Russie: Le monde sous pression
Publié le 26 août 2008 à 23h53 par Nicolas MOSCOVICI
En reconnaissant mardi l'indépendance de l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, tout en disant ne pas craindre le retour de la guerre froide, Dmitri Medvedev a envoyé un inquiétant signal à ses partenaires occidentaux. Dans la lignée de son prédécesseur Vladimir Poutine, le président russe veut prouver au monde que son pays ne reculera devant rien pour protéger ses intérêts.

Dmitri Medvedev a fait monter la pression d'un cran. (Reuters)
Une nouvelle guerre froide. Cette perspective inquiétante, impensable même, s'est immiscée dans les esprits des leaders mondiaux ce mardi. L'expression, d'un autre temps, s'est même faite entendre, dans la bouche de Dmitri Medvedev. "Nous ne sommes effrayés par rien, notamment par la perspective d'une guerre froide", a déclaré le président russe, quelques instants après avoir officiellement reconnu, au nom de son pays, l'indépendance des provinces séparatistes géorgiennes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie. Une décision qui, tout au long de la journée, a provoqué une levée des boucliers en Occident, et qui dépasse allègrement le cadre du conflit opposant, depuis près d'un mois, Moscou et Tbilissi, la capitale géorgienne.
Medvedev sur tous les fronts
Ce mardi, le Kremlin s'est avant tout adressé au monde. Avec un aplomb déconcertant. "Si les Occidentaux veulent conserver de bons rapports avec la Russie, ils comprendront les motifs de notre décision, s'ils choisissent le scénario de la confrontation, nous avons connu différentes situations et nous survivrons sans problème", avait d'abord assuré Medvedev à la télévision russe. Plus tard, dans un entretien accordé à la BBC, il s'en était pris au "vieil ennemi" américain, accusant ce dernier, sous couvert d'aide humanitaire, d'acheminer des armes en Géorgie par le biais d'un navire attendu dans le port de Poti, ville stratégique, étroitement surveillée par l'armée russe. On a appris dans la soirée que ce navire avait toutefois renoncé à accoster. Enfin, sur la chaîne française LCI, le président russe avait prévenu le Vieux continent et ses leaders: "S'ils veulent la dégradation de ces relations, ils l'obtiendront bien entendu. Mais s'ils veulent sauvegarder les relations stratégiques, ce qui est totalement dans l'intérêt à la fois de la Russie et de l'Europe, tout ira bien." Ce qui signifie, en creux, que tout pourrait aller mal? Nul ne peut l'exclure...
En tout cas, la Russie a bel et bien changé. Les années Poutine l'ont transformé. Colosse aux pieds d'argile il y a encore dix ans, le pays s'est, depuis, indéniablement renforcé. La reprise en main de l'économie, abandonnée aux oligarques par Boris Eltsine, couplée avec l'explosion du prix du pétrole et surtout du gaz, dont le sol russe regorge, assure à l'Etat une impressionnante assise financière. Riche, mais également stable politiquement (Medvedev et Poutine marchent pour l'heure main dans la main), la Russie sait qu'elle a le pouvoir, aujourd'hui, de peser à nouveau sur le destin de la planète. L'intervention de l'armée russe en Ossétie du Sud, après de longues semaines de tensions diplomatiques, est ainsi survenue au moment ou la Géorgie, comme l'Ukraine, frappe, contre l'avis du Kremlin, à la porte de l'Otan. L'Otan, dont bon nombre de ses Etats-membres avaient, en février dernier, reconnu l'indépendance du Kosovo. La Russie, qui se tenait aux côtés de la Serbie, parlait alors de "violation du droit international". Le même grief lui est aujourd'hui reproché, dans un contexte diplomatique bien plus tendu.
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