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Edvige: Quand MAM tance Morin

Publié le 07 septembre 2008 à 17h22 par Maud PIERRON

Et si, avec la rentrée, c'était le retour du "couac" gouvernemental? Le ministre de la Défense, Hervé Morin, s'est interrogé samedi soir sur l'utilité du controversé fichier de renseignement "Edvige". Michèle Alliot-Marie, sa collègue de l'Intérieur lui a répondu très ironiquement dimanche: "La question que moi je me pose, c'est comment il se fait qu'il n'ait pas réussi à trouver mon numéro de téléphone." Ambiance...

Michèle Alliot-Marie n'a que très moyennement apprécié les critiques d'Hervé Morin sur Edvige. Elle s'est moqué de son collègue de la Défense. - Reuters
Michèle Alliot-Marie n'a que très moyennement apprécié les critiques d'Hervé Morin sur Edvige. Elle s'est moqué de son collègue de la Défense. (Reuters)


Les retrouvailles d'Hervé Morin et de Michèle Alliot-Marie, mercredi, en conseil des ministres, risquent d'être pimentées. Le ministre de la Défense, par ailleurs président du Nouveau Centre (NC), s'est en effet interrogé publiquement sur l'utilité et l'utilisation du fichier de renseignement Edvige, créé le 1er juillet. Lors de l'université d'été de son parti, à La Londe des Maures, Hervé Morin s'est longuement lâché devant quelque 400 militants: "Nous avons besoin de fichiers pour assurer la sécurité de nos compatriotes. Mais en l'espèce, je voudrais poser un certain nombre de questions. (...) Est-il utile pour assurer la sécurité de nos compatriotes, de centraliser des informations relatives aux personnes physiques ayant seulement sollicité un mandat politique ou syndical? (...) Est-il utile que l'on y intègre des éléments type les coordonnées téléphoniques, les orientations, sans savoir exactement de quoi il s'agit, des informations d'ordre fiscal ou patrimonial?", a-t-il développé. Et de conclure: "Est-ce bien nécessaire de ficher les personnes jouant, selon les termes même du décret, un rôle institutionnel économique social ou religieux significatif? N'y a-t-il pas là un curieux mélange des genres?"

Ce fichier, a-t-il expliqué, est "la reprise de deux décrets datant de 1991 signés Edith Cresson" et "la conséquence directe de la fusion des RG et de la DST". "Voilà un sujet qui démontre que la question de nouvelles libertés fondamentales se pose à nous. Pour ma part je ferai des propositions au début de l'année prochaine sur ces sujets-là", a annoncé le ministre, sans donner plus de précisions sur la forme et le cadre de cette initiative. Cette critique, longue et argumentée, d'un fichier instauré par Michèle Alliot-Marie - sur le voeu de Nicolas Sarkozy - place Hervé Morin sur la même ligne que l'opposition, le Modem et les associations, vent debout contre Edvige. François Bayrou a même appelé à un "un mouvement de refus républicain".

C'est Sarkozy qui doit être content

Edvige (Exploitation documentaire et valorisation de l'information générale, Ndlr) a été créé le 1er juillet dernier, donc, par un décret paru au Journal officiel. Il permet de recenser dès 13 ans des personnes jugées "susceptibles de porter atteinte à l'ordre public", ainsi que des personnes "ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique" ou jouant un "rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif".

Ces déclarations ont évidemment froissé Michèle Alliot-Marie, qui, elle, était à Royan, pour le "Campus" de l'UMP. Elle a choisi l'ironie mordante pour répondre à son collègue: "Je suis ravie que M. Morin se pose des questions. La question que moi je me pose, c'est comment il se fait que depuis le 1er juillet, il n'ait pas réussi à trouver mon numéro de téléphone pour me demander ce qu'il en était, je l'aurais rassuré", a-t-elle déclaré à la presse. Et pan sur le bec.

L'histoire ne dit pas (encore) si les deux membres du gouvernement ont réussi à trouver leurs numéros de téléphones respectifs pour échanger sur le sujet. Mais il est certain que Nicolas Sarkozy aura peu apprécié cet échange aigre-doux entre deux de ses ministres. Lui qui a mis toute son énergie à réclamer dernièrement l'unité aux élus de l'UMP pour leur médiatique "campus"... a dû, du coup, baisser sa garde sur le front gouvernemental. Et le couac a fait son retour.


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