UE: La Pologne gâche la fête
Publié le 01 juillet 2008 à 9h11 par
La France prend ce mardi matin la présidence tournante de l'Union européenne et déjà "la" mauvaise nouvelle est tombée: le président conservateur polonais, Lech Kaczynski, a annoncé qu'il ne ratifierait pas le traité de Lisbonne. Nicolas Sarkozy, lors d'une interview sur France 3 lundi, avait dit sa volonté de continuer la ratification de ce texte après le non irlandais mi-juin.

Nicolas Sarkozy avait rendu visite à Lech Kaczynski en mai dernier à Varsovie. (Reuters)
Comment mieux gâcher la fête? Alors que la Tour Eiffel s'est parée de bleu et des étoiles européennes lundi soir pour marquer le début de la présidence française de l'Union européenne ce mardi matin, la Pologne joue les trublions. Dans un entretien accordé au quotidien Dziennik, le président polonais Lech Kaczynski déclare qu'il n'a pas l'intention de ratifier le traité de Lisbonne, un texte âprement négocié par Paris et Berlin l'été dernier pour sortir l'UE de la crise institutionnelle dans laquelle elle était plongée après les "non" français et néerlandais au traité constitutionnel en 2005. "Pour le moment, la question du traité est sans objet (...) C'est désormais inutile", après le rejet du texte par les irlandais, a asséné le Polonais mardi matin.
Le parlement polonais avait pourtant, dès avril, approuvé la ratification du traité destiné à réformer le fonctionnement des institutions européennes. Mais, selon la Constitution polonaise, c'est le président qui ratifie les traités, sans aucune obligation. C'est un coup dur pour Nicolas Sarkozy, qui, lors d'une interview télévisée sur France 3 lundi soir, avait annoncé: "La première priorité pour nous est de circonscrire le problème aux Irlandais". Et qu'il fallait donc faire en sorte que les autres pays européens "continuent de ratifier" le texte. Pour Nicolas Sarkozy, c'est un revirement qui n'était pas attendu. En effet, le président Polonais avait, malgré ses réticences, participé à la discussion sur le traité de Lisbonne l'été dernier, avec son frère jumeau, Jaroslaw Kaczynski, alors Premier ministre et aujourd'hui chef du parti d'opposition. Mais des élections législatives aux résultats médiocres ont fait revenir les jumeaux à leur vieux réflexes eurosceptiques.
Dans l'interview, le président polonais met en garde contre toute tentative d'isoler l'Irlande. "Si on brise la règle de l'unanimité une fois, elle n'existera plus jamais. Nous sommes trop faibles pour accepter ce genre de solution", a-t-il analysé. "Il est difficile de dire comment cela se finira. En revanche, l'affirmation selon laquelle il n'y a pas d'Union s'il n'y a pas de traité n'est pas sérieuse", a plaidé Lech Kaczynski. Il a rappelé que le même raisonnement avait été fait par les défenseurs de la constitution européenne, quand elle a été rejetée par les Français et les Néerlandais. "Et pourtant l'Union a fonctionné, elle fonctionne et elle continuera de fonctionner (...) Bien sûr, elle n'est pas idéale, mais une structure à ce point compliquée ne peut être idéale".
Nicolas Sarkozy, qui ne voulait pas faire de la gestion du traité de Lisbonne un enjeu primordial de sa présidence, va devoir revoir ses plans. Car, avec la Pologne, c'est un deuxième front qui s'est ouvert. Jusque là , le président français avait les yeux rivés sur la République Tchèque, dont le président, Vaclav Klaus, un eurosceptique notoire, avait annoncé lors du sommet de Bruxelles qu'il ne ratifierait pas le traité, qu'il considérait "mort" après le vote irlandais. Au final, après un marchandage classique au niveau de l'UE - "Pas de Lisbonne, pas d'élargissement", avait tonné Sarkozy - les dirigeants des 27 s'étaient quittés avec une bonne résolution: la ratification continuerait quoiqu'il arrive.
Moins d'un mois après, la donne a changé. Et Nicolas Sarkozy va devoir gérer la crise avec diplomatie.
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