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Moscovici: "Kadhafi, un vrai malaise"

Publié le 09 décembre 2007 à 12h00 par

Pierre Moscovici, le président socialiste de la Commission parlementaire sur la libération des infirmières et du médecin bulgares, rend hommage au rôle de Cécilia Sarkozy dans cet épineux dossier. En revanche, l'ancien ministre chargé des affaires européennes s'insurge contre la visite officielle de Mouammar Kadhafi en France qui débute lundi. Entretien.

Pierre Moscovici condamne la venue de Kadhafi à Paris. - MaxPPP
Pierre Moscovici condamne la venue de Kadhafi à Paris. (MaxPPP)
Pierre Moscovici, le président socialiste de la Commission parlementaire sur la libération des infirmières et du médecin bulgares, rend hommage au rôle de Cécilia Sarkozy dans cet épineux dossier. En revanche, l'ancien ministre chargé des affaires européennes s'insurge contre la visite officielle de Mouammar Kadhafi en France qui débute lundi. Entretien.

Kadhafi a semblé justifier, samedi à Lisbonne, le recours au terrorisme international. Est-ce que cela doit remettre en cause sa venue à Paris?
Si j'avais été président de la République, je n'aurais pas souhaité la visite du colonel Kadhafi en France. Cette déclaration ne fait que confirmer ma réticence. N'allez pas croire pour autant que je sois un idéaliste ou un pacifiste bêlant, je sais aussi ce qu'est la réalité, mais la diplomatie doit reposer sur des principes. On doit ainsi exiger de Kadhafi la démocratie à l'intérieur de son pays, le respect des droits de l'homme et une condamnation du terrorisme qui ne soit pas ambiguë ou à géométrie variable; or, sa récente déclaration est plus que préoccupante. En le recevant, la France, premier pays occidental à le faire, le dédouane un peu rapidement des comportements passés, présents et peut-être à venir. Cette visite, c'est l'hommage de la vertu au vice qui, au total, laisse un vrai malaise.

"Nicolas Sarkozy se choisit de nouveaux amis bien embarrassants"

Qu'attend, selon vous, Kadhafi de sa visite en France?
En libérant les infirmières bulgares et le médecin d'origine palestinienne, le colonel Kadhafi avait finalement comme objectif de venir à Paris en visite officielle. Si la motivation financière existait – on a indemnisé les familles –, elle n'était pas principale. Il semble qu'il n'y ait pas eu de versement de rançon. Ce qu'il voulait, c'est obtenir la consécration d'un pays membre, permanent du Conseil de sécurité. C'est fait! Et Nicolas Sarkozy, avec cette visite, tourne le dos à sa campagne présidentielle: hier, il insistait beaucoup sur les droits de l'homme et sur l'éthique; aujourd'hui, il est passé non seulement au réalisme, mais à l'hyperréalisme, voire au cynisme. A long terme, c'est dangereux car une politique sans réalisme, c'est une politique qui ne fonctionne pas, et une politique sans principes, c'est une politique qui échoue. Je ne suis donc pas pour que l'on déploie le tapis rouge sous les pieds de ce monsieur.

Est-ce une des conclusions de vos travaux à la commission?
En effet, je suis encore sous le coup des auditions des infirmières et du médecin. Des témoignages très brutaux, très durs, sur les tortures dans les prisons libyennes. Ils nous ont dit qu'ils avaient "vécu l'enfer sur terre" pendant les huit ans et demi de leur détention, alors que leur innocence était connue et reconnue par tous. Sauf par les autorités libyennes. Certes, ils ont été graciés et extradés, mais leur jugement de culpabilité n'a pas été revu. Il serait souhaitable que Nicolas Sarkozy le demande à son hôte, mais je ne me fais pas beaucoup d'illusions car le Président pratique une diplomatie de complaisance. Entre les félicitations à Poutine, les embrassades à Chavez, l'accueil à Kadhafi, Nicolas Sarkozy se choisit de nouveaux amis bien embarrassants.

"Cécilia Sarkozy a joué un rôle très important"

Que cherche, selon vous, Nicolas Sarkozy avec Kadhafi?
Je pense que sa préoccupation humanitaire était sincère, qu'il a voulu réellement la libération des soignants, mais qu'il souhaitait aussi étendre l'influence française dans cette partie de la Méditerranée. En outre, la dimension économique de ce rapprochement n'est pas négligeable. Tous les industriels que nous avons auditionnés ont reconnu que la libération des infirmières et du médecin, puis les relations qui se sont nouées entre la France et la Libye ont été un accélérateur puissant de contrats militaires et de perspectives de contrats nucléaires. Mais en ces domaines, la sagesse commande d'être vigilant et de s'assurer qu'on a affaire à un régime sûr. La logique commerciale ne doit pas se substituer à une vision stratégique.

Où en êtes-vous de vos travaux à la commission d'enquête, le témoignage de Cécilia Sarkozy aurait-il été nécessaire?
Nous sommes sur le point de conclure nos auditions avec, notamment cette semaine, celle de Claude Guéant. Quant à Cécilia Sarkozy, il nous est apparu, au fil de nos auditions, qu'elle avait joué un rôle très important, plus important que je ne le pensais moi-même. C'est elle qui, dans un entretien en tête à tête, a obtenu du colonel Kadhafi l'annonce de la libération des soignants. Son témoignage aurait donc été plus qu'utile, d'autant qu'il n'y a aucune raison juridique pour qu'elle ne soit pas auditionnée. Mais l'UMP a refusé de permettre sa convocation. C'est dommage, d'autant que le travail de notre commission est extrêmement constructif et exemplaire de ce que doit être, dans une grande démocratie, le contrôle du législatif sur l'exécutif. En revanche, malgré la séparation des pouvoirs, il n'est pas exclu que nous rencontrions Nicolas Sarkozy, personnage central de cette affaire.


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