Sarkozy échauffe les Irlandais
Publié le 16 juillet 2008 à 16h41 par
Premier faux pas de la présidence européenne de Nicolas Sarkozy. Les Irlandais n'ont pas apprécié ses propos sur la nécessité d'un nouveau référendum sur le Traité de Lisbonne, tenus aux parlementaires UMP mardi. Le président français, en visite officielle à Dublin lundi prochain, va devoir faire preuve de tact pour se réconcilier avec un gouvernement irlandais froissé.

En visite aux Etats-Unis, Brian Cowen a critiqué la proposition de Sarkozy. (Reuters)
L'injonction de Nicolas Sarkozy, sur la tenue d'un nouveau référendum sur le Traité de Lisbonne, a refroidi les Irlandais. Au sommet de l'Etat, la colère est sourde, retenue. Le gouvernement irlandais a jugé "prématurés" les propos du président français, à la tête de l'exécutif européen depuis le 1er juillet dernier. Nicolas Sarkozy avait jusqu'ici soigneusement évité d'évoquer un nouveau vote, même si cette voie semble être la seule option juridiquement envisageable. Dans les coulisses, les ministres irlandais grognent, lâchent des petites phrases cinglantes à l'encontre des Français. Des déclarations plus ou moins officielles que relayaient les médias mercredi. Seule réaction officielle de l'opposition: Aengus O'Snodaigh, membre du Sinn Fein, qui a jugé les propos de Sarkozy "insultants". L'Irish Times fait état mercredi d'une "colère froide" au sein du gouvernement.
Les Irlandais prêts à recevoir Sarkozy
"Il est beaucoup, beaucoup trop tôt pour parler d'un référendum ou d'une quelconque solution pour aller de l'avant", a réagi le ministre irlandais des Affaires étrangères, Dick Roche, sur la radio Newstalk. "Les propositions en l'air ne sont pas constructives. Ce n'est pas de cette façon qu'on formule une réponse à un référendum", a-t-il insisté. Brian Cowen, chef du gouvernement, a demandé du temps la semaine dernière à ses homologues européens pour définir la marche à suivre et remettra en octobre un rapport préliminaire sur le sujet. "J'ai dit que je reviendrais pour faire état des progrès, une fois que le gouvernement aura pu évaluer la situation", a-t-il rappelé.
A la décharge de Sarkozy, le chef de la diplomatie irlandaise a toutefois reconnu que le sujet suscitait l'effervescence et a fait observer que le président s'était exprimé devant des élus de la majorité et non pas en public. "Quelqu'un s'est exprimé hors du huis clos d'une réunion, mais la position de l'Elysée ne peut être plus claire et ce que le président Sarkozy a certainement voulu dire, c'est qu'il vient ici pour écouter. Il ne vient pas avec une solution toute prête", a poursuivi Roche, ajoutant que les membres du gouvernement ne "tremblaient pas dans leurs bottes".
La justification de Guaino
A Paris, Henri Guaino, "conseiller spécial" du président français, a tenté de désamorcer la polémique. Il a souligné qu'il ne s'agissait pas d'une déclaration officielle. "Le président de la République se rend à Dublin le 21 juillet prochain, on va essayer d'évaluer la situation. L'une des solutions est effectivement de demander éventuellement le moment venu aux Irlandais de revoter, probablement pas sur un texte (qui serait) exactement le même, peut-être avec des exceptions, nous verrons", a-t-il précisé sur France 2. Si la France a réussi à convaincre la Pologne –également sceptique sur le Traité de Lisbonne– de s'orienter vers une ratification, Nicolas Sarkozy va devoir user de tact le 21 juillet prochain face à un exécutif échauffé.
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