Sarkozy: "Nous ne pouvons et nous ne devons pas perdre"
Publié le 23 décembre 2007 à 11h00 par
C'est à la vitesse grand V qu'il a érigé en caractéristique que Nicolas Sarkozy a rendu visite aux soldats français en poste en Afghanistan hier. Il s'est également entretenu avec son homologue afghan Hamid Karzai, alors que l'heure est à la réflexion la présence française au sein de la force de l'Otan. Et que la conclusion devrait être un renforcement du contingent hexagonal.

Visite au pas de charge pour le président et la délégation française en Afghanistan. (Reuters)
Vite, encore plus vite, toujours plus vite. A l'occasion hier d'une visite éclair en Afghanistan, le président français a fait une nouvelle démonstration de son goût pour l'accéléré. Un aller-retour Paris-Kaboul en 24 heures. Cinq heures seulement passées dans la capitale afghane. C'est à 10 heures, 6 h 30 heure de Paris, que l'Airbus présidentiel est arrivé à l'aéroport international de Kaboul. Avant d'atterrir, deux Mirage 2000 stationnés sur la base de Kandahar, dans le sud afghan, avaient escorté l'appareil. Par sécurité, mais aussi pour honorer une promesse. L'un des deux pilotes des chasseurs est une femme, croisée l'an dernier sur la base aérienne de Dijon, à qui le Président avait assuré qu'il viendrait un jour la voir en Afghanistan.
Sur le tarmac, baigné par un soleil d'hiver, surprise: Bernard Kouchner est venu spécialement pour quelques heures d'Inde, où il effectue une visite officielle. Le ministre des Affaires étrangères rejoint ainsi son collègue de la Défense Hervé Morin, le chef d'état-major des armées Jean-Louis Georgelin, et le conseiller spécial Jean-David Levitte. Egalement du voyage, Rama Yade, secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, et le philosophe André Glucksmann. Deux fidèles qui avaient récemment épinglé la mansuétude présidentielle à l'égard d'un Kadhafi ou d'un Poutine.
"C'est mon devoir de partager ce moment avec nos soldats"
Mais de ces polémiques franco-françaises, ou de ses amours avec Carla Bruni, le Président n'a hier soufflé mot. Speedy Sarkozy fait d'abord ce voyage, le premier d'un chef d'Etat français en Afghanistan, pour rencontrer quelques-uns des 2 000 militaires français déployés sur et autour du théâtre afghan. "En tant que chef des armées, c'est mon devoir de venir partager ce moment avec nos soldats, qui vont passer Noël loin de chez eux", explique-t-il.
Peu après son arrivée à Kaboul, où les premières neiges ont recouvert les montagnes alentour, c'est pour le quartier général de l'Isaf (Force internationale d'assistance à la sécurité), bras armé de l'Otan en Afghanistan, que Nicolas Sarkozy embarque dans un hélicoptère Cougar de l'armée française. Dans cette zone sécurisée de la capitale afghane, le Président s'est entretenu avec le général McNeill, commandant de la Fias, qui compte plus de 50 000 hommes, dont 1 600 Français. Une rencontre d'à peine 15 minutes.
Puis, le cortège s'ébranle à nouveau, direction cette fois le palais présidentiel, situé en plein coeur d'une capitale bouclée pour l'occasion. Dans ce vaste ensemble de pierres grises, sobre et quelque peu austère, le président français est reçu par son homologue afghan, Hamid Karzaï, avec les honneurs. "C'est essentiellement une visite de courtoisie", explique pourtant un conseiller. Une autre promesse, faite celle-là en septembre dernier, lors de l'assemblée générale des Nations unies à New York, où Nicolas Sarkozy avait assuré à Karzaï qu'il viendrait le visiter. Selon Jean-David Levitte, durant cet entretien, le président afghan a insisté longuement sur la tradition de la présence française dans son pays. "Le Président lui a répondu qu'on ne le lâcherait pas. Cela a semblé lui aller droit au coeur."
"Vous vous rendez compte d'un tel fanatisme !"
