UE: Sarkozy à la charge
Publié le 02 juillet 2008 à 8h45 par
La France n'est à la tête de l'UE que depuis mardi et déjà , Nicolas Sarkozy provoque des grincements de dents parmi ses partenaires. Le chef de l'Etat a en effet tancé le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, dans sa gestion du dossier OMC. Lequel a séché le dîner donné à l'Elysée mardi soir en l'honneur de l'UE et estimé que ces piques affaiblissent sa marge de manoeuvre.

A l'Elysée, Nicolas Sarkozy a ironisé sur l'absence de Peter Mandelson. (Reuters)
Un jour de présidence de l'Union européenne et déjà un "couac" à gérer. En accusant le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson et le directeur général de l'OMC, le Français Pascal Lamy, de vouloir accepter – voire brader - un accord sur le commerce international qui se solderait par une réduction de 20% de la production agricole européenne, Nicolas Sarkozy a mis les pieds dans le plat. A vrai dire, il y est allé fort, de son style franc du collier auquel les Européens ne sont pas habitués. Lundi, il disait qu'il ne "laisserait pas faire" un accord que Pascal Lamy et Peter Mandelson "voudraient nous faire accepter" et qui sacrifierait la production agricole "sur l'autel du libéralisme mondial". Le Britannique a rapidement répliqué, estimant que cette pique affaiblissait sa marge de manoeuvre dans les discussions avec les Etats-Unis. "Vous savez, dans toutes les négociations sur le commerce comme dans tout autre domaine, notre unité fait notre force", a-t-il déclaré, appelant les 27 à faire bloc derrière lui.
"Nous voulons une issue (des négociations) qui soit équilibrée, qui soit équitable, pour chacun, dont l'Europe. C'est pour cela que je négocie, mais si je suis dévalorisé, ma capacité à parvenir à un tel résultat sera amoindri, et cela me désole", a déploré Mandelson, qui en a rajouté, peu après sur la BBC-Télévision: "Oui, je suis dévalorisé, et la position de l'Europe aux négociations sur le commerce mondial est affaiblie. Et je le regrette".
"Il devait avoir un calendrier chargé"
Et le commissaire européen de continuer à s'épancher: "Je regrette que l'intervention de M. Sarkozy, avant, et de nouveau ce soir, me complique les choses (...) C'est très décevant, parce que le mandat avec lequel je négocie aux discussions sur le commerce - et par lequel j'essaie au nom de l'Europe de les boucler par un succès - a fait l'objet d'un accord entre tous les Etats membres". D'autant que cette sortie de Nicolas Sarkozy intervient "à un moment très, très crucial" de ces négociations commerciales mondiales, qui "vont aboutir ou échouer dans les prochaines semaines", au bout de plus de six ans de tractations. Apparemment vexé comme un pou, Peter Mandelson a séché le dîner donné à l'Elysée mardi par la présidence française où tous les commissaires européens se sont retrouvés.
La longue complainte de Mandelson n'est toutefois pas de nature à attendrir Nicolas Sarkozy. "Il devait avoir un calendrier chargé (...) C'est quelqu'un que je connais depuis bien longtemps, qui doit certainement être ravi de la publicité que je n'hésite pas à lui faire quand je suis en désaccord avec lui", a déclaré avec ironie le chef de l'Etat, interrogé sur cette absence. La présidence française a commencé dans un climat tendu entre Paris et la Commission, puisque Nicolas Sarkozy reproche à Bruxelles de ne pas s'être occupé des problèmes concrets des Européens et à la BCE sa politique des taux. Si le Français veut, louable intention, faire bouger les choses, pas sûre que la manière un brin cavalière soit efficace.
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