UE: Le grand marchandage
Publié le 20 juin 2008 à 13h11 par
L'UE va mieux. Une semaine après le refus des Irlandais de ratifier le traité de Lisbonne, les Vingt-Sept se sont mis d'accord vendredi pour poursuivre sa ratification. Seule ombre au tableau: le choix des Tchèques, qui pourraient refuser de signer. Pour éviter la catastrophe, les membres de l'UE font tout pour convaincre Prague de franchir le pas, quitte à marchander un peu.

Nicolas Sarkozy et l'ensemble des partenaires européens ont cherché des solutions à la crise actuelle. (Maxppp)
On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Les chefs d'Etats et de gouvernements réunis jeudi et vendredi à Bruxelles pour un Conseil européen ont essayé au cours de ces deux jours de faire saisir aux eurosceptiques toutes les subtilités de ce vieil adage. Depuis le refus du traité de Lisbonne par 53,4% des Irlandais, les Vingt-Sept veulent éviter la crise. Pour cela, tout le monde est d'accord, le processus de ratification va se poursuivre et une déclaration commune allant dans ce sens a été adoptée vendredi. Dublin devra trouver une solution.
Cependant, un petit pays, la République Tchèque, résiste encore. Durant le Conseil, le président, l'eurosceptique Vaclav Klaus, qui promulgue les lois, a sans cesse freiné des deux pieds et expliqué partout que le traité était mort. La cour constitutionnelle tchèque doit rendre un avis décisif sur la question à l'automne. "Si le vote avait lieu aujourd'hui, je ne parierais pas 100 couronnes sur le résultat", a ironisé le Premier ministre Mirek Topolanek, qui refuse un engagement ferme de son pays devant ses partenaires européens. Le ministre des Affaires étrangères, un pro-européen, s'est voulu plus rassurant: la République tchèque aura ratifié le traité avant le 1er janvier 2009, date à laquelle il prendra la présidence tournante de l'UE pour six mois.
Prague est désormais au centre de toutes les attentions. Angela Merkel a pris son petit-déjeuner vendredi avec le chef du gouvernement tchèque pour le convaincre. Bloquer le processus et l'ensemble de l'UE alors que la République tchèque assumera la présidence des Vingt-Sept au premier semestre 2009 ne serait pas une très bonne idée, a-t-elle expliqué à Topolanek. Nicolas Sarkozy, quant à lui, a été plus loin en commençant à marchander avec les Tchèques. Ces derniers sont très attachés à l'idée d'un nouvel élargissement, permettant à l'Europe de passer de 27 à 30 membres. L'intégration de la Croatie est une priorité stratégique pour Prague. Le président français s'est donc montré un peu menaçant: "Pas de Lisbonne, pas d'élargissement", a-t-il expliqué devant la presse.
C'est aussi le sentiment de nombreux autres membres: gérer l'Europe à trente sans les nouveaux outils prévus par Lisbonne (un président stable, un "ministre" des Affaires étrangères de l'UE ou la généralisation du vote à la majorité qualifiée) est impossible. Logiquement, vendredi, la République tchèque s'est engagée avec les autres Etats membres à poursuivre le processus de ratification. Mais une note en bas de page de la déclaration finale explique que la ratification tchèque est toujours soumise à la décision de sa Cour constitutionnelle.
La ratification devrait donc se poursuivre sans encombre. Une fois le processus terminé, il faudra trouver une solution pour l'Irlande. La république insulaire a jusqu'au prochain Conseil européen, en octobre, pour réfléchir aux raisons du non et esquisser des solutions. Là encore, tout peut se négocier. Si les Irlandais sont les seuls à ne pas avoir ratifié le traité, il sera facile de leur faire comprendre qu'il faut organiser un nouveau référendum. Cependant, le texte pourrait être modifié par une simple déclaration chassant les craintes des partisans du "non" (la neutralité de l'île, le respect de l'interdiction de l'avortement et l'absence d'interférence de Bruxelles au niveau de la fiscalité). Nicolas Sarkozy a d'ores et déjà annoncé qu'il viendrait en juillet à Dublin, au cours de la présidence française de l'UE, pour aider les Irlandais à faire un choix, bien qu'ils n'aient pas vraiment le choix.
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