Sarkozy sans parachute à Toulon
Publié le 25 septembre 2008 à 13h53 par Nicolas MOSCOVICI
A Toulon, ce jeudi sur le coup de 18h30, le chef de l'Etat va prononcer devant les Français un discours de politique économique aussi attendu que périlleux. A priori, aucune mesure nouvelle n'est à espérer, même si le président pourrait signer l'arrêt de mort des "parachutes dorés". En partenariat avec Public Sénat, son intervention est à suivre sur leJDD.fr.

Nicolas Sarkozy va enfin parler de la crise aux Français. (Reuters)
Nicolas Sarkozy joue gros jeudi à Toulon. De retour des Etats-Unis, où il a pu se faire une idée précise de l'ampleur de la crise financière qui ébranle les marchés mondiaux, le président de la République doit livrer au Zénith de la ville un discours de politique économique très attendu. La mission qui attend le chef de l'Etat dans le Var s'annonce pour le moins compliquée. Alors que 81% des Français se disent, dans un sondage publié dimanche dans le JDD, "tout à fait" ou "plutôt" inquiets face aux turbulences actuelles, le locataire de l'Elysée devra avant tout apaiser les craintes. Il devrait pour cela user de l'une de ses recettes favorites: "ni dramatiser, ni minimiser."
Entre 11-Septembre et tsunami
Nul doute toutefois que les mots que Nicolas Sarkozy posera sur les maux économiques actuels seront loin d'être suffisants pour lever les appréhensions. La crainte d'une répercussion de la crise américaine sur le Vieux continent est en effet bien réelle dans l'opinion. Invités dans les médias jeudi matin, les acteurs du monde économique ont également admis leur frayeur. Sans demi-mesure. Au micro de France Inter, Florence Parisot, la présidente du Medef a en effet qualifié la crise actuelle de "11-Septembre de la finance". Un peu plus tard, Jacques Attali, sur i-Télé a lui aussi fait dans "l'image choc". "La crise actuelle ressemble plus à un tsunami, c'est une série de vagues qui avancent, dont certains peuvent espérer qu'elles passeront au large, et qui sont beaucoup plus profondes et structurantes qu'un évènement isolé comme l'a été le 11-Septembre". Et pour Henri de Castries, président du groupe d'assurances Axa, interrogé par Europe 1, "il est tout à fait prématuré de dire aujourd'hui que le pire est derrière nous". "Nous sommes au coeur de quelque chose qui est en train de redéfinir le système financier américain et partant, l'ensemble du système financier mondial", a ajouté ce proche de Nicolas Sarkozy.
Un Nicolas Sarkozy, qui, depuis lundi, d'abord à New-York où à la tribune de l'ONU, il a réclamé que les coupables de la crise actuelle soient punis - puis à l'Elysée, a, en vue de son intervention, multiplié les prises de contacts avec les décideurs économiques. Auprès des spécialistes, le président a cherché à affiner le message qu'il livrera au pays à partir de 18h30. Avant de s'envoler pour Toulon, le chef de l'Etat a également reçu les parlementaires de la majorité. Après les "couacs" constatés ces derniers temps sur le terrain économique (financement du RSA, bonus-malus écologiques), il a tenu à resserrer les rangs autour de lui, afin de n'abandonner le champ de la contestation qu'à la seule opposition.
Les parachutes au placard?
Dans un entretien accordé aux Echos/i>, François Bayrou a d'ailleurs sorti l'artillerie lourde. "À l'été 2007, en gaspillant toutes les marges de manoeuvre budgétaires, en distribuant des avantages aux plus aisés, en servant sa clientèle électorale au détriment de l'intérêt général, (...) Nicolas Sarkozy a créé un sentiment durable d'injustice qui déstructure la société et déséquilibre les finances publiques", a attaqué le président du Modem. La veille, François Hollande avait déjà égratigné la posture de redresseur de torts du chef de l'Etat. "La sanction, il faut d'abord la prononcer chez soi", avait déclaré le premier secrétaire du PS. "Il faut balayer devant notre porte en quelque sorte. Nous avons aussi des banques qui ont été touchées en France (...) Quand il y a eu l'affaire Société générale, est-ce que les dirigeants ont été sanctionnés?". Autant de critiques qui devraient toujours avoir cours après le discours de Toulon.
Sur le fond que faut-il justement attendre de la parole présidentielle dans le Var? A l'Elysée, on s'entoure d'un luxe de précautions. Selon toute vraisemblance, et au regard d'une situation budgétaire morose, Nicolas Sarkozy s'appuiera d'abord sur les réformes engagées depuis le printemps 2007. Dans son entourage, on affirme également que le discours, grave, prononcé dans la nuit par son homologue américain, George Bush (lire: Bush plaide pour l'union sacrée), n'aura pas d'incidence sur celui de Toulon. Autant dire que le président devrait donc s'en tenir à des propos d'ordre général. A moins qu'il ne sorte un lapin de son chapeau. Ou plutôt un parachute. Doré, en l'occurrence. Sur France Inter toujours, Laurence Parisot a en effet annoncé que le conseil d'éthique du Medef s'était prononcé en faveur de la suppression des "golden parachute". Telle était également la promesse du candidat Sarkozy en 2007. Jeudi soir, le président pourrait donc enfoncer le clou et mettre un terme à une pratique, qui, à l'heure du pouvoir d'achat en berne, fait office de puissant symbole d'injustice sociale dans l'opinion.
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