Russie: L'UE cherche le bon ton
Publié le 31 août 2008 à 21h09 par Marianne ENAULT
Divisés sur le degré de fermeté à adopter face à la Russie dans la crise géorgienne, les Vingt-Sept se réunissent lundi, à Bruxelles, pour tenter de définir une réponse commune. Moscou a provoqué la colère des chancelleries européennes en choisissant de reconnaître les indépendances ossète et abkhaze. Dimanche, Dmitri Medvedev a rappelé que ce choix était "irrévocable".

Gordon Brown et Angela Merkel prônent des sanctions contre Moscou, quand Paris préfère temporiser. (Reuters)
Entre Moscou et Washington, Bruxelles cherche une troisième voie. Condamner fermement l'attitude russe et soutenir la Géorgie tout en poursuivant le dialogue avec Moscou et Tbilissi... telle est la difficile équation que devront résoudre les Vingt-Sept, lundi, à Bruxelles. Réunis à la demande de la présidence française à l'occasion d'un Conseil européen extraordinaire, ils devront donc trouver la juste mesure.
Problème, au fur et à mesure que la crise géorgienne a pris de l'ampleur, des divergences entre les pays membres ont vu le jour. Pour simplifier, les Vingt-Sept se répartissent en deux catégories: ceux qui veulent prendre des sanctions à l'encontre de Moscou et ceux qui s'en tiennent à la condamnation ferme des agissements russes.
Brown prône la fermeté
En maintenant des dizaines de soldats sur le sol géorgien et en reconnaissant les indépendances de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, la Russie ne respecte pas le cessez-le-feu qu'elle a pourtant accepté de signer le 12 août dernier, lors d'un voyage de Nicolas Sarkozy à Moscou. Les sanctions réclamées par certains pourraient être d'ordre économique – en révisant, par exemple, l'accord de partenariat stratégique que l'UE et la Russie doivent parapher le 15 septembre prochain -, ou diplomatique - jusqu'à son exclusion du G8, le club des huit puissances les plus industrialisées. Des mesures qui seraient prises hors ONU, Moscou y disposant d'un droit de veto.
Les anciennes républiques soviétiques - Pologne et pays baltes en tête -, qui craignent que le Kremlin ne renoue avec ses tentations impérialistes, mènent la fronde contre Moscou. Mais elles ne sont pas seules. La Grande-Bretagne et la Suède se sont également prononcées pour des sanctions. Dans une tribune publiée dimanche dans The Observer, le Premier ministre britannique, Gordon Brown, annonce ainsi qu'il entend demander lundi un réexamen minutieux des rapports de l'UE avec la Russie. "L'UE devrait revoir de la cave au grenier sa relation avec la Russie", estime-t-il, évoquant, par exemple, l'exclusion de Moscou du G8 ou un réexamen des liens entre le Kremlin et l'Otan.
"Un signal clair"
Même son de cloche à Berlin où Angela Merkel s'est prononcée pour une suspension de Moscou du groupe des huit nations. Mais le sujet divise jusque dans la capitale allemande. Tout en disant attendre "un signal clair" de la réunion de lundi, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier estime que l'UE ne doit pas isoler la Russie. "Le gouvernement russe mérite d'être critiqué pour son attitude mais cela ne change pas le fait que la sécurité et la stabilité en Europe ne peuvent être assurées qu'avec, et non sans, Moscou", a-t-il déclaré dimanche.
Paris a connu le même cafouillage. Jeudi, Bernard Kouchner envisageait des "sanctions (...) et bien d'autres moyens" pour condamner l'attitude de la Russie en Géorgie. Une déclaration suivie d'un rectificatif en provenance de l'Elysée vendredi: "Au stade actuel, nous ne prévoyons pas de sanctions décidées par le Conseil européen." Ou comment la France, du haut de son fauteuil de présidente de l'UE, a décidé des conclusions du Conseil avant même son ouverture. En la matière, Paris prône "l'équilibre", là où Washington n'a pas hésité à attaquer le Kremlin, et rappelle la dépendance énergétique de l'Europe au gaz et au pétrole russes. Le chef de la diplomatie française l'a encore redit dimanche soir sur France 3, évoquant "un texte équilibré mais ferme" signé lundi.
L'objectif est clair: laisser du temps à Moscou pour obtenir l'application de l'accord de paix. En l'absence de sanctions, que pourrait faire l'UE de plus qu'elle n'a déjà fait? Pas grand-chose. Elle devrait de nouveau condamner l'attitude de Moscou et l'appeler à respecter le plan de paix. Elle devrait aussi rappeler son soutien à Tbilissi. Mesure supplémentaire, les Vingt-Sept pourraient dire leur disponibilité à envoyer des observateurs civils afin de renforcer l'actuelle mission de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) en Ossétie du Sud. Reste l'épineuse question des indépendances ossète et abkhaze. Tout en disant ne souhaiter "aucune confrontation directe avec qui que ce soit", le président russe, Dmitri Medvedev, a annoncé dimanche que sa décision de reconnaître ces Etats était "irrévocable". Sans prendre de sanctions, l'UE devrait placer ses relations avec Moscou sous surveillance.
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