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Crise: Réunion d'urgence à Matignon

Publié le 17 août 2008 à 19h00 par Florence MURACCIOLE

Entre les mauvais chiffres de la croissance et une rentrée qui s'annonce chargée, François Fillon prend les devants. Lundi, sur le coup de 15 heures, le chef du gouvernement réunit en urgence à Matignon les ministres en première ligne face à la crise économique (Christine Lagarde, Eric Woerth, Laurent Wauquiez, Anne-Marie Idrac et Hervé Novelli).

Fillon de retour aux affaires. - Reuters
Fillon de retour aux affaires. (Reuters)


Il est de retour et, avec lui, six de ses ministres. Demain, à 15 heures, François Fillon tient réunion à Matignon. Une réunion d'urgence. Après plusieurs semaines de convalescence pour cause de mal de dos et beaucoup de natation pendant ses vacances en Italie, le Premier ministre veut démontrer qu'il revient à son poste requinqué, réactif, et soucieux du devenir économique de la France. Il a suffi qu'un - 0,3) dans son pays, avait montré l'exemple en convoquant aussitôt un Conseil des ministres extraordinaire.

A Paris, seuls les ministres concernés par ce que d'aucuns appellent déjà la récession sont conviés demain à Matignon. Christine Lagarde (Economie), Eric Woerth (Budget) et les secrétaires d'Etat Luc Chatel (Consommation), Laurent Wauquiez (Emploi), Anne-Marie Idrac (Commerce extérieur) et Hervé Novelli (PME) auront pour tâche, selon le communiqué de François Fillon, "d'analyser les causes" de la dégradation de la conjoncture internationale et "d'identifier les réponses qui devront y être apportées". "Il s'agit de faire le point de la situation, d'échanger entre nous et de regarder s'il y a des mesures immédiates à prendre", précise Eric Woerth.

Pas de sortie de tunnel avant 2010

Un devoir de rentrée dont se serait tout de même bien passé l'exécutif, qui avait misé sur ses réformes pour relever l'économie du pays. La crise internationale est venue briser net ses espérances, même si le ministre du Budget veut croire que les réformes entreprises depuis 2007 "ont joué un rôle d'amortisseur". "La France ne résiste pas si mal, il faut continuer à réformer, ne pas céder trop à l'inquiétude, sans nier la réalité de la difficulté de la situation. L'impôt sur les sociétés rentre bien, la TVA aussi", note Woerth. Pourtant, la plupart des experts, qu'ils soient économistes ou politiques, ne voient guère la sortie du tunnel avant 2010, la situation financière de la France étant déjà dans le rouge depuis quelques années. "Les caisses sont vides", avait même concédé le président de la République en janvier.

Les déficits publics élevés, le manque de marges de manoeuvre budgétaires du gouvernement, "épuisées par le paquet fiscal", comme le constatent Nicolas Bouzou, économiste chez Asteres) ainsi que le déficit record du commerce extérieur qui marque l'absence de compétitivité des entreprises hexagonales, comme le relève Gilles Carrez, le rapporteur général UMP du Budget (lire ci-contre), ne permettent sûrement pas un plan de relance de l'économie à l'espagnole, évalué à 20 milliards d'euros. D'autant que la France préside l'Union européenne et qu'elle se doit d'éviter d'être rappelée à l'ordre par Bruxelles pour mauvaise conduite de son économie. Les ministres et secrétaire d'Etat auront donc à faire preuve d'inventivité puisqu'ils sont privés de dépenses supplémentaires.

Les dépenses mises en réserve dans le budget 2008 vont être annulées

"Il ne faut pas s'attendre à quelque chose de spectaculaire", prévient-on cependant à Matignon. D'ores et déjà, les dépenses mises en réserve dans le budget 2008 vont être annulées et certaines mesures de maîtrise médicalisée de la dépense pourraient être prises plus tôt qu'en 2009, sans pour autant aller jusqu'à de nouveaux déremboursements de médicaments. Hervé Novelli, le secrétaire d'Etat aux PME, veut concentrer ses efforts sur les petites et moyennes entreprises "pour qu'elles souffrent moins et qu'elles aient plus de facilité d'accès au crédit." "Il faut également faciliter la vie des entreprises par des mesures de simplification administrative", insiste le ministre qui, lors de son tour de France, cet été, a relevé "tant de freins" mis dans le développement de ses chères PME. Il espère également parvenir à réduire les délais de paiement trop longs que s'octroient les pouvoirs publics et qui pénalisent les plus petites entreprises.

"Innovation, simplification, financement et fiscalité, voilà ce sur quoi nous devons plancher pour les entreprises", annonce-t-il. Quant à Nicolas Bouzou, il a sa petite idée pour sortir de la crise: "Il faut accélérer les réformes. Par exemple, mettre en place au plus vite la loi de modernisation de l'économie via des décrets. Les nouvelles règles de négociation entre fabricants et les enseignes de la grande distribution peuvent s'appliquer dès octobre." Nicolas Baverez, lui, met en garde Nicolas Sarkozy: "On ne peut pas être en même temps président du pouvoir d'achat et des réformes" (voir ci-contre). La baisse des prix des matières premières et la décrue de l'euro peuvent faciliter les choix du chef de l'Etat.

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