Zimbabwe: L'opposition se retire
Publié le 22 juin 2008 à 15h36 par
Morgan Tsvangirai s'est retiré de l'élection présidentielle. Alors que le deuxième tour devait se dérouler vendredi prochain, le leader de l'opposition, arrivé en tête du premier tour, a dénoncé la violence qui entoure le processus démocratique. Depuis quelques jours, le président sortant Robert Mugabe multipliait les pressions et entendait s'accrocher jusqu'au bout à son poste.

Morgan Tsvangirai était arrivé en tête du premier tour de l'élection présidentielle. (Reuters)
Le Zimbabwe n'ira pas au bout de ses élections. Morgan Tsvangirai a jeté l'éponge dimanche, à cinq jours du second tour de la présidentielle. Arrivé en tête du premier tour, le 29 mars, le président du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) n'a pas résisté aux pressions accrues du pouvoir en place. "Nous, au sein du MDC, avons pris la décision de ne pas participer plus longtemps à ce simulacre de processus électoral violent et illégitime", a annoncé dimanche Morgan Tsvangirai.
Depuis quelques jours, les doutes planaient sur l'avenir du scrutin. Robert Mugabe multipliait les déclarations hostiles au changement démocratique. "Seul Dieu peut me retirer le pouvoir qu'il m'a donné, pas le Mouvement pour le changement démocratique", a encore lancé vendredi le père de l'indépendance zimbabwéenne, au pouvoir depuis 1980. Parallèlement, les pressions policières et judiciaires s'accentuaient sur l'opposition. Ainsi, le numéro 2 du MDC, Tendai Biti a été inculpé de subversion, un chef d'accusation qui lui fait encourir la peine de mort.
Dimanche matin, des membres de la Zanu-PF, le parti présidentiel, ont fait irruption dans un meeting de soutien à Morgan Tsvangirai pour frapper les personnes présentes. Le MDC a aussi fait état de violences à l'encontre de journalistes et d'observateurs électoraux. "Des milliers de membres des jeunesses de la Zanu-PF, armés de barres de fer, de gourdins ou d'autres armes ont attaqué des journalistes et ont obligé les observateurs du scrutin à prendre la fuite. La police a fait usage de gaz lacrymogènes", avait précisé le MDC dans un communiqué. Le principal parti de l'opposition estime qu'au moins 70 de ses partisans ont été tués depuis le premier tour, le 29 mars dernier.
Robert Mugabe rejette la responsabilité des violences sur l'opposition, inféodée selon lui à l'ancienne puissance coloniale, le Royaume-Uni. De nombreux pays avaient fait part de leurs inquiétudes quant à la tenue du second tour. Jeudi, Ban Ki-moon avait estimé que le contexte rendait difficiles des "élections crédibles", malgré le déploiement de 400 observateurs de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC). Thabo Mbeki, le président sud-africain, avait même demandé à son homologue zimbabwéen d'annuler le second tour au profit de la formation d'un gouvernement d'union nationale.
Le vieux président Mugabe, 84 ans, a refusé cette proposition afin de poursuivre un processus électoral auquel de moins en moins de personnes ne croyaient. Les pays africains vont maintenant déployer de nombreux efforts pour éviter que le Zimbabwe ne sombre dans le même cycle de violence qu'a connu quelques mois plus tôt le Kenya. La France, elle, a d'ores et déjà annoncé dimanche qu'elle ne reconnaîtrait pas les résultats du second tour. Et accusé Robert Mugabe d'avoir "choisi la voie de la violence pour bâillonner le peuple".
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