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Retour de flamme pour le CIO

Publié le 08 avril 2008 à 7h50 par

Après le passage de la flamme olympique qui a tourné au fiasco à Londres, Paris et aujourd'hui à San Francisco, le Comité international olympique pourrait décider ces prochains jours de renoncer à l'avenir au parcours international de ce symbole de l'olympisme. Cette décision, signe d'un échec diplomatique cinglant pour Pékin, ne s'appliquerait toutefois pas dans l'immédiat.

David Douillet a vécu amèrement le passage de la flamme à Paris. - Reuters
David Douillet a vécu amèrement le passage de la flamme à Paris. (Reuters)


Face à l'embrasement des consciences au passage de la flamme olympique, le CIO pourrait décréter l'extinction des feux pure et simple. Les membres du Comité international olympique, solidaires des autorités chinoises, leurs hôtes en août prochain, ont mal vécu, c'est peu dire, le passage de la flamme olympique dimanche à Londres, et surtout lundi à Paris où la balade parisienne s'est muée en un véritable parcours du combattant.

Ce que Bernard Laporte, le secrétaire d'Etat aux Sports, a jugé être une atteinte à l'image de la France dans le monde, a été vécu comme une humiliation en Chine. Le porte-parole du comité d'organisation des Jeux, Sun Wei, a parlé de "blasphème". Ce qui, traduit dans le tabloïd Huanqiu Shibao donne ceci: "La France n'a pas protégé la flamme sacrée. Le monde a vu l'extrémisme irrationnel de certains individus en Occident, et aussi l'incompétence de la police de Paris". Un magazine chinois officiel diffusé par l'agence Chine nouvelle voit de son côté dans ces manifestations les signes d'un complot anti-chinois: "les forces intérieures et étrangères hostiles ont fait des Jeux olympiques un foyer d'infiltration et de sabotage", écrit ce journal.

Si la chaîne officielle chinoise, CCTV, a joué son rôle de propagandiste dans l'Empire du milieu en parlant d'un accueil chaleureux de la flamme à Paris et n'évoquant pour ses téléspectateurs que des incidents légers dû à des "extrémistes tibétains", les autorités ont, en réalité, été piquées au vif. "Nous exprimons notre ferme condamnation de la perturbation délibérée de la transmission de la flamme olympiques par des forces séparatistes 'pour l'indépendance du Tibet' qui n'ont pas eu une pensée pour l'idéal olympique ou pour les lois de la Grande-Bretagne et de la France", a ainsi déclaré une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. "Leurs activités méprisables ternissent le grand idéal olympique", a-t-elle poursuivi affirmant sans rire que "les informations diffusées par les médias étrangers indiquant que la flamme olympique a dû être éteinte pendant son passage à Paris sont fausses".

Une colère froide qui fait craindre quelques douloureux retours de bâtons dans les cercles diplomatiques français guidés avant tout par les intérêts économiques. Mais au-delà du seul cas de la France qui a illustré une opinion largement répandue en Occident concernant l'oppression du Tibet, c'est peut-être le symbole de la flamme olympique qui pourrait partir en fumée.

Un symbole terni

Richard Kevan Gosper, vice-président de la commission de coordination des Jeux au CIO a ainsi exprimé son mécontentement, évoquant un "abus de démocratie" à propos des manifestations hostiles au passage de la flamme, manifestations qu'il a jugées uniquement motivées par une "haine" de la Chine. En écho, le Comité international olympique, qui se doit de faire bonne figure vis-à-vis de la Chine, a évoqué mardi matin la tenue en urgence d'une réunion et le possible abandon, après les Jeux de Pékin, du cérémonial consistant à faire parcourir à la flamme un périple à travers le monde entier, inauguré en 2000 à l'occasion des jeux de Sydney. Le CIO qui priverait ainsi à l'avenir les habitants de la planète d'un moment de communion symbolique en faisant mine d'oublier que si celui-ci a été perturbé, c'est bien évidemment à cause de la nature du régime chinois à qui elle a attribué les Jeux olympiques, régime qui s'est distingué ces dernières semaines au Tibet.

Après le spectacle offert à Paris, le passage de la flamme à San Francisco promet également son lot de manifestations et Pékin a sans aucun doute du souci à se faire avant le retour de la flamme en Chine. Auparavant, celle-ci passera en effet par l'Argentine, la Tanzanie, le Pakistan, en Asie du Sud, en Australie et au Japon. En Australie, où la flamme doit être de passage le 23 avril prochain, on envisage déjà de revoir à la baisse le programme prévu. Le Premier ministre travailliste Kevin Rudd, en visite à Londres avant de gagner Pékin, a précisé que la Chine n'aurait pas l'autorisation d'aligner sa propre escorte, comme c'était le cas à Paris.

Pour sa part, le député Ted Quinlan, l'un des organisateurs du relais de Canberra, a dit craindre que les manifestations de Londres et Paris ne déclenchent un mouvement de protestation croissant, avec des militants cherchant à faire davantage que les précédents. "Mon inquiétude est que d'ici son arrivée (à Canberra), il y ait toute une série de protestations et que tout le monde se prépare à cette journée", a-t-il expliqué. Une crainte que partagent certainement les autorités chinoises qui, si elles assurent que rien ne saurait perturber le passage de la flamme, mesurent chaque jour un peu plus les difficultés qui les attendent pour faire en sorte que les Jeux de Pékin se déroulent dans la sérénité...


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