Sarkozy veut se faire entendre en Chine
Publié le 24 novembre 2007 à 11h38 par
Comme avant de rencontrer Vladimir Poutine à Moscou il y a quelques semaines, Nicolas Sarkozy s'envole ce samedi vers la Chine avec l'intention, annoncée fermement, de faire entendre à Pékin la voix de la France. Le chef de l'Etat espère notamment mettre en place les conditions d'un partenariat économique "gagnant-gagnant" et aborder quelques questions qui fâchent...

Après la Russie et les Etats-Unis, Sarkozy entend exposer ses vues en Chine. (Reuters)
"Gagnant-gagnant". On croirait entendre résonner la voix de Ségolène Royal qui, durant la campagne présidentielle, avait usé et abusé de cette formule... pas vraiment gagnante. Cette fois, c'est Nicolas Sarkozy qui la fait sienne avant de s'envoler vers la Chine pour une visite d'Etat de trois jours qui débutera dimanche. Avant de décoller samedi, le président de la République a exposé ses intentions dans une interview à la très officielle agence Chine nouvelle. Fidèle à sa réputation, Nicolas Sarkozy prévient qu'il fait le déplacement avec l'espoir d'obtenir des résultats et notamment la mise en place, dans le domaine économique, de "coopérations 'gagnant-gagnant'", lui qui dénonce régulièrement une "concurrence déloyale"...
"Dans le domaine économique, le développement de coopérations 'gagnant-gagnant' suppose que les conditions d'une confiance durable sont réunies. Je souhaite créer les conditions de relations économiques harmonieuses", explique-t-il à Chine nouvelle. Reste que pour les dirigeants chinois, qui savent à quel point le marché qu'ils représentent est devenu incontournable, la notion de "gagnant-gagnant" réclamée par la France n'a pas le même caractère d'urgence... Nicolas Sarkozy, quoi qu'il en soit entend évoquer un sujet qui lui tient particulièrement à coeur. Comme il l'avait fait à l'occasion de son déplacement récent aux Etats-Unis à propos du dollar, il veut souligner la sous-évaluation, de son point de vue, de la monnaie chinoise. "Je souhaite des relations harmonieuses et justes entre les grandes devises, l'euro et le dollar, le yuan et le yen. C'est une condition de l'équilibre des relations internationales."
Le président de la République se fera également l'avocat des entreprises françaises qui connaissent parfois de gros tracas en Chine comme c'est cas en ce moment pour Danone ou Schneider. "Les entreprises des deux pays doivent pouvoir compter sur le respect des engagements contractuels, sur des cadres législatifs, efficaces et impartiaux, ainsi que sur un système performant de protection de la propriété intellectuelle", détaille-t-il. Devenu un chantre de la défense de l'environnement, Nicolas Sarkozy souhaite également que la Chine s'engage en ce sens. "Je souhaite, au cours de ma visite, établir un grand partenariat avec la Chine dans le domaine de la lutte contre le changement climatique", précise-t-il.
Un méga-contrat pour Areva
Enfin, le locataire de l'Elysée entend évoquer les questions internationales. Sur les velléités iraniennes en matière nucléaire, il espère obtenir le soutien chinois. "La France compte beaucoup sur l'engagement et la fermeté de la Chine sur le dossier iranien", souligne-t-il, laissant entendre par ailleurs qu'il est favorable à l'entrée de la Chine dans le G8, le club des pays les plus industrialisés du monde. Et les droits de l'homme? Nicolas Sarkozy devrait se montrer discret sur ce point toujours délicat. Rama Yade, la secrétaire d'Etat en charge de cette question ne fait d'ailleurs pas partie du déplacement. Il a toutefois promis à Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann, Pascal Bruckner et Christophe Ono-dit-Bio reçus à l'Elysée juste avant son départ qu'il aborderait le cas de la Birmanie avec Hu-Jintao...
Comme c'est de coutume en pareil cas, la visite du chef de l'Etat sera surtout l'occasion de signer d'importants contrats industriels. Alors que la France accuse un très fort déficit commercial vis-à-vis de la Chine (près de 17 milliards d'euros d'excédents en faveur de la Chine en 2006) et que les entreprises françaises peinent à s'implanter sur le marché chinois. Areva, dont la présidente Anne Lauvergeon sera du déplacement, pourrait conclure, selon les révélations de Christine Lagarde, la vente pour plusieurs milliards d'euros de deux réacteurs EPR de nouvelle génération et la fourniture, pendant 20 ans, de l'uranium nécessaire à leur fonctionnement, avec en prime un libellé de la facture en euros... D'autres chefs d'entreprise seront également du voyage et, grand classique, Nicolas Sarkozy ne devrait pas quitter Pékin sans qu'Airbus n'ait signé un contrat qui porterait sur 150 appareils...
Que des heureux en somme? Non, il y en a un pour qui ce voyage en Chine est l'occasion de piquer une grosse colère, c'est Alain Delon. Croyant avoir sa place dans l'avion présidentiel, l'acteur, qui estimait devoir en être "pour l'image de la France", a appris au dernier moment qu'il n'était pas invité. Une véritable humiliation pour l'acteur qui hurle sa colère et sa rage dans Le Parisien ce samedi, accablant l'entourage du président de la République et notamment son staff chargé de la communication, "une bande de charlots" qu'il taxe de "goujaterie" et de "grossièreté". "Je me sens très humilié par ce mépris", confie-t-il. Mais que Nicolas Sarkozy se rassure, Delon ne lui en veut pas. Il sait que quand le chef de l'Etat aura vent de cette inadmissible erreur, "les oreilles de certains vont chauffer". Une sortie spectaculaire démentie sur le fond par l'Elysée samedi qui concède tout de même un loupé: "Alain Delon ne vient pas. Il a été invité mais il avait d'autres engagements"...
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