Silence, on tue!
Publié le 15 avril 2008 à 17h28 par
Le rapport d'Amnesty international sur les "Condamnations à mort et exécutions recensées en 2007", rendu public mardi, présente une nouvelle fois la Chine comme le plus grand "exécuteur". L'Arabie saoudite détient pour sa part le record du taux d'exécution par habitant. Mais l'ONG estime qu'en Chine, beaucoup d'exécutions sont passées sous silence...

Amnesty international estime à 1252 le nombre d'exécutions capitales à travers le monde en 2007. (Reuters)
1252. C'est le nombre de personnes exécutées à travers le monde en 2007, selon Amnesty international, qui a rendu public son rapport sur les exécutions capitales, ce mardi. Ces exécutions se concentrent dans 24 pays, et 3347 personnes ont par ailleurs été condamnées à mort dans 51 pays. En tête des pays "exécuteurs", selon le terme de Francis Perrin, membre du bureau d'Amnesty international france et ancien président de l'Organisation non gouvernemental (ONG), la Chine, "comme chaque année depuis des décennies". Quatre cent soixante-dix personnes ont ainsi été exécutées dans l'empire du Milieu en 2007. Mais les exécutions en Chine relèvent du "secret d'Etat", "il n'y a rien d'exhaustif", poursuit Francis Perrin, "ce n'est que la partie émergée de l'iceberg". Car selon des sources judiciaires et parlementaires chinoises, le nombre de condamnés à mort dans le pays qui accueillera les Jeux olympiques cet été s'élèverait à 7000, peut être plus. "Cet ordre de grandeur est malheureusement très vraisemblable".
Le cas de l'Arabie saoudite (143 exécutions) est également très préoccupant pour Amnesty international, au-delà du fait que la plupart des exécutions se fassent au sabre. "Alors certes, l'Arabie saoudite est très loin dernière la Chine en nombre de tués, ce qui n'est pas un titre de gloire, mais en 2007, on a constaté une augmentation sensible du nombre de peines capitales et qui, compte tenu du très faible taux de densité de population du pays, en fait le record du monde. Mais là aussi les informations sont parcellaires".
"Humaniser la peine de mort", une hérésie
Parcellaires, c'est là que le bât blesse en effet. Car si les chiffres de 2007 sont globalement en baisse par rapport à ceux de 2006 (1590 contre 1252), ce qui "semble être une bonne nouvelle pour tous les abolitionnistes", aucun bilan n'est exhaustif, il y a une "culture du secret autour de la peine de mort". Pour autant, comme l'écrit Amnesty dans son rapport annuel, l'ONG croit en une abolition universelle de la peine de mort. "La peine de mort vide les droits de l'Homme de sa substance: celui du droit à la vie, car il faut déjà être en vie pour bénéficier d'autres droits", insiste Francis Perrin qui réfute les arguments d'humanité dans les moyens de donner la mort. "L'injection létale, présentée comme une humanisation de la peine de mort permet aux gouvernements de fuir leurs responsabilités et surtout d'arguer que comme c'est plus humain, on peut tuer plus."
Le combat continuera donc pour Amnesty. "En matière de droits humains, il n'y a pas de miracle et rien ne tombera du ciel. Les avancées sont toujours le résultat d'un combat lent, patient et constant. Jamais nous ne nous découragerons". Après plus de trente ans de lutte et le lancement, en 1977 à Stockholm de la campagne d'Amnesty international pour l'abolition de la peine de mort à travers le monde, les choses ont bougé reconnaît l'ONG. Les pays qui aujourd'hui ont conservé la peine de mort dans leur législation sont une minorité. "Il y a eu une inversion des courbes, une évolution historique depuis trente ans". Au niveau international, le combat d'Amnesty a trouvé écho auprès de l'Organisation des Nations unies dont l'Assemblée générale a adopté, en décembre, une résolution en faveur d'un moratoire sur la peine capitale. "Elle n'a pas de portée contraignante mais a une forte valeur politique et symbolique. Nous pensons que l'abolition est à notre portée", conclu Francis Perrin.
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