Guaino, un conseiller trop bavard
Publié le 03 octobre 2008 à 12h46 par Christophe ISRAËL
La France en "quasi-récession", les critères de Maastricht pas une "priorité"... Les dernières déclarations d'Henri Guaino ont mis le petit monde politique en ébullition. Au sein-même de l'UMP, son attitude de franc-tireur agace. Dérapages verbaux ou déminage organisé, le conseiller de Nicolas Sarkozy exaspère une bonne partie de la classe politique, majorité en tête.

Henri Guaino, un conseiller très spécial. (Maxppp)
Henri Guaino connaît le poids des mots, qu'il manie avec une aisance qui n'est plus à démontrer. Alors que le France se débat dans la crise, ses déclarations jeudi sur les critères de Maastricht ont suscité une véritable levée de boucliers dans la majorité... et au-delà. Quelques jours seulement après avoir diagnostiqué une "quasi-récession", le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy a déclaré sur le plateau de Canal+ que lesdits critères, qui imposent un déficit public inférieur à 3% du PIB, n'étaient "temporairement" certes, "pas la priorité des priorités". Une litote qui, placée dans la bouche de celui qui susurre à l'oreille du président, peut laisser croire que la France serait prête à sacrifier le respect des règles européennes sur l'autel du plan de relance mis au point par l'Elysée.
Une "annonce anxiogène" du plus mauvais effet, selon Jean-François Copé. Le président de l'UMP à l'Assemblée nationale s'est immédiatement désolidarisé de Guaino, tandis qu'à l'Elysée, on assure que le conseiller spécial s'est exprimé "en son nom personnel". A Antibes, les participants des journées parlementaires du parti de la majorité ont, à la quasi unanimité, condamné les propos du porte-plume présidentiel. Guaino aurait-il l'outrecuidance de dire tout haut sur la place publique ce que tout le monde analyse tout bas? Suggérer par exemple que l'équilibre déjà fragile du budget 2009 pourrait définitivement voler en éclat, miné par le déblocage des quelques milliards nécessaires au financement du plan de relance pensé par l'Elysée. Si la France ne l'a pas attendu pour se montrer l'un des plus mauvais élèves en termes de déficit public, Nicolas Sarkozy, qui occupe la présidence tournante de l'UE jusqu'en décembre prochain, se doit de montrer l'exemple en la matière.
"Que les conseillers conseillent et laissent les responsables s'exprimer"
La déclaration de Guaino est d'autant plus troublante qu'elle intervient deux jours avant la réunion à Paris des chefs d'Etat européens autour du président français. Une véritable cellule de crise intergouvernementale qui pourrait bien, situation exceptionnelle oblige, prendre des mesures exceptionnelles. En décrétant pourquoi pas l'état d'urgence économique, qui permettrait d'aménager quelques unes des règles en vigueur. Si la gravité de la situation appelle un nouveau Bretton Woods, relâcher, ne fût-ce que temporairement, les contraintes budgétaires imposées par Bruxelles paraît-il totalement déraisonnable? Pour François Sauvadet, "faire une telle déclaration à la veille de recevoir Angela Merkel, c'est une erreur, une faute". La position de Berlin sur la question des déficits est connue, et non négociable a-t-on prévenu outre-Rhin. "Que les conseillers conseillent et laissent les responsables s'exprimer", a asséné le centriste.
Alors électron libre ou ballon d'essai téléguidé depuis l'Elysée? La réaction unanime de la majorité accréditerait plutôt la thèse du dérapage verbal, de l'initiative personnelle malheureuse. "Que nos partenaires européens se rassurent : la confiance dans l'avenir exige la réduction de nos déficits", a tenu à rassurer Pierre Méhaignerie, le président de la commission des Affaires sociales. Et puis Eric Woerth l'a redit jeudi soir, la France "ne peut pas faire fi des critères de Maastricht". Mais le ministre du Budget n'a cependant pas exclu "des mesures exceptionnelles" en cas d'aggravation de la crise. En cas de "récession" par exemple?
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