Russie-sanctions: L'Elysée recule
Publié le 29 août 2008 à 16h33 par Claire ANGOT
"L'heure des sanctions n'est pas venue." Voilà ce que clame les diplomates français à l'approche du sommet européen extraordinaire prévu lundi à Bruxelles sur la crise russo-géorgienne. Alors que jeudi, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner évoquait "des sanctions (...) et bien d'autres moyens", l'Union Européenne semble flancher devant son premier fournisseur de gaz et de pétrole.

Le président russe Dmitri Medvedev et Nicolas Sarkozy lors de la signature de l''accord en 6 points' le 13 août dernier. (Reuters)
Le Conseil européen extraordinaire de lundi sur la crise géorgienne ne prendra pas de sanctions contre la Russie. Les propos de la présidence française sont sans appel. "Au stade actuel, nous ne prévoyons pas de sanctions décidées par le Conseil européen", a fait savoir l'Elysée. "Nous n'en sommes pas à ce stade et pour une raison très simple : nous sommes dans une phase de mise en oeuvre, qui pour le moment est partielle et doit être complétée, de l'accord en six points conclu le 13 août par la Russie et la Géorgie sous l'égide du président Nicolas Sarkozy."
La France, qui assume depuis le 1er juillet la présidence de l'Union européenne, a convoqué le 24 août le sommet extraordinaire de lundi pour faire le point sur la crise géorgienne. Depuis cette annonce, le contexte s'est encore aggravé avec la reconnaissance unilatérale par la Russie de l'indépendance des provinces séparatistes géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. En tant que présidente en exercice de l'UE, la France a aussitôt condamné la décision russe et souhaite que l'ensemble des 27 reprennent lundi cette condamnation en dénonçant d'une même voix son caractère "inacceptable". Mais pas question, semble-t-il, d'aller plus loin avec un pays qui est le premier fournisseur de gaz et de pétrole de l'Union Européenne, et qui dispose de surcroît d'un droit de véto au Conseil de sécurité de l'ONU.
Jeudi pourtant, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner avait évoqué des "sanctions (...) et bien d'autres moyens". Il avait aussi déclaré que la Russie pourrait avoir "d'autres objectifs" après l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, "en particulier la Crimée, l'Ukraine, la Moldavie". De quoi provoquer l'ire de Moscou. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, l'accusait derechef Bernard Kouchner d'avoir "l'imagination malade", affirmant que cela s'appliquait aussi à l'idée de sanctions contre la Russie.
Realpolitik contre coquille vide
Désormais, il semble que l'Elysée s'attelle à rectifier le tir et à faire retomber la tension née de l'évocation de possibles mesures de rétorsion. Explication de texte en règle : "Le ministre n'a pas dit que des sanctions étaient envisagées par le Conseil européen. Ce qu'il a dit c'est que certains pays membres de l'Union européenne souhaitent des sanctions", affirme l'entourage de Nicolas Sarkozy. Visés, entre autres, les anciens pays du bloc soviétique aujourd'hui membres de l'UE - pays baltes, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Bulgarie, Roumanie - favorables à une ligne dure vis-à -vis de la Russie. Mais pour l'Elysée il n'y a pas matière à ce stade à prendre des sanctions. L'heure reste au dialogue, ferme, certes, sur les modalités de mise en oeuvre du plan de paix. "Nous ne sommes pas au stade où on constate que l'accord n'est pas appliqué. Il a été appliqué pour l'essentiel, qui est quand même le retrait du gros des troupes russes du territoire de la Georgie", souligne la présidence française.
La seule "menace" que veut bien agiter la France concerne donc ce calendrier. "Ce que le Conseil européen dira lundi c'est que l'accord en six points doit être appliqué intégralement et tant que ça n'est pas le cas, la relation avec la Russie sera en observation." Faute de quoi, l'Union pourrait décider de sanctions a minima comme le durcissement des conditions d'octroi de visas (ce qui affecterait en premier lieu l'élite politique et économique du pays), ou bien retirer son soutien à la candidature de la Russie à l'OMC. Dans le même temps, elle pourrait aider la Géorgie en augmentant l'aide à la reconstruction ou en renforçant les liens commerciaux avec Tbilissi. Des sanctions qui ne pèsent pas bien lourd en regard des déclarations grandiloquentes de Bernard Kouchner sur les ondes. A se demander si une fois encore, la realpolitik ne l'emporte pas sur le respect du droit international, quitte à réduire l'Union Européenne à une coquille vide.
Un durcissement de la position européenne vis-à -vis de Moscou n'est toutefois pas écarté, explique quand même les diplomates français. Mais pas avant le sommet UE-Russie qui doit se tenir le 14 novembre prochain à Nice. "C'est à ce moment-là que ces questions (d'éventuelles sanctions, ndlr) devront être traitées. On a du temps avant d'arriver à ce moment-là (...) c'est le temps d'une application de l'ensemble de l'accord de cessez-le-feu", estime l'Elysée.
A trois jours du sommet de l'UE, Moscou, par la voix d'un diplomate a déclaré espérer que "la raison l'emportera sur les émotions" au sein de l'Union européenne, rappelant que "la voie de la confrontation n'est avantageuse pour aucune des parties". Les deux géants auraient en effet tout à gagner à jouer l'immobilisme. Les anciennes républiques du Caucase, elles, auraient sans doute tout à y perdre.
Entre la Géorgie et la Russie en tout cas, les relations sont loin d'aller en s'apaisant. La Russie a annoncé son intention de fermer son ambassade à Tbilissi après la décision de la Géorgie de rompre ses relations diplomatiques avec Moscou. Quelques heures plus tôt, le vice-ministre géorgien des Affaires étrangères, Grigol Vachadzé, avait annoncé que la décision finale de rompre avec Moscou avait été prise à la suite de la reconnaissance par la Russie de l'indépendance unilatérale des provinces géorgiennes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie.
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