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Bartolone: "Martine Aubry tient entre ses mains un carré de cartes magiques"

Publié le 04 septembre 2008 à 17h28 par Propos recueillis par Maud PIERRON

Depuis que Laurent Fabius et Martine Aubry se sont rapprochés à La Rochelle, l'ancien Premier ministre et ses proches, réputés pour leurs manoeuvres au PS, focalisent les critiques de leurs camarades. " Il faut disqualifier les amis de Laurent Fabius car ils permettent l'avènement d'une nouvelle majorité" autour de Martine Aubry, explique au JDD.fr Claude Bartolone, un fidèle de l'élu normand. Qui tacle au passage Hollande, Delanoë, Moscovici et Royal...

Claude Bartolone, comme tous les amis de Laurent Fabius, s'est rapproché de Martine Aubry. Une situation qui a provoqué de nombreuses critiques. - Maxppp
Claude Bartolone, comme tous les amis de Laurent Fabius, s'est rapproché de Martine Aubry. Une situation qui a provoqué de nombreuses critiques. (Maxppp)


Comment vivez-vous la situation actuelle actuelle au PS, où le "Tout sauf Fabius" resurgit?
C'est grosse ficelle sur grosse ficelle. Que se passe-t-il actuellement? Eh bien en fonction de la position que l'on a prise, nous, les amis de Laurent Fabius, on peut donner naissance à une nouvelle orientation politique, une nouvelle majorité au sein du PS. Ce qui fait peur, c'est que nous pouvons être faiseur de roi, en l'occurrence, faiseur de reine. Alors aujourd'hui, il faut disqualifier les amis de Laurent Fabius car ils permettent l'avènement d'une nouvelle majorité.

Vous pensez donc que ce rejet est une posture?
Je ne sais pas. Si c'est lié à la question européenne, je veux bien, mais alors, comment expliquer que Vincent Peillon soit persona grata chez Ségolène Royal: il était pour le non; comment expliquer que Moscovici passe son temps avec Montebourg: il était pour le non. Et pourquoi n'avons-nous pas été sanctionné au moment du congrès du Mans? C'est à ce moment qu'il fallait faire payer l'addition. D'une certaine manière, ce congrès a passé l'éponge sur cette affaire.

L'épisode de La Rochelle, où vous avez déjeuné de manière ostentatoire avec Martine Aubry et Jean-Christophe Cambadélis, notamment, a été vécu comme un psychodrame...
C'est là où c'est effrayant. C'est le moment où les socialistes ne se parlent pas entre eux qui devrait être considéré comme un psychodrame. Là, c'est de la tartufferie de la part de Hollande, Delanoë ou qui que ce soit. Autour de la table, il y avait notamment cinq anciens ministres du même gouvernement Jospin: Martine Aubry, Laurent Fabius, Marilyse Lebranchu, Christian Paul et moi-même. Ils devraient avoir comme règle de conduite de ne jamais s'adresser la parole? C'est la pire des escroqueries intellectuelles à laquelle on a assisté depuis longtemps. Lorsque les amis de Laurent Fabius n'avaient de contacts avec personne, on disait "ils se comportent en clan". Là, nous sommes les seuls à avoir invité des gens aussi différents à La Rochelle (Benoît Hamon, Jean-Christophe Cambadélis et Martine Aubry, Ndlr) et on nous critique.

"Il faut demander à Moscovici pourquoi il a souhaité donner cette image d'homme solitaire et malmené..."

Vous vous voyez plutôt comme des rassembleurs?
Mais oui. L'escroquerie, c'est qu'on essaie d'accréditer l'idée que lorsque des socialistes tentent de se rassembler, de se préoccuper de la situation sociale et économique, veulent en finir avec les divisions; lorsque tout cela n'est pas orchestré par François Hollande, c'est interdit. Il n'est pas le seul à la manoeuvre. Tous ceux qui ont annoncé leur candidature y participent. J'en reviens à l'essentiel: une femme de qualité, qu'ils croyaient éliminée, est réapparue sur la scène politique. Personne n'aurait pu imaginer il y a encore six mois que Martine Aubry pouvait revenir, en plus avec le soutien des amis de Laurent Fabius. La situation politique leur échappe, ils souhaitent reprendre le contrôle.

