"Dépassionner l'homosexualité à l'école"
Publié le 27 juin 2008 à 12h55 par
La Marche des fiertés 2008 se déroulera samedi un peu partout dans le monde. Plus de 500000 personnes sont attendues à Paris. Alain Piriou, porte-parole de l'Interassociative lesbienne, gaie, bi et trans (Inter-LGBT), qui organise la Gay Pride parisienne, revient pour le JDD.fr sur le thème choisi: "Pour une école sans aucune discrimination".

Une semaine après New York, une Gay Pride traverse Paris. (Reuters)
Le thème de la Gay Pride 2008 porte sur l'homosexualité à l'école. Pourquoi avoir choisi un sujet plus précis, moins général que les années précédentes?
Nous avons choisi de sortir des sentiers battus, en nous penchant sur un sujet plus sensible. Il faut prendre les choses à la racine, en proposant des sensibilisations dès le collège. Pour promouvoir le respect pour tous, il faut dédramatiser ce qui est parfois considérer comme un "problème". Pendant son adolescence, l'enfant acquiert des réflexes qu'il conservera sans doute toute sa vie. C'est pourquoi nous devons dépassionner l'homosexualité au plus tôt.
Quels sont les moyens pour combattre ces discriminations à l'école?
Il faut d'abord parer au plus urgent. Quand un enfant se fait injurier dans la cour de récréation parce qu'il est un peu efféminé, les enseignants ou le personnel encadrant doivent savoir comment réagir. Mais il est toujours difficile d'expliquer que l'homosexualité peut être normale. Les enfants suivent souvent les préjugés inculqués par leurs parents. Aucune formation n'apprend aux professeurs à faire face à l'homophobie. Et ce n'est pas leur métier. Une approche par l'extérieur restera donc toujours plus efficace. Depuis les années 90, de nombreuses associations circulent dans les classes pour limiter les discriminations. Les intervenants parlent de sexualité, d'intégration sociale, des discriminations, de respect de l'autre. Les élèves sont très réactifs et une minorité se montre réticente.
Est-ce suffisant?
Les associations ne peuvent pas tout faire. D'une part, les établissements sont plus ouverts à ces sensibilisations, et la demande devient trop importante pour le réseau associatif. D'autre part, des psychologues ou des travailleurs sociaux sont souvent des intervenants plus légitimes aux yeux des enfants, des parents et des enseignants. Par exemple, les Centres régionaux d'information et de prévention du Sida (CRIPS) font le tour des lycées parisiens. Pourquoi ne pas généraliser ce genre d'interventions institutionnalisées?
Le gouvernement est-il plus attentif aux demandes des associations gaies et lesbiennes?
Le ministère de l'Education nationale est beaucoup plus sensible qu'il y a dix ans. Xavier Darcos est très attentif aux discriminations au lycée, et il a inclu la lutte contre l'homophobie parmi les dix priorités de la lettre de rentrée 2008. Une directive toujours très suivie par les chefs d'établissements. Une deuxième initiative officielle aura encore plus d'impact: le ministère va faire la publicité d'un numéro azur. Tout en gardant leur anonymat, les jeunes pourront discuter de leur sexualité avec des spécialistes. Des cartes mémos seront distribuées à la rentrée à tous les lycées. Des brochures seront proposées aux élèves et enseignants. Pour une fois, ces mesures sont concrètes. Il ne s'agit pas d'un énième engagement politicien. Le bémol vient des collèges. C'est dommage: les adolescents doivent attendre le lycée pour que des personnes répondent sur des questions qu'ils se posent depuis leur sixième. Mais le sujet est encore un peu tabou. Et le collège continue de rester un "no man's land" côté sensibilisation.
Tous les ministères ne sont pas aussi engagés... Roselyne Bachelot, la ministre de la santé, promet beaucoup de choses. Elle a annoncé un plan "Santé des jeunes" [le 27 février dernier]. Nous nous sommes rendus au cabinet de la ministre il y a deux semaines pour discuter des mesures proposées. Mais comme cela reste un projet, rien ne sera prêt pour la rentrée 2008.
Articles sur le même thème
Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.

Il n'y a pas de commentaires pour le moment.