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Thaïlande: L'ex-ministre s'exile

Publié le 11 août 2008 à 17h23 par

La crise politique en Thaïlande pourrait connaître son terme. Poursuivi avec sa femme pour corruption, évasion fiscale, et abus de pouvoir par la Cour suprême, l'ancien Premier ministre thaïlandais, Thaksin Shinawatra a annoncé lundi qu'il préférait vivre en exil en Grande-Bretagne, là où il avait trouvé refuge après le putsch de 2006. Toujours très populaire dans son pays, il signe ainsi la fin de sa carrière politique.

Thaksin Shinawatra et sa femme devant la Cour suprême de Bangkok, le 31 juillet dernier.  Elle est condamnée à trois ans d'emprisonnement. - Reuters
Thaksin Shinawatra et sa femme devant la Cour suprême de Bangkok, le 31 juillet dernier. Elle est condamnée à trois ans d'emprisonnement. (Reuters)


L'ex-Premier ministre thaïlandais, Thaksin Shinawatra, et sa famille, ne retourneront pas en Thaïlande. Poursuivi pour corruption, avec sa femme Potjaman Shinawatra, il devait se rendre lundi devant la Cour suprême de Bangkok pour répondre de ces accusations. L'homme fort du pays a préféré esquiver. Il ne s'est pas présenté, et s'est enfui en Grande-Bretagne, où il a déjà élu résidence. "Mon épouse et moi-même séjournerons en GB où la démocratie est plus importante", a-t-il déclaré dans un texte diffusé sur les chaînes internationales. La cour suprême, constatant leur absence, a alors annoncé que "les conditions de leur libération sous caution" étaient de fait violées, avant de lancer deux mandats d'arrêt à leur encontre pour corruption et abus de pouvoir.

La Thaïlande a ainsi décidé de "confisquer" les 400 000 dollars de caution qui avaient été versés pour la libération de Potjaman. Elle avait été condamnée le 31 juillet à trois ans de prison pour évasion fiscale et a été libérée sous caution jusqu'à l'examen d'appel. Ayant peu de chances de gagner "légalement" le procès, l'ancien ministre aurait craint l'emprisonnement de sa femme. C'est ce qui l'aurait convaincu, selon certains analystes, de choisir cette ultime option. Thaksin est arrivé le 31 juillet au Japon, avant de gagner la Chine où il a été rejoint par sa femme. Pour chaque sortie du territoire, il devait obtenir une autorisation spéciale. Il a quand même assisté à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques avant de s'envoler pour l'Angleterre.

Toujours très influent

Thaksin Shinawatra a présenté ses excuses à la cour et au peuple thaïlandais, dans le texte. "Je dois encore m'excuser pour avoir décidé d'aller vivre en Angleterre", a-t-il déclaré, avant de justifier son départ par une volonté de ses "ennemis politiques" de l'"achever". Le milliardaire de 59 ans a gouverné la Thaïlande de 2001 à 2006. Il a été renversé par un putsch militaire, menés par les généraux royalistes qui l'accusaient de corruption et de manquer de respect au Roi, alors qu'il assistait à l'Assemblée générale des Nations Unies. Il est alors parti une première fois s'exiler en Angleterre. En mai 2007, un tribunal spécial, mis en place par les militaires, avait interdit à Thaksin d'exercer toute activité politique pendant cinq ans.

A son retour sur le sol thaïlandais en février 2008, il avait été acclamé par la foule, mais avait immédiatement été interpellé par la police. Voulant "restaurer son image", il a déclaré n'avoir aucune intention de revenir à la vie politique, même si l'opinion publique était persuadée du contraire, ainsi que ses opposants politiques. "J'ai l'âme d'un sportif. Quand la partie est finie, elle est finie", avait-il déclaré lors d'une conférence de presse. Or, c'est sa popularité dans les provinces qui a permis à son parti, le Parti du Pouvoir du peuple (PPP), d'accéder au pouvoir, Samak Sundaravej ayant remporté les élections législatives fin décembre. Depuis, il continuait, officieusement, d'exercer son influence sur la vie politique du pays, de peser dans les décisions politiques. Le gouvernement de Bangkok, fragilisé par de nombreuses manifestations depuis des mois, subissait toujours les pressions du camp adverse.

Dans le même message, il a déclaré au peuple thaïlandais: "Je peux vous prouver mon innocence, ces accusations sont vides". Encore faudrait-il qu'il se présente devant la cour, et qu'il reste dans le pays. Pracha Prasobdee, un membre du camp pro-Thaksin a assuré qu'il "ne reviendra pas en Thaïlande". Pour certains observateurs, cet épisode pourrait marquer la fin des tensions politiques qui marquent le pays depuis trois ans, perturbant les marchés financiers thaïlandais. En refusant d'accepter la solution des tribunaux, très appuyés par le Roi, il a peu de chance de retrouver une place politique de premier plan. Certains le disent même "politiquement fini".


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