Poutine prolonge son règne
Publié le 13 mai 2008 à 15h33 par
En annonçant lundi la composition de son gouvernement, Vladimir Poutine a envoyé un signal clair à ceux qui doutaient encore du tenant de l'autorité en Russie. L'élection de Dmitri Medvedev, c'est finalement l'histoire d'un transfert de pouvoirs du Kremlin à la Maison Blanche. L'omnipotent président s'est mué en un Premier ministre tout-puissant.

Les rumeurs d'un pouvoir bicéphale en Russie ont tourné court. Poutine a rapidement repris la main. (Reuters)
Lorsque le nouveau Premier ministre s'est présenté lundi au Kremlin pour soumettre la liste de son gouvernement, Vladimir Poutine s'est naturellement dirigé vers le fauteuil qu'il occupa pendant près de huit ans, celui réservé au président russe. Avant de s'asseoir, Poutine s'est interrompu, puis a dit à son successeur: "Maintenant, c'est ta place." A Medvedev de répondre: "Oh, mais quelle est la différence?", puis de laisser l'ancien président s'asseoir dans son fauteuil habituel.
Le nouveau tandem à la tête de la Russie a réglé rapidement les questions d'influence et de partage du pouvoir. La continuité a primé dans les nominations aux postes clés du régime. En imposant ses plus fidèles compagnons dans l'administration présidentielle, le Premier ministre aura un accès direct au Kremlin, dont le président sera de facto marqué de près par les fidèles de Poutine.
Sergueï Narychkine, vice-Premier ministre sortant et originaire comme Poutine et Medvedev de Saint-Pétersbourg, devient le chef de l'administration présidentielle, échangeant sa place avec Sergueï Sobianine. Ses deux adjoints ne seront autres que Vladislav Sourkov, conseiller en communication influent à Moscou et au sein du parti majoritaire "Russie unie", et Alexeï Gromov, un ancien diplomate reconverti en responsable des relations presse de la présidence sous l'ère Poutine.
Ces trois hommes auront la haute main dans les domaines régaliens des Affaires étrangères et de l'économie, laissant ainsi Medvedev dans l'ombre et sans véritable base de pouvoir personnelle sur laquelle s'appuyer.
L'ex-secrétaire général du Kremlin Sobianine, son numéro deux Igor Setchine et Igor Chouvalov, proche collaborateur de Vladimir Poutine au Kremlin, deviennent tous trois vice-Premiers ministres, dotés de larges attributions. Sobianine sera à la tête de l'appareil gouvernemental, poste clé dans l'ombre du Premier ministre. Setchine prendra à son compte la politique industrielle, tandis que Chouvalov gérera la politique économique et sociale.
La nouvelle donne institutionnelle incarnée par ce tranfert de pouvoir a été largement entendue par Medvedev qui y a lui-même apporté sa touche. Le président russe a nommé un cacique des services, le général Alexandre Bortnikov, à la tête du FSB, en remplacement de Nikolaï Patrouchev maintenant secrétaire du Conseil de sécurité russe. Les deux hommes sont réputés pour leur loyauté envers Poutine.
Les principaux ministres sortants, dont Sergueï Lavrov aux Affaires étrangères et Alexeï Koudrine aux Finances, restent par ailleurs en place. Collaborateurs de longue date de Poutine, ils disposent de son entière confiance. Au final, une seule tête émerge, celle du nouveau ministre de la Justice, Alexandre Konovalov, qui se pose malgré lui comme l'homme du nouveau président.
Le ministère de la Culture perd sa fonction de régulation des médias, qui passe sous la juridiction du ministère des Télécommunications et de l'Information dirigé par l'ancien chef de protocole du président russe, Igor Chtchegolev.
"En regardant le distribution des forces au sein du nouveau gouvernement, on peut dire que le premier mandat de Medvedev au Kremlin pourrait se transformer en troisième mandat de Poutine", conclura le quotidien économique Vedemosti.
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