Ecole: Polémique sur l'accueil
Publié le 16 mai 2008 à 9h08 par
Le pavé parisien avait à peine refroidi jeudi que Nicolas Sarkozy prenait la parole pour dire sa volonté de présenter avant l'été un projet de loi instaurant le service minimum à l'école. Les syndicats, qui ont mobilisé largement, ainsi que l'opposition, ont crié à la provocation. Xavier Darcos a enfoncé le clou en annonçant la création d'une "agence de remplacement de profs".

Nicolas Sarkozy veut que le service minimum soit inscrit dans une loi. (Maxppp)
En défilant dans les rues de dizaines de villes, les profs voulaient forcer Nicolas Sarkozy à les écouter. Mais il semble que ce soit un dialogue de sourd qui ce soit instauré. Au "malaise des profs" scandé par des dizaines de milliers de manifestants, le chef de l'Etat a répondu par "un projet de loi qui instituera un droit à l'accueil des enfants inscrits dans nos écoles", lors des jours de grève. "Le projet que je demande au gouvernement prévoira qu'en cas de grève, les professeurs grévistes se feront connaître 48 heures à l'avance". Il s'adressait aux Français depuis l'Elysée, lors d'une allocution annoncée à la dernière minute. Le gouvernement a-t-il précisé présentera ce projet de loi avant l'été. Il n'aura pas eu un mot pour la revalorisation du métier d'enseignant. Sur la forme – le timing et le ton – et le fond, cette allocution a été perçue comme une provocation. Pour Gérard Aschieri (FSU), le chef de l'Etat a franchi "une ligne rouge" en voulant limiter le droit de grève.
Gilles Moindrot, le secrétaire général du syndicat SNUipp-FSU, principal syndicat du primaire, a qualifié cette annonce "d'exaspérante". "Au soir d'une journée d'action massivement suivie, il n'y a aucune réponse aux inquiétudes, aux demandes d'ouverture de discussion pour désamorcer le conflit. La seule annonce est une nouvelle diversion." Même son de cloche du côté de Florian Lecoultre, leader de l'Union nationale lycéenne (UNL), le premier syndicat lycéen: "Sarkozy cède à une nouvelle provocation. À l'heure où les manifestations se font de plus en plus nombreuses, il jette encore de l'huile sur le feu. Il répond à côté. C'est abracadabrantesque de voir quelqu'un qui remet en cause le droit de grève après une journée comme celle d'aujourd'hui." Pour l'Unsa-Education, Nicolas Sarkozy manifeste par cette décision "un cinglant mépris aux revendications exprimées le 15 mai". "C'est un triple mauvais coup : contre le droit de grève, contre les enseignants, contre le dialogue", a-t-il dit.
Un texte "inapplicable et inconstitutionnel" pour Hollande
Le Parti socialiste est également monté au créneau pour critiquer l'annonce. François Hollande a ainsi accusé Nicolas Sarkozy "d'ouvrir une épreuve de force, inutile et blessante" et de vouloir "diviser les Français", qualifiant la décision du président de la République de "manoeuvre politique". "Ce n'est pas pour améliorer le fonctionnement de l'école ou pour permettre l'accueil des enfants des familles modestes qu'il prend cette initiative, mais pour plaire à la frange la plus conservatrice de sa majorité et pour remobiliser les rangs de son parti", a-t-il dit. Pour le premier secrétaire du PS, le texte, tel qu'il est présenté, est "inapplicable et inconstitutionnel. Inapplicable, car il n'est pas possible de demander 48 heures à l'avance au personnel de l'Éducation de se déclarer gréviste - puisque, jusqu'au dernier moment, ils peuvent rentrer dans un mouvement ou au contraire se dégager. Inconstitutionnel parce que l'on ne peut obliger les collectivités locales qui, selon notre droit fondamental, s'administrent librement, à se substituer à l'Éducation nationale pour l'accueil des jeunes enfants".
"Si les socialistes sont contre, c'est leur droit, je respecte leur opinion, mais les Français jugeront", a dit Nicolas Sarkozy lors d'un déplacement en