JO: Imbroglio au sommet de l'Etat
Publié le 05 avril 2008 à 16h47 par
Le sujet d'un éventuel boycott de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin embarrasse décidemment Paris. Samedi après-midi, Rama Yade a démenti, auprès d'Europe 1, avoir parlé de "conditions" à la présence de Nicolas Sarkozy dans la capitale chinoise, le 8 août prochain. Pour Bernard Kouchner, cela reviendrait à "torpiller une éventuelle participation au dialogue".

Dans un entretien accordé au Monde, Rama Yade posait trois conditions à la présence de Nicolas Sarkozy le 8 août prochain, à Pékin. (Reuters)
Boycottera, boycottera pas... la question demeure entière samedi. Dans une interview accordée au Monde, Rama Yade posait samedi trois "conditions indispensables", selon elle, pour que le président assiste à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, le 8 août prochain à Pékin... avant de se rétracter quelques heures plus tard.
La secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme a en effet démenti auprès d'Europe 1 avoir parlé de "conditions" à la présence du chef de l'Etat dans la capitale chinoise. Elle assure que le journaliste du Monde a interprété ses propos. Selon Rama Yade, les trois points cités par le quotidien du soir - à savoir la fin des violences contre la population et la libération des prisonniers politiques, la lumière sur les événements tibétains et l'ouverture du dialogue avec le dalaï-lama - ne sont pas des "conditions indispensables" mais des "souhaits" formulés par son cabinet, rapporte la radio. Et de préciser que ces "souhaits" engagent son seul cabinet du secrétariat aux droits de l'Homme. Un démenti réaffirmé un peu plus tard dans un communiqué: "Le terme de conditions n'a pas été employé. Comme depuis le début de la crise au Tibet, j'ai veillé à exprimer la position de la France en termes précis." Le Monde estime quant à lui avoir "fidèlement retranscrit les propos de Rama Yade".
Les regrets de Robert Ménard
Un peu plus tôt, alors que les médias reprenaient tour à tour ces "conditions" à la présence de Nicolas Sarkozy et que Reporters sans frontières se réjouissait déjà de ce "pas en avant" de la France dans ce dossier, l'Elysée avait démenti toute décision du chef de l'Etat. Toujours selon Europe 1, la présidence française a fait savoir que la déclaration de Rama Yade n'engageait pas le chef de l'Etat. Interrogé lors du journal de 20 heures de France 2, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a confirmé cette information, indiquant qu'il n'y avait "pas de conditions à la présence de Nicolas Sarkozy en Chine. "Ce serait vraiment torpiller une éventuelle participation au dialogue que de poser des conditions", a-t-il ajouté, précisant que la France n'avait pas encore arrêté sa décision dans ce dossier.
Invité à commenter ce démenti, Robert Ménard, le président de RSF, a déclaré: "J'aurais aimé que la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme ait tenu ces propos et que ces conditions aient été exigées mais pour l'instant je ne peux pas commenter des déclarations qui n'ont visiblement pas été tenues."
Dans l'entretien paru samedi, Rama Yade ne fixe pas de calendrier à l'éventuelle décision d'un boycott, précisant simplement que le chef de l'Etat la "prendra au regard de l'évolution des événements actuels et s'exprimera après avoir consulté nos partenaires européens, car il parlera alors en tant que président en exercice de l'Union européenne". "Nous ne voulons pas donner de leçon, mais nous demandons que la Chine tienne ses engagements (...) Si la Chine ne relève pas le défi des droits de l'Homme, les Jeux se résumeront aux événements du Tibet", prévient-elle, avant de lancer: "La Chine sans les droits de l'Homme ne sera jamais une véritable grande puissance."
Depuis le début de la crise tibétaine, la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme n'a jamais caché son hostilité envers Pékin. Le 20 mars dernier, elle avait été l'un des premiers membres du gouvernement à prendre position dans ce dossier, évoquant, sur Canal +, un possible boycott de la cérémonie d'ouverture. "S'il y a un bain de sang au Tibet, je ne vois pas ce que je vais faire dans un gradin à observer une manifestation sportive", avait-elle alors déclaré. Une position réitérée à plusieurs reprises. Interrogée par Le Monde sur sa présence lundi lors du parcours de la flamme olympique à Paris, elle a répondu: "Traditionnellement, ce sont les ministres des sports, Bernard Laporte et Roselyne Bachelot, qui assistent à l'événement. Moi, aujourd'hui, j'aimerais plutôt être à Dharamsala [ville du nord de l'Inde où vit en exil le dalaï-lama, ndlr]."
Du côté de la présidence française, la prise de position est moins tranchée. Après un long silence, Nicolas Sarkozy avait appelé fin mars son homologue chinois, Hu Jintao, à la retenue. Une tiédeur qui avait été vertement critiquée, y compris au sein de la majorité. Sur son blog, l'ancien Premier ministre, Alain Juppé avait dénoncé ces responsables occidentaux qui demandent à la Chine de "tuer avec retenue". Interrogé le 25 mars sur l'éventuel boycott de la cérémonie d'ouverture, Nicolas Sarkozy avait alors ouvert le champ des possibles, déclarant: "Toutes les options sont ouvertes. (...) Je ne ferme la porte à aucune éventualité."
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