Pakistan: La répression fait rage
Publié le 05 novembre 2007 à 11h21 par
La tension est montée d'un cran lundi au Pakistan, bouclé par l'état d'urgence, où plusieurs manifestations d'avocats ont été violemment réprimées par les forces de l'ordre. La Cour suprême devait se réunir ce jour pour se prononcer sur la validité de l'élection du président Pervez Musharraf. Les Etats-Unis commencent à tourner le dos et à menacer leur allié dans la région.

Arrestation musclée d'un avocat devant le tribunal de Karachi. (Reuters)
Déjà en première ligne lorsque Pervez Musharraf avait limogé le président de la Cour suprême en mars, les avocats pakistanais ont repris leur contestation lundi. Manifestant contre l'état d'urgence imposé samedi par le président-général, les avocats avaient appelé à la grève, et se sont réunis par centaines devant les tribunaux. La réponse policière et militaire ne s'est pas fait attendre. A Karachi et Lahore, les mouvements ont été réprimés à coups de matraque et de gaz lacrymogènes. Plusieurs dizaines de professionnels de la justice ont été arrêtés dans la capitale économique, et quelque 250 autres dans la grande ville de l'est du pays, où l'on dénombrait aussi plusieurs blessés. D'autres affrontements, moins importants, ont eu lieu à Multan.
Aucune protestation, en revanche, n'a été constatée à Islamabad, la capitale, quadrillée par l'armée depuis samedi. L'état d'urgence a produit son effet: rues bouclées, bâtiments surprotégés, droits civiques et fondamentaux suspendus, détentions arbitraires autorisées. Le pouvoir ne s'est pas gêné pour mettre à profit ces dispositions exceptionnelles, et a arrêté 600 à 700 membres d'un important parti islamiste d'opposition. Le vice-président du Jamaat-e-Islami a précisé que les arrestations avaient eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche, dans deux provinces du sud et du centre du pays. La campagne de répression de l'opposition bat son plein, puisque plusieurs figures éminentes, dont le chef du parti de l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif, avaient déjà été arrêtées samedi. Les médias sont également sous pression. Alors que les chaînes de télévision privées sont toujours interdites d'antenne, la police a investi lundi matin les locaux d'une imprimerie de Karachi, qui appartient au plus grand groupe de presse du pays, empêchant la parution de plusieurs quotidiens.
Rice durcit le ton
Comme l'en a accusé samedi l'ex-cheffe du gouvernement Benazir Bhutto, Musharraf a essentiellement visé la Cour suprême en décrétant l'état d'urgence. La réaction des avocats n'est donc pas surprenante, puisque le président de la haute juridiction, Iftikhar Chaudhry, a de nouveau été limogé, et remplacé immédiatement par un fidèle de Musharraf. L'instance devait se réunir ce lundi pour statuer sur la réélection de l'homme qui dirige le Pakistan depuis 1999. Sa fonction de chef des armées, à laquelle il peine à renoncer, lui aurait vraisemblablement couté un échec devant la Cour suprême. Les élections législatives de janvier seront vraisemblablement repoussées, peut-être d'un an.
Une nouvelle fois, les Occidentaux ont appelé le président et ses hommes à la retenue. Particulièrement concernés, les Etats-Unis, dont le Pakistan est un allié dans la lutte contre le terrorisme, ont annoncé dimanche qu'ils allaient réviser leur aide financière. Laquelle se monte à 10 milliards de dollars depuis 2001. Des discussions de coopération stratégique, prévues les 6 et 7 novembre, ont été reportées. Et la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a prévenu : "Les Etats-Unis n'ont jamais placé tous leurs pions sur Musharraf." Lundi, depuis Ramallah où elle doit rencontrer le président palestinien, elle a exigé du président-général qu'il tienne ses promesses et "retire son uniforme"."Je voudrais être très claire. Nous pensons que la meilleure voie pour le Pakistan est un retour rapide au respect de la Constitution et à la tenue d'élections", a-t-elle ajouté. En chassant brutalement l'ennemi intérieur, le président a peut-être perdu un allié extérieur.
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