Trafic d'adoption au Darfour
Publié le 25 octobre 2007 à 21h12 par
Les autorités tchadiennes ont mis au jour un trafic d'enfants originaires du Darfour. Enlevés par des mercenaires dans la province en proie à la guerre civile, ils étaient destinés à des familles françaises. Neuf Français ont été arrêtés. L'association L'Arche de Zoé serait à l'origine de cette opération, destinée, selon elle, à "venir en aide" aux orphelins. Une enquête a été ouverte.

Neuf Français impliqués dans un trafic d'adoption au Darfour. (Reuters)
Sans foi ni loi. Alors que le Darfour est à feu et à sang depuis de nombreuses années, des mercenaires ont tenté de profiter de ce chaos pour gagner de l'argent. Leur idée? Kidnapper des enfants soudanais et les revendre dans les pays occidentaux et plus particulièrement en France. Des sommes d'argent auraient même déjà été versées – entre 2800 et 6000 euros - et plus de 300 familles françaises seraient concernés par ce trafic d'adoption.
Ils étaient prêts à partir. Installés dans un Boeing 757, les 103 enfants âgés de 3 à 8 ans n'attendaient plus que le décollage vers la France. Mais retenu au sol par les autorités tchadiennes, l'avion restera cloué au sol, permettant ainsi à des organisations humanitaires de les prendre en charge. Ils ont été placés sous la protection des autorités tchadiennes, avec le soutien du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et de l'Unicef. Ils étaient vraisemblablement censés atterrir dans la journée sur l'aérodrome de Châlons-Vatry, dans la Marne, afin d'être amenés aux familles. Kidnappés au Darfour au cours des derniers mois, ils étaient ensuite envoyés dans le pays voisin du Tchad, en attendant leur transfert vers la France. Un commerce juteux: 1,2 million d'euros selon les premières estimations.
"Utilisation de la souffrance des enfants"
De sources diplomatiques française et tchadienne, neuf Français ont été arrêtés. Le consul de France doit se rendre sur place vendredi alors que le parquet de Paris a ouvert une enquête. De source diplomatique à Paris, on estime qu'il s'agit d'une opération "totalement anormale de sortie d'enfants d'un territoire sans respect des règles" ainsi que d'une "utilisation extrêmement dommageable de la souffrance des enfants de la région" et de "l'attente des familles" qui souhaitent adopter un enfant. Parmi ces Français figure le président de l'ONG française, L'Arche de Zoé.
Des représentants de cette association, qui n'est légalement pas habilitée à proposer des adoptions, avaient été convoqués cet été au Quai d'Orsay, qui s'inquiétait alors de ce type d'opération. Sur le site web de L'Arche de Zoé, il est en effet indiqué que l'association humanitaire "lance une opération d'évacuation des enfants orphelins du Darfour" et "propose aux familles d'accueil qui le souhaitent de venir en aide et de prendre en charge dans leur foyer un enfant orphelin de moins de cinq ans, réfugié de la guerre du Darfour". Interrogés sur la polémique, des responsables de l'association en France ont expliqué avoir voulu "sauver ses enfants". "Il n'était pas question de les adopter mais de les sauver", a renchéri l'un deux sur LCI.
Interrogée sur France Info jeudi soir, la secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme, Rama Yade, qui revient tout juste d'une visite au Darfour, a déclaré être "préoccupée par ces familles [adoptives] qui sont dans la détresse" et qui "ont été abusées". "On ne peut pas enlever des enfants comme cela, surtout dans un pays qui interdit l'adoption internationale, et les distribuer à des familles désespérées", a-t-elle encore ajouté, précisant qu'elle avait elle-même prévenu ces adoptants du risque encouru. Dans un communiqué diffusé début août, le Quai d'Orsay avait ainsi appelé à la "plus grande vigilance" les familles engagées dans le projet d'accueil et d'adoption d'enfants provenant de la zone du Darfour. "L'opération annoncée par l'association L'Arche de Zoé ne bénéficie du soutien d'aucune des organisations humanitaires intervenant sur le terrain depuis plus de quatre ans", avait indiqué le ministère. Une mise en garde qui sera selon toute vraisemblance resté vaine.
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