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Des villas qui font débat (MERCREDI 14H)

Publié le 23 septembre 2008 à 15h50 par Michel DELEAN

En Corse, le bras de fer continue entre "peoples" et écologistes, qui refusent le bétonnage de la côte. Après la décision du Conseil d'Etat de donner raison aux défenseurs de l'environnement, c'est au tour du tribunal administratif de Bastia de juger "au fond" jeudi. La décision judiciaire mettra-t-elle un terme définitif aux conflits liés aux permis de construire accordés sur le littoral? Pas sûr.

Les conflits sont nombreux le long du littoral corse. Ici, le golfe de Sperone. - Maxppp
Les conflits sont nombreux le long du littoral corse. Ici, le golfe de Sperone. (Maxppp)


Pour un peu, elle s'excuserait. "Vous savez, nous n'avons rien contre les people ni contre les Parisiens, assure Vincente Cucchi. Nous voulons seulement protéger l'accès naturel à la côte et éviter le bétonnage." Est-ce sa faute si le coin de paradis où elle vit est devenu un eldorado immobilier ? Cette mère de famille corse, épouse d'un patron pêcheur, milite depuis une dizaine d'années au sein de l'Association bonifacienne comprendre et défendre l'environnement (ABCDE), dont elle est aujourd'hui la présidente. Une gageure. Rien n'est simple sur l'île de Beauté, en particulier lorsqu'il s'agit de la défense du littoral. Au sein d'une même famille, entre voisins, les intérêts sont parfois contradictoires. On se brouille. On menace. Le bateau de son mari a été coulé, mais ça, Vincente Cucchi préfère ne pas en parler.

Pour l'heure, ce sont des personnalités en vue qui, bien malgré elles, aident à médiatiser la cause des défenseurs du littoral corse. Les nationalistes ont eu l'affaire Clavier, à Porto-Vecchio. A Bonifacio, ce sont des affaires Séguéla et Sulitzer dont on parle ces jours-ci. Jeudi, une audience très attendue se tiendra au tribunal administratif de Bastia. L'association ABCDE attaque huit permis de construire de luxueuses villas, au motif qu'elles ne respectent pas la fameuse "loi littoral" de 1986. Parmi les riches propriétaires sur la sellette, le publicitaire Jacques Séguéla, l'homme d'affaires Marc Sulitzer (cousin de l'écrivain Paul-Loup) et un avocat lyonnais, Xavier Delsol. Ces projets de villas ont en commun d'être situés dans des secteurs vierges de toute construction, à proximité du rivage, et d'être visibles de la mer, plaident les écolos. La villa Séguéla (739 m² au total) n'est pas encore sortie de terre, mais le terrain a déjà été débroussaillé et aplani, au grand dam des autochtones. Quant à la villa Sulitzer (qui, avec ses dépendances, doit atteindre quelque 2.064 m²), les travaux ont commencé.

"L'Etat ne joue plus son rôle"

A l'extrême sud de l'île, la pointe de Bonifacio compte une centaine de kilomètres de côte encore préservée. Quelques villas somptueuses, comme celles d'André Tarallo (l'ancien monsieur Afrique d'Elf-Aquitaine) ou de la famille Guerlain, ont été construites dans des endroits isolés, théoriquement protégés. Mais depuis un an ou deux, avec la "désanctuarisation" du littoral, la pression se fait de plus en plus forte. L'imbroglio est total: le nouveau plan local d'urbanisme de Bonifacio a multiplié les zones constructibles dans des endroits protégés, où les permis de construire avaient toujours été refusés ou annulés. Les écolos enragent. "Il faut absolument protéger ces zones naturelles et ces sites exceptionnels en évitant le mitage de la côte. Dès qu'une villa s'y construit, ça donne un prétexte pour délivrer d'autres permis de construire à proximité. Si on ne fait rien, c'est tout le littoral qui va être bétonné", craint Benoît Busson, l'avocat d'ABCDE et de plusieurs collectifs de défense de l'environnement. "Les communes lâchent du lest et l'Etat ne joue plus son rôle. Du coup, ce sont les associations qui doivent faire respecter la loi littoral", poursuit-il. Là où les choses se compliquent, c'est que beaucoup de gens ont intérêt à rendre les terrains constructibles.

Ainsi, l'ancien maire de Bonifacio a vendu en 2004 un terrain qui lui appartenait pour la somme rondelette de 2,7 millions d'euros à l'acteur Jean Reno, mais ce dernier n'a pas réussi finalement à y faire construire sa villa. Il faut aussi compter avec certains entrepreneurs locaux qui voient d'un mauvais oeil le combat des écolos. A l'inverse, il arrive que des groupuscules nationalistes (comme le tout nouveau FLNC-1976) revendiquent des plasticages de résidences "coloniales" et menacent de faire sauter les villas dont le permis de construire est contesté... comme celle de Jacques Séguéla. "Ce n'est pas notre combat, il ne faut pas tout mélanger, insiste Vincente Cucchi. Nous, on attaque aussi des permis de Corses."


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