Haro sur les parachutes dorés
Publié le 03 octobre 2008 à 18h08 par Matthieu VERRIER
Les parachutes dorés sont sous le feu des critiques. Même la droite, gouvernement en tête, exhorte à une moralisation de ces primes de départ des patrons de grandes sociétés. Si Axel Miller, administrateur de Dexia, a renoncé à son enveloppe, aucune règle n'existe sur ces rémunérations. L'Elysée a prévenu: si les dirigeants ne s'autorégulent pas, la loi le fera pour eux.

Axel Miller a renoncé à 3,7 millions d'euros de prime de départ. (Reuters)
Les patrons devront peut-être replier leurs parachutes dorés. Axel Miller l'a fait. L'administrateur délégué de Dexia a renoncé à l'enveloppe de 3,7 millions d'euros, qui lui était promise en cas de départ. Mais ce départ se déroule dans des circonstances bien particulières puisque la banque franco-belge a été sauvée par un plan de 6,4 milliards d'euros, octroyés par les deux Etats. Si ce renoncement reste exceptionnel, il pourrait toutefois précipiter l'établissement d'une règle.
Le geste d'Axel Miller avait d'ailleurs été réclamé par la France. Paris avait en effet posé cette condition à sa participation au plan de recapitalisation de Dexia. Pour la première fois, l'Etat intervient dans une telle affaire. Le gouvernement, jusque là, n'osait interférer dans la rémunération des patrons. En 2003, Pierre Bilger avait quitté la tête d'Alstom après que l'entreprise avait été sauvée par l'intervention de l'Etat. L'enveloppe de 4,1 millions d'euros que devait emporter avec lui le patron a soulevé l'émoi dans l'opinion. Pierre Bilger y avait renoncé de lui-même, expliquant son geste dans un livre intitulé Quatre millions d'euros, le prix de ma liberté.
Amendement UMP
Si les primes de départ font régulièrement polémiques depuis cinq ans, à l'image de celle de Noël Forgeard en 2006, il n'était pas question d'émettre une quelconque règle. La droite arguait de la liberté d'entreprise. Le Medef promettait d'y réfléchir. Le discours politique s'est toutefois durci ces derniers mois. L'exécutif français a ainsi une autre personne dans le viseur: l'Américaine Patricia Russo. La directrice générale d'Alcatel-Lucent a été évincée du groupe pour cause de médiocres résultats. "Quand le parachute doré est une prime à l'échec, c'est scandaleux", s'est indigné dimanche Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, lui demandant d'y renoncer.
Les politiques pourraient même mettre leur nez dans les contrats des patrons. "Il faut mieux encadrer les modes de rémunération des dirigeants et des opérateurs pour favoriser les comportements responsables", a lancé vendredi François Fillon. L'UMP a proposé un amendement au projet de loi de finances 2009. Le texte, même modéré, représente une avancée pour la droite qui avait toujours repoussé les velléités de l'opposition de légiférer en la matière. Il est ainsi prévu de plafonner les avantages fiscaux consentis aux entreprises au titre des parachutes dorés. Les avantages ne seraient consentis que pour des indemnités inférieures à un million d'euros.
Propositions du Medef le 7 octobre
Pour Nicolas Sarkozy, il faudrait même interdire ces faveurs pour les patrons ayant "commis des fautes ou mis l'entreprise en difficultés". Le président de la République a souligné que les dirigeants ne devraient bénéficier de stock-options que si les salariés ont un intéressement.
Face à cette offensive de la droite, le Medef tente de calmer les esprits et annonce que son comité d'éthique présentera des propositions prochainement afin de promouvoir l'autorégulation plutôt que la législation. A avoir trop attendu pour fixer eux-mêmes des limites, les patrons pourraient cependant se les voir imposer par les politiques. Nicolas Sarkozy a posé un ultimatum aux organisations patronales. Si elles n'avancent pas leurs propositions avant le 7 octobre, le gouvernement légiférera d'ici la fin de l'année.
Cependant, toute loi peut être contournée. A peine les parachutes dorés sont-ils sur le grill, qu'un autre terme apparaît: les "golden hello". Il s'agirait alors de verser la prime à l'arrivée. De plus, les mesures évoquées n'impliquent pas la "retraite-chapeau", une autre prime versée aux dirigeants par les sociétés directement.
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