Vous ne dites rien sur Pierre Moscovici, qui a pourtant eu des mots durs à l'égard des fabiusiens après l'épisode rochellais. Vous le ménagez?
Je considère que Pierre est un homme politique de qualité même si j'ai des différences politiques avec lui. Quand il dit ne pas vouloir entendre parler de la gauche du parti, il fait une erreur stratégique. A un moment où chacun est attentif aux scores que pourrait faire l'extrême gauche aux élections à venir, où on se rend compte qu'il y a une attente plus forte de l'électorat de gauche sur une gauche qui résiste plus et qui propose plus, donner l'impression de vouloir se couper de ce courant au sein du PS, c'est une erreur. Dans ces propos, il y a aussi une dimension humaine. Pierre Moscovici a cru qu'il pouvait être le plus petit dénominateur commun. Mais, à partir du moment où Delanoë, après Royal, était candidat, il n'avait plus le profil pour occuper ce poste. Il donne plutôt l'impression d'être là simplement pour reporter le match de l'élection présidentielle, plutôt que de pouvoir le réguler.

Pourquoi ne pas l'avoir tout de même invité à ce fameux déjeuner?
Jean-Christophe Cambadélis lui a proposé de venir quand il est arrivé vendredi à La Rochelle et c'est Pierre qui a dit: "S'il y a les amis de Laurent Fabius à ce dîner, je ne viens pas". Maintenant il faut lui demander pourquoi il a souhaité donner cette image d'homme solitaire et malmené, en venant prendre un café juste à côté du restaurant où il savait que nous allions déjeuner avec les amis de DSK, de Montebourg, d'Aubry. Je crois que pour lui c'est la fin d'une période politique, où il a cru, et c'était envisageable, pouvoir convaincre tout le monde et notamment ceux qu'on considère comme les présidentiables qu'il ne fallait pas qu'ils soient candidats au poste de premier secrétaire. Tant que l'on était dans cette phase là, il avait à la fois les qualités personnelles et le parcours qui pouvait lui permettre d'être candidat. Mais quand nous sommes arrivés à La Rochelle, la candidature de Delanoë nous a fait rentrer dans une nouvelle étape en vue du congrès.

Martine Aubry, "centre de gravité"

Ceci dit Martine Aubry ne s'est toujours pas déclarée...
Elle a raison de garder ce calendrier, car à l'inverse de Royal ou Delanoë, qui, en gros, disent: "Je suis candidat, soutenez-moi et on verra après", Martine Aubry essaye de bâtir une construction qui amène les socialistes à réfléchir aux problèmes qui sont posés aux Français actuellement, aux pistes que nous pouvons leur proposer et à la stratégie politique qui peut nous permettre de gagner. Elle présente l'élection comme un moyen alors que Royal et Delanoë la présente comme une fin. C'est au moment où elle aboutira à cette plate-forme politique, susceptible de donner envie à un certain nombre de socialistes de bouger par rapport à leurs divisions habituelles, qu'elle pourra faire mouvement.

Les proches d'Aubry font valoir que leur priorité, c'est de se rassembler avec les strauss-kahniens, voire la Ligne Claire, et que le rassemblent avec les Fabiusiens interviendra après...
Alors là, croyez-moi, Martine Aubry est très ferme, même vis-à-vis de la ligne claire, elle leur dit: "Vous ne me ferez pas bouger de l'alliance que j'ai avec Fabius et ses amis. J'ai commencé à travailler avec eux, donc soyons clair, je ne cacherais pas les amis de Laurent Fabius". Je sais ce que Martine Aubry me dit.

Pourquoi elle?
Quand je suis allé, en premier, la voir à Lille il y a trois mois, je lui ai expliqué qu'elle tient entre ses mains un carré de cartes magiques. La première, c'est qu'elle est aujourd'hui le symbole de la gauche locale, elle a réussi à Lille à montrer qu'une gauche sans complexe pouvait gagner. Deuxième carte, elle est un symbole de la gauche au pouvoir. D'une certaine manière elle a reçu l'aide de la droite sur ce point là, avec la polémique sur les 35h. Malgré le côté non abouti de la réforme, les Français se rendent compte que c'était une réforme qui leur apportait quelque chose. Troisième carte, elle est la seule responsable politique candidate au poste de premier secrétaire, qui n'est pas considérée comme présidentiable à l'heure où nous parlons, tout en n'étant pas disqualifiée pour cette élection présidentielle. La quatrième carte à abattre - l'élément central pour en finir avec toutes ces divisions - c'est qu'elle est la seule en mesure d'être ce centre de gravité, capable de faire travailler le pôle de droite et le pôle de gauche du PS dans la même direction.


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