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Passe d'armes sur les droits de l'Homme

Publié le 13 mars 2008 à 12h15 par

La publication du rapport annuel du département d'Etat américain sur la situation des droits de l'Homme dans le monde a entraîné de vives réactions de la Russie et de la Chine. Toutes deux pointées du doigt pour les pressions sur les médias et la concentration du pouvoir, Pékin et Moscou estiment que les Etats-Unis n'ont aucune légitimité à mettre des pays tiers en accusation.

Partout dans le monde , les manifestations se multplient. (Reuters) - ici au Cachemire indien
Partout dans le monde , les manifestations se multplient. (Reuters) (ici au Cachemire indien)


Russie et Chine ont parlé d'une même voix, mercredi et jeudi, lorsqu'il s'est agi de critiquer le rapport annuel de la diplomatie américaine sur les droits de l'Homme. "Deux poids, deux mesures", à quelques heures d'écart, les ministères russes et chinois des Affaires étrangères ont employé la même expression, pour dénoncer les accusations portées à leur encontre dans le document publié mercredi par le département d'Etat. Premier à réagir, le cabinet du ministre russe Sergueï Lavrov a jugé "évident que la question des droits de l'Homme est instrumentalisée à usage externe et interne". En écho, le porte-parole de la diplomatie chinoise a "suggéré humblement que les Etats-Unis (...) s'intéressent davantage au bilan des Etats-Unis en matière de droits de l'Homme".

A l'origine de ces vives réactions se trouve le traitement de choix accordé à ces deux pays par les Etats-Unis. Si ni l'un ni l'autre ne figurent dans la liste noire – la Chine vient même d'en sortir – au contraire du Soudan, de la Syrie, ou de l'Erythrée, nouveaux membres du cercle honni par Washington, les critiques sont féroces. Le rapport 2007 accuse les autorités russes de corruption, de pressions sur les médias et de fraudes électorales – sans prendre en compte, pour ce dernier point, l'élection présidentielle qui s'est déroulée le 2 mars dernier. "Les services de sécurité auraient été impliqués dans des meurtres, des actes de tortures, des sévices, des violences et autres traitements humiliants ou brutaux, souvent en tout impunité", écrit le département d'Etat.

Pékin parle de "déformation infondée"

Quant à la Chine, qui fait l'objet d'une attention d'autant plus soutenue que Pékin accueillera, cet été, les Jeux olympiques, elle est mise à l'index pour les pressions exercées sur les médias, internet en particulier (lire ici: Yahoo trop proche du PC chinois) et les atteintes à la liberté de culte au Tibet et dans la province du Xinjiang, une région à majorité musulmane où l'enseignement de l'Islam est interdit. La Chine n'est donc plus membre des "pires" pays, décrits comme ceux où "le pouvoir est concentré dans les mains de dirigeants qui n'ont aucun compte à rendre" (Corée du Nord, Birmanie, Iran, Syrie, Zimbabwe, Cuba, Biélorussie, Ouzbékistan, Erythrée et Soudan). Mais son bilan demeure "médiocre", selon Washington.

Des conclusions que ne partagent évidemment ni Moscou ni Pékin, qui parle de "déformation infondée" et a réitéré son ouverture à un dialogue sur "une base d'égalité". La Russie est plus féroce dans son approche. Pour étayer son argument d'une instrumentalisation de la question, le ministère russe interroge: "Comment expliquer sinon le fait que les Etats-Unis, qui ont de facto légalisé la torture et appliquent la peine capitale à des mineurs, et nié toute responsabilité pour les crimes de guerre et les violations massives des droits de l'Homme commises en Irak et en Afghanistan (...) donnent une interprétation déformée de la situation dans les autres pays?"

Situation "terrifiante" au Soudan

Anticipant sur ces réactions, les Etats-Unis se disent "attentifs" aux critiques qui leur sont adressées, et se disent prêts à répondre "franchement aux inquiétudes soulevées par les initiatives [qu'ils] ont prises pour défendre [leur] nation face à la menace du terrorisme". Une promesse de bonne volonté un peu molle, à l'heure où George W. Bush refuse, malgré les protestations, d'interdire le "waterboarding", technique d'interrogatoire basée sur la torture dite "de la baignoire" et qui consiste en un simulacre de noyade. Mais qui illustre la conception très partiale des droits de l'Homme de chacun chez soi.

Si elles ont formulé les plus virulentes contestations, Chine et Russie ne sont pas les plus mal lotis. Le reste du "palmarès" est sévère mais, compte tenu de l'actualité des derniers mois, que peu surprenant. Le département d'Etat s'alarme de la détérioration de la situation au Pakistan, malgré les engagements du président Musharraf en faveur d'une transition démocratique, des violences religieuses et ethniques et de la faiblesse des gouvernements en Irak et en Afghanistan, de la situation "terrifiante" du Soudan, des exécutions sommaires et disparitions en Corée du Nord et du déficit "abyssal" de droits fondamentaux en Birmanie.


Commentaires (2)

victoire | il y a 10 mois Signaler un abus Signaler un abus

Mais voyons les états unis ne se remettent jamais en cause, ça n'a jamais choqué personnes la peine de mort toujours présente dans beaucoup d états...Surtout dans la population noire et encore plus au Texas....

jacques | il y a 10 mois Signaler un abus Signaler un abus

Et les états unis ne se remettent jamais en cause dans cette histoire ?

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