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Des ministres sur le grill

Publié le 03 janvier 2008 à 18h34 par

La question du remaniement gouvernemental ne semble plus se poser. Seule reste une inconnue, le "quand?" Avant les municipales, pour tenter un électrochoc, ou après, en forme de sanctions? Toujours est-il que des "favoris" émergent, à la faveur des premiers mois de présidence. Des noms qui pourraient aussi être le reflet du système de notation mis en place au gouvernement.

François Fillon va-t-il se séparer des ministres mal notés? - Reuters
François Fillon va-t-il se séparer des ministres mal notés? (Reuters)
La question du remaniement gouvernemental ne semble plus se poser. Seule reste une inconnue, le "quand?" Avant les municipales, pour tenter un électrochoc, ou après, en forme de sanctions? Toujours est-il que des "favoris" émergent, à la faveur des premiers mois de présidence. Des noms qui pourraient aussi être le reflet du système de notation mis en place au gouvernement.

Si Nicolas Sarkozy était président d'un club de football, ses mots sonneraient comme une promesse d'au revoir pour plusieurs ministres. Car jeudi matin, à l'occasion du premier conseil des ministres de 2008, il a renouvelé sa "confiance totale, pleine et entière" à l'équipe gouvernementale. Dans le jargon du ballon rond, une telle déclaration annonce un changement d'entraîneur imminent. Et ce n'est rien de dire que la place politique bruisse de rumeurs sur un remaniement à court terme. La question, aujourd'hui, n'est plus de savoir si certains ministres vont céder leur fauteuil, mais quand. Et qui, bien sûr. Car les propos du chef de l'Etat lors de ses voeux à l'exécutif, rapportés par le Canard enchaîné, laissent planer peu de doute. "Soyez contents d'être au gouvernement (...) Vous ne resterez pas tout le temps [ministre] alors soyez heureux de l'être."

Non contents de se voir ainsi invités par le président de la République à ne pas faire trop de plans pour l'avenir, malgré le "plaisir qu'il avait eu à travailler avec l'ensemble des membres du gouvernement sous la direction de François Fillon pendant toute l'année 2007" (sic), les ministres vont aussi recevoir leur carnet de notes. Comme le révèle Le Monde daté de vendredi, François Fillon a fait appel à des consultants privés pour élaborer une grille d'évaluation personnalisée, et calquée sur la lettre de mission adressée à chacun par le chef de l'Etat. Avec une tendance lourde : la politique du chiffre. Ainsi, explique le quotidien du soir, Xavier Darcos sera-t-il noté sur les heures supplémentaires effectuées par les enseignants ou l'âge moyen des professeurs dans les ZEP, Christine Albanel sur l'augmentation des visiteurs dans les musées gratuits, ou Christine Lagarde sur l'indice des prix dans la grande distribution. Plus original encore, Bernard Kouchner sera rendu responsable de la présence de ses camarades lors des conseils des ministres européen. Les absents auront tout intérêt à disposer de solides mots d'excuse...

Bertrand champion, Morin "cancre"

En attendant que le Premier ministre distribue, lors d'entretiens individuels, les bons et les mauvais points – voire les ordres d'exclusions ? – c'est l'hebdomadaire Le Point qui, hasard ou coïncidence, s'est livré à une notation des ministres. Un jury de douze personnalités et intellectuels a donc jugé les prestations de nos gouvernants, selon les critères suivants : vision politique, pédagogie, courage, volonté de réformer, talent médiatique, capacité à réformer. Grand vainqueur de ce palmarès, Xavier Bertrand, vedette de la rentrée avec sa réforme des régimes spéciaux de retraites et l'un des ministres les mieux vus à l'Elysée, obtient la note de 15,2 sur 20. Martin Hirsch suit avec 14,1 et Valérie Pécresse avec 13,8, devant Bernard Kouchner et Fadela Amara, qui obtiennent la même note (13,5). Parmi les moins bien classés figurent Michèle Alliot-Marie (24e), Michel Barnier (25e) ou Hervé Morin (31e). Ironie du sort, leurs trois noms reviennent souvent dans la liste de ceux qui feraient les frais d'un remaniement.

Le jeu de chaises musicales apparaît complexe. Selon le Journal du Dimanche du 30 décembre, Rachida Dati, qui se heurte depuis plusieurs mois à l'hostilité des magistrats et avocats, pourrait être remplacée par Jack Lang. Elle prendrait la place de MAM à l'Intérieur, à moins que ce ne soit Patrick Devedjian, pressenti à la Justice avant la présidentielle, et finalement non retenu. Le départ d'Hervé Morin semble acquis, comme celui de Michel Barnier. Christine Albanel – dont la place serait convoitée par le récent rallié Jean-Marie Cavada – Christine Boutin sont aussi en lice pour quitter le gouvernement. Brice Hortefeux et Christian Estrosi pourraient prendre des responsabilités à l'UMP, au bénéfice de Patrick Devedjian et Jean-François Copé. Le centriste Michel Mercier est aussi sur les rangs pour intégrer l'équipe, sachant que Nicolas Sarkozy l'a encore répété lundi lors de ses voeux, il tient à poursuivre l'ouverture. Sachant que Martin Hirsch, Bernard Kouchner, Fadela Amara et Rama Yade figurent dans le Top 10 du Point, et que Jean-Pierre Jouyet, qui bénéficie comme son ministre de tutelle d'un certain crédit à l'Elysée, il aurait tort de se priver. Toutefois, François Fillon tient à éteindre les ardeurs. "Vous serez déçus", a déclaré le Premier ministre à propos d'un éventuel remaniement. "Quand un remaniement se produit, c'est en général au moment où on n'en parle pas." La fréquence des rumeurs est alors telle que le gouvernement tiendrait cinq ans. On en doute.


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