Sarkozy, Européen ambitieux
Publié le 10 juillet 2008 à 12h54 par
Nicolas Sarkozy a présenté jeudi devant le Parlement de Strasbourg les objectifs pour le moins élevés des six mois de la présidence française de l'Union européenne. Après avoir exprimé sa volonté de sortir l'Union de la crise institutionnelle, le chef de l'Etat a défini quatre grandes priorités: l'écologie, l'immigration, la défense et la réforme de la PAC. Sans oublier d'égratigner la BCE.

Nicolas Sarkozy a présenté devant le Parlement européen les priorités de la présidence française. (Reuters)
Le programme de la présidence française de l'Union européenne s'annonce des plus chargés. Jeudi devant le parlement de Strasbourg, Nicolas Sarkozy a présenté son programme pour les six prochains mois, durée de son mandat à la tête de l'Union. Entre priorités ciblées et volonté de sortir de la crise, le chef de l'Etat français s'est fixé des objectifs pour le moins ambitieux, voire présomptueux, et qui seront difficiles à tenir.
D'abord, et l'hôte du Palais de l'Elysée le sait bien, il faudra sortir de cette crise institutionnelle dans laquelle l'Union européenne est plongée depuis le "non" irlandais au Traité de Lisbonne. "Il n'ya aura pas de nouvelle conférence institutionnelle, il n'y aura pas de nouveau traité, a prévenu Nicolas Sarkozy. Ce sera soit Nice, soit Lisbonne." Nicolas Sarkozy, qui a marqué sa préférence pour le second traité, n'a pas renoncé à convaincre les Irlandais de changer leur fusil d'épaule. "Mon premier déplacement en tant que président aura lieu en Irlande le 21 juillet prochain pour dialoguer, écouter et essayer de trouver des solutions, a-t-il annoncé. Nous proposerons une méthode et j'espère une solution pour octobre ou décembre."
Adopter le paquet énergie-climat
Quant à la nature de cette éventuelle solution, il faudra patienter. En attendant, Nicolas Sarkozy a souhaité à demi-mots que le processus de ratification du traité de Lisbonne se poursuive. Dans son viseur, la Pologne et son président Lech Kaczynski, qui hésite encore à ratifier. "Le président polonais a négocié lui-même ce traité, et il a donné sa parole, a lancé le chef de l'Etat français. Une parole, ça se respecte, ce n'est pas une question de politique, mais de morale." Varsovie appréciera.
Après l'inévitable question des institutions, Nicolas Sarkozy s'est ensuite penché sur les objectifs concrets de la présidence française. Et a dégagé quatre grandes priorités. L'écologie d'abord. Le président français souhaite que soit adopté le paquet énergie-climat. "La pollution, le CO2 et la couche d'ozone se moquent bien des frontières. Nous sommes la dernière génération qui peut éviter la catastrophe. L'Europe doit montrer l'exemple. L'objectif, c'est la conférence de 2009 qui doit préparer l'après-Kyoto. L'Europe doit s'y présenter unie grâce au paquet énergie-climat." Présenté en janvier dernier par la commission, ce paquet préconise notamment de diminuer de 20 d'énergies renouvelables dans la consommation énergétique totale de l'UE d'ici à la même date.
"La proposition de Brice Hortefeux me semble être une priorité"
Deuxième priorité pour Nicolas Sarkozy : l'immigration. "Il faut sortir l'immigration des débats nationaux, a-t-il lancé. Il faut en faire une question européenne, dénuée de toute pensée politicienne. (..) Il n'est pas normal qu'une personne puisse déposer 27 dossiers dans 27 pays et que les réponses ne soient pas les mêmes." Pour mettre fin à cette différence de traitement, "la proposition de Brice Hortefeux me semble être une priorité". Le ministre français de l'Immigration, de l'Intégration et de l'Identité nationale, présent à Strasbourg, avait vu sa proposition de "pacte européen sur l'immigration et l'asile" adoptée lundi dernier par ses homologues de l'Union. Sur ce sujet, Nicolas Sarkozy a donc des chances de voir son souhait exaucé.
En revanche, sur la défense européenne, troisième de ses priorités, cela s'annonce plus compliqué. En plus de 50 ans d'existence, l'Union n'est jamais parvenue à se mettre d'accord sur ce véritable serpent de mer. "Il faut faire avancer le concept de défense européenne", a pourtant répété Nicolas Sarkozy. Et ce malgré la concurrence de l'Otan. "La défense européenne ne doit pas se faire contre l'Otan, mais à ses côtés," veut croire le président français. Enfin ultime priorité, la réforme de la politique agricole commune (PAC). Avec un impératif, ne pas baisser la production européenne. "Il n'est pas raisonnable de demander à l'Europe de baisser sa production agricole, alors que dans le monde, des millions de personnes meurent de faim" a déclaré Nicolas Sarkozy. Là aussi, les négociations avec les autres pays en vue de parvenir à u accord s'annoncent serrées.
Enfin, en guise de conclusion, le président français a souhaité qu'il soit possible de débattre des décisions des différents instituions européennes. Nicolas Sarkozy visait là la Banque centrale européenne (BCE), et ne s'en est pas caché. "On ne met pas en cause l'indépendance de la BCE en s'étonnant que les taux d'intérêt européens soient à 4,25. On participe à un débat.". Le message est on ne peut plus clair. Nicolas Sarkozy veut donc faire de sa présidence de l'Union européenne un tournant dans l'histoire de l'UE. Le chantier semble pourtant énorme. Et le chef d'Etat français n'a que six mois devant lui.
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