe de cricket, sport extrêmement populaire au Pakistan, a également été placé en résidence surveillée. Mais dimanche, Imran Khan, leader de l'équipe championne du monde en 1992, qui avait exhorté la population à descendre dans les rues, a échappé à la surveillance policière. Plusieurs autres responsables politiques et avocats ont été interpellés. Ces derniers, qui s'étaient déjà opposé au président lorsqu'il avait limogé le président de la Cour suprême une première fois en mars, ont appelé à une grève nationale lundi.

"L'avenir même du Pakistan en tant qu'Etat modéré est en jeu"

Chef de file de l'opposition, Benazir Bhutto, rentrée d'urgence d'un séjour familial à Dubaï, a dénoncé une "mini loi martiale". A son arrivée à Karachi, l'ancienne Premier ministre, revenue d'un exil de huit ans fin octobre, a appelé Musharraf à rétablir la Constitution, suspendue samedi. "Le Parti du peuple pakistanais et moi-même jugeons que l'avenir même du Pakistan en tant qu'Etat modéré est en jeu", a-t-elle dit à la BBC. Celle qui a dû son retour à un accord de partage du pouvoir et de promotion de la démocratie avec Musharraf s'est dite "amèrement déçue" par la décision du président, qui s'est justifié en mettant en exergue la nécessité de lutter contre la paralysie politique et le terrorisme, et elle a dit sa crainte de voir les élections de janvier retardées.

Le discours de Musharraf, qui s'est adressé à la Nation samedi soir, n'a convaincu ni à l'intérieur du pays ni hors des frontières. Après avoir dit leur trouble et leur déception, les Etats-Unis, alliés du Pakistan, ont adressé une nouvelle mise en garde dimanche. La secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a appelé à la retenue, et au maintien des élections libres. "Il est dans le plus grand intérêt du Pakistan et du peuple pakistanais qu'il y ait un retour rapide à la voie constitutionnelle, qu'il soit affirmé que des élections seront organisées pour désigner un nouveau Parlement et que toutes les parties fassent preuve de retenue", a-t-elle dit. Samedi, Londres avait dit sa grave préoccupation. Paris aussi, qui a souhaité "que le dialogue entre toutes les forces politiques pakistanaises puisse garantir la stabilité et la démocratie dans ce grand pays partenaire et ami". La Commission européenne, enfin, s'est dite "inquiète" et a demandé que "le pays poursuivre sa transition démocratique".


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