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Clearstream: La piste des RG relancée

Publié le 23 mars 2008 à 13h00 par

C'est une pierre dans le jardin de Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, les magistrats en charge de l'affaire Clearstream. Selon nos informations, plusieurs personnalités demandent aux deux juges de rouvrir leur instruction, close le 22 février, pour éclaircir le rôle des Renseignements généraux (RG), qu'ils auraient négligé, dans cette affaire de manipulation et de trucage de listings bancaires.



Lundi, l'avocat de l'ex-dirigeant d'EADS Jean-Louis Gergorin, Me Paul-Albert Iweins, a sollicité par écrit une série d'actes d'instruction supplémentaires visant les RG. Il demande notamment une confrontation entre Yves Bertrand, directeur central des RG de 1992 à 2004, et l'ex-commissaire Brigitte Henri, qui fut sa proche collaboratrice. Des contradictions de taille sont en effet apparues lors de leurs auditions respectives quant au rôle d'Imad Lahoud, le faussaire présumé des listings Clearstream: Brigitte Henri dit avoir rencontré Lahoud plusieurs fois et en avoir rendu compte à Yves Bertrand, mais ce dernier le conteste catégoriquement. Autre curiosité: le nom d'Imad Lahoud figure dans les fameux petits cahiers d'Yves Bertrand dès 2001, soit deux ans avant le démarrage de l'affaire Clearstream, et alors que le grand flic dit ne pas le connaître...

L'avocat fiscaliste Allain Guilloux, qui est partie civile, s'apprête lui aussi à réclamer une confrontation entre Yves Bertrand et Brigitte Henri, pour des raisons assez proches. Il vient de demander aux juges que les cahiers, agendas et répertoires saisis chez Yves Bertrand ne soient pas restitués à leur propriétaire. Mardi, dans une note de trois pages adressée aux deux magistrats, l'avocat de Guilloux, Me Daniel Vaconsin, cite des extraits inédits des fameux "cahiers Bertrand", qu'il a consultés minutieusement, et expose qu'ils sont de la plus haute importance. Comme Gergorin, Me Guilloux est en effet persuadé que les RG ont joué un rôle actif dans l'affaire Clearstream. Il en veut pour preuve que le faux listing dans lequel son nom a été ajouté contient ceux de plusieurs personnes "dont l'unique point commun est d'avoir été citées dans des affaires judiciaires concernant Charles Pasqua". Selon Guilloux, ces noms viennent des dossiers des RG, avec lesquels il a un lourd contentieux. Il en est certain, seuls les RG ont pu "souffler" son nom pour qu'il se retrouve sur les listings.

Allain Guilloux se dit victime d'une machination

Allain Guilloux dénonce de sombres manoeuvres qui auraient commencé en 2000 et auraient permis au juge Courroye de venir saisir à son cabinet les dossiers des hommes d'affaires Pierre Falcone et Arkady Gaydamak, cela "dans le but de faire tomber Charles Pasqua". Guilloux a passé quinze jours en prison pour une affaire gigogne, servant de prétexte à la perquisition, et dans laquelle il a finalement été blanchi. Or, selon la note de Me Vaconsin, les cahiers Bertrand montrent que le patron des RG "avait eu plusieurs rendez-vous au cours des années 2000, 2001 et 2002 avec M. Courroye", ce qui "ne correspond nullement à ses déclarations publiques". Allain Guilloux y voit la preuve qu'Yves Bertrand fréquentait beaucoup le magistrat. Il est également persuadé que les RG "traitaient" son ancien associé, Alain Belot, dont le nom figure aussi dans les cahiers Bertrand.

Aujourd'hui, Allain Guilloux estime qu'il a été victime d'une machination dans l'affaire Clearstream comme dans celle de l'Angolagate pour laquelle il a déposé deux plaintes pour dénonciation calomnieuse et détention arbitraire. Il vient de demander une copie des cahiers Bertrand, pour "protéger des éléments de nature à démontrer qu'il ne fait nullement preuve de paranoïa lorsqu'il soutient que, dès l'année 2000, il était l'objet de la “sollicitude” des Renseignements généraux, lesquels, en symbiose avec son associé de l'époque Me Belot et le juge Courroye, cherchaient à obtenir des informations sur certains clients de son cabinet, à savoir notamment MM. Falcone et Gaydamak, soupçonnés à l'époque de financer les activités de M. Charles Pasqua", expose la note de Me Vaconsin.

"Je ne connais ni Imad Lahoud ni Jean-Louis Gergorin, et je n'ai jamais traité cette affaire Clearstream ni de près ni de loin, répond Yves Bertrand au JDD. J'ai rencontré M. Courroye une fois ou deux fois, mais Guilloux délire complètement." Quant à Philippe Courroye, actuel procureur de Nanterre, qui est tenu au devoir de réserve, il préfère traiter les déclarations d'Allain Guilloux par le mépris. Ce dernier doit comparaître avec 41 personnes dont Charles Pasqua, Pierre Falcone, Arkady Gaydamak, Jacques Attali, Jean-Christophe Mitterrand et Paul-Loup Sulitzer lors du procès de l'Angolagate, à partir du 29 septembre à Paris.


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