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Le monde a faim

Publié le 11 avril 2008 à 15h55 par

Un peu partout dans les pays en voie de développement, des manifestations s'organisent pour protester contre l'envolée des prix alimentaires. Face à une colère qui s'est parfois transformée en "émeutes de la faim", les responsables internationaux appellent à des actions d'urgence. Les prévisions ne laissent cependant pas entrevoir d'amélioration et la grogne pourrait s'étendre.

A Haïti, les manifestations se multiplient contre l'envolée des prix des denrées alimentaires. - Reuters
A Haïti, les manifestations se multiplient contre l'envolée des prix des denrées alimentaires. (Reuters)


La liste s'allonge de jour en jour. Partout dans le monde, des manifestations emplissent les rues, tournant parfois à l'émeute, comme en Haïti où cinq personnes sont mortes. L'Afrique de l'Ouest est particulièrement touchée, avec des "manifestions de la faim" au Burkina-Faso, au Cameroun, au Sénégal ou encore en Côte d'Ivoire. L'Egypte, où la population proteste contre la hausse du prix du pain, a interdit l'exportations de certaines denrées pour les réserver à son marché agricole. Face à la gronde croissante, les dirigeants s'inquiètent.

Vendredi, la sonnette d'alarme était tirée par Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et ses trois secrétaires d'Etat, Rama Yade (Droits de l'Homme), Jean-Pierre Jouyet (Affaires européennes) et Alain Joyandet (Coopération). Ils ont cosigné une tribune dans Libération, sous le titre "Faisons face aux émeutes de la faim". "Nous devons privilégier les aides ciblées, encourager la production et soutenir la reconstitution des stocks alimentaires", soulignent les ministres, qui annoncent la mise en place d'un groupe de travail "de haut niveau associant les ministères de l'Agriculture et des Affaires étrangères". Quelques jours plus tôt, c'était le Premier ministre britannique, Gordon Brown, qui appelait la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et l'ONU à mener une action coordonnée.

L'envolée se poursuivra

Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 35 entre 2002 et aujourd'hui. L'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) note une inflation en 2007 de 80 sur les céréales. Les projections ne prévoient pas d'amélioration à court terme. La Banque mondiale a estimé que l'envolée des prix alimentaires devrait se poursuivre jusqu'en 2009, avant de décroître sous l'effet de l'adaptation de la demande à cette augmentation. Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer l'inflation. La hausse de la demande, notamment due à l'augmentation du niveau de vie dans des pays comme la Chine, crée la pénurie. La flambée du pétrole concourt aussi à celle des denrées alimentaires. Autre mise en cause: le développement des biocarburants. Les cultures qui leur sont consacrées sont des productions alimentaires en moins.

"La communauté internationale doit faire corps, non seulement pour apporter immédiatement son soutien, mais afin d'aider les Etats à identifier les initiatives et les politiques nécessaires pour réduire les conséquences sur les plus vulnérables", a exhorté Robert Zoellick, le président de la Banque mondiale. L'institution préconise le renforcement de l'aide financière aux plus nécessiteux. "Cela soutient le pouvoir d'achat des pauvres sans nuire aux subventions à la production et sans entamer les revenus des vendeurs de nourriture pauvres", souligne-t-elle, proposant en outre une baisse des taxes sur les matières premières alimentaires.

Vers une extension de la grogne?

Les ONG appellent aussi à une augmentation de l'aide. Action contre la faim (ACF) réclame pour sa part la création d'un fonds mondial de lutte contre la faim. Jacques Diouf, président de la FAO a plaidé pour un "transfert massif de semences", ce qui permettrait aux agriculteurs des pays pauvres de s'approvisionner en grain, engrais et fourrage. Il a par ailleurs appelé les dirigeants mondiaux à participer à un sommet sur la crise alimentaire du 3 au 5 juin à Rome.

Le directeur technique et recherche d'ACF, Ludovic Bourbé, craint une extension de la grogne. "Aujourd'hui, les émeutes sont urbaines. Certains paysans vont bien sûr sortir gagnants, mais les petits producteurs devraient pâtir de cette crise. La colère pourrait donc s'étendre aux campagnes", prévient-il, dans une interview au JDD.fr, en appelant à mener parallèlement des actions d'urgence et de prévention. La crise touche aujourd'hui les plus pauvres, mais au fur et à mesure que les prix s'envolent, ils dépassent des seuils et plonge une part plus large dans la colère.


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