Au sortir de leur rencontre, Nicolas Sarkozy a ainsi insisté sur le fait qu'il ne fallait pas que le pays retombe aux mains des taliban. Les fondamentalistes ne cessent en effet de gagner du terrain. L'année 2007 aura été la plus sanglante depuis l'intervention des forces de l'Otan en 2001: plus de 6 000 morts, dont 1 000 appartenant aux forces de sécurité afghanes et 200 soldats de la coalition, dont 14 Français. "Se joue ici une guerre contre le terrorisme et le fanatisme que nous ne pouvons et ne devons perdre !" a ainsi martelé le président français. Quelques minutes plus tôt, raccompagnant son visiteur, Hamid Karzaï s'était soudain arrêté devant une tapisserie française accrochée au mur de son palais. Pour expliquer que, lorsque les taliban avaient pris le contrôle de la ville, ils avaient recouvert les oiseaux qui y figurent: "Vous vous rendez compte d'un tel fanatisme!"
Interrogé sur le sujet, Nicolas Sarkozy a donc aussi évoqué un éventuel renforcement de la présence française sur le sol afghan. Sa visite s'inscrit en effet dans un timing diplomatique particulier, puisque le Premier ministre australien était lui aussi hier à Kaboul. Depuis plusieurs semaines, en effet, George Bush réclame un effort supplémentaire à ses différents alliés. Inquiet, le président américain a ainsi salué, jeudi, les soldats australiens, britanniques, canadiens, danois et néerlandais, qui "acceptent d'être sur la ligne de front" en Afghanistan. Omettant soigneusement de souligner la participation des troupes allemandes et françaises.
Alors, si le candidat Sarkozy avait un temps évoqué un retrait des troupes, le Président, lui, a affirmé hier sa volonté de consolider la présence française. Voire de la renforcer: "Nous travaillons beaucoup, nous réfléchissons avec les ministres de la Défense et des Affaires étrangères. Vraisemblablement nous renforcerons la présence de ceux qui encadrent l'armée afghane. Je serai amené, dans les semaines qui viennent, à prendre des décisions." Car, c'est avant tout dans ce domaine de la formation que la France souhaite intervenir. Déjà , quatre équipes d'instructeurs, au total 220 hommes, sont déployées sur le terrain pour former les troupes afghanes. Et les accompagner au combat.
"Pourquoi ce soldat français garde la barbe si longue?"
Autre dossier en question: celui du retour des forces spéciales françaises, qui avaient quitté l'Afghanistan en début d'année. Sur ce point, le Président s'est montré plus évasif, expliquant que cela ne constituait pas "un tabou". "C'est une éventualité, complète Jean-David Levitte. Il va y avoir une série de réunions à Paris." Mais, selon le conseiller de l'Elysée, les décisions ne devraient pas intervenir avant le sommet de l'Otan, en avril prochain, à Bucarest.
Vient alors l'objectif annoncé de cette visite éclair : la rencontre avec les militaires français. D'abord à Darulaman, dans la banlieue de Kaboul, sur la route de Jalalabad. Dans ce camp de la 1re brigade du 201e corps afghan, surplombé par une colline où trône un palais délabré, une équipe d'instructeurs forme des membres de l'Armée nationale afghane (ANA). Après l'accueil des militaires français, un officier afghan à la moustache fournie vient à son tour saluer le président français. "Nicolas Sarrrrrkozy !" hurle l'homme devant le Président, qui le regarde fixement.
Lors de la revue des troupes, le Président bavarde, demande à un soldat français pourquoi il garde la barbe si longue, propose à un autre d'entamer une carrière diplomatique après la fin de sa carrière militaire. Et s'enquiert de la réelle motivation et des compétences des troupes afghanes, pour s'entendre répondre à chaque fois: "Ce sont des hommes très courageux." La visite se poursuit par un passage au camp franco-américain. Toujours au pas de charge. L'air pénétré, Nicolas Sarkozy salue les quelques boys qui se réchauffent autour d'un brasero, écoute attentivement les explications des instructeurs, avant de s'engouffrer à nouveau dans son hélicoptère. Ultime étape enfin dans le camp de Warehouse, à quelques kilomètres de là , où, devant un auditoire d'une centaine d'hommes, le chef des armées salue "le professionnalisme, l'enthousiasme, la simplicité et la sérénité" de soldats français. Le tout en leur souhaitant un joyeux Noël. Fin de la cérémonie. Il est 3 heures à Kaboul. Il faut rentrer. Vite, bien sûr...
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