Sarkozy, attaquant de pointe
Publié le 08 février 2008 à 16h00 par
Offensif. Tel est le style de Nicolas Sarkozy depuis ses débuts en politique. Discours offensif, verbe haut, gouaille rageuse, le président de la République innove depuis sa prise de fonctions au sommet de l'Etat. Cérémonie d'investiture loin du protocole, vacances médiatisées et, pour la première fois, poursuite au pénal d'un journal. La faute à un texto...

Les mains du président de la République, au mois d'octobre 2007... (Reuters)
Nicolas Sarkozy n'aime pas y aller par quatre chemins. Son style à lui est direct, sans ambages ni rondeurs. Il l'a prouvé à nouveau vendredi lors de la présentation du plan pour les Banlieues. Il n'a laissé le soin à personne de le détailler à sa place. Ni à Christine Boutin, ministre du Logement et de la Ville, ni à Fadela Amara, secrétaire d'Etat chargée de la politique de ville. Il s'est montré offensif, comme toujours, déclarant une "guerre sans merci", n'annonçant "aucune pitié" pour les trafiquants et autres bandits de banlieue. En évoquant la banlieue, le chef de l'Etat n'a pu éviter le sujet de l'immigration. Il a cité "Rachida, Fadela et Rama", comme des exemples d'intégration pour la France que ses successeurs ne pourront désormais plus ignorer.
Nicolas Sarkozy se veut un président de la rupture, notamment en regard de ses prédécesseurs. Tout comme il vient de le faire en poursuivant au pénal le Nouvel Observateur pour "faux, usage de faux et recel". Une première en France où depuis François Mitterrand les présidents de la Ve s'étaient toujours refusé à agir de la sorte, voulant préserver la liberté de la presse même lorsqu'ils étaient "calomniés"*. Le chef de l'Etat, même en ce domaine, a donc voulu innover. Le site Internet du Nouvel Observateur a en effet publié mercredi la teneur d'un texto que Nicolas Sarkozy aurait envoyé à son ex-femme, Cécilia, une semaine avant de convoler avec Carla Bruni: "Si tu reviens, j'annule tout".
"Les charognards ayant humé l'odeur de leur proie"
On savait le président de la République adepte du SMS, prompt à vérifier ses messages même lors de cérémonies officielles avec ses homologues chefs d'Etat, mais de là à imaginer que... Imaginer seulement car l'Elysée a démenti fermement les révélations du Nouvel Obs. Et poursuivi au pénal comme on le sait. "C'est un dépôt de plainte sans précédent dans l'histoire des relations entre un président de la République et la presse", estime Guillaume Malaurie, le directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, sur le site internet de l'hebdomadaire. Guillaume Malaurie voit dans le dépôt de plainte une pure stratégie politique alors que le chef de l'Etat est au plus bas dans les sondages et que la presse le présente cette semaine comme lâché par les Français.
Le chef de l'Etat n'a ainsi pas tardé à réagir à l'article du Nouvel Obs. intitulé L'obsession de Cécilia. Dès jeudi, l'avocat du chef de l'Etat, Maître Thierry Herzog, déposait plainte et qualifiait le pseudo-message de "faux" et d'"altération de la vérité". Rama Yade est l'un des premiers membres du gouvernement à sortir de sa réserve pour voler au secours de son président. Interrogée sur RTL vendredi, la secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme a dénoncé les "charognards ayant humé l'odeur de leur proie". "Il n'y a de retenue à rien, il n'y a plus de morale, personne ne recule devant aucune bassesse, devant aucun scrupule. Ce qui arrive aujourd'hui, ce qu'on lui fait subir, on ne l'a fait subir à aucun autre président ou personnalité politique", a tonné Rama Yade. "De grâce, un peu de dignité", a-t-elle réclamé.
Vie privée, vie publique... A force de vouloir mélanger les genres, d'afficher une transparence à la ville comme à la scène, le chef de l'Etat s'est peut-être pris à son propre piège. Peut-être seulement. Le parquet de Paris pour l'heure n'a pas donné suite à la plainte déposée par le chef de l'Etat qui a choisi d'attaquer bille en tête. Et le traitement d'une plainte au pénal prend en général trois mois avant d'être traité par le parquet parisien...
*Contre la compagnie aérienne Ryanair, qui avait utilisé une photo de Nicolas Sarkozy et de Carla Bruni, le président de la République avait agi dans le cadre d'un référé civil pour atteinte au droit à l'image.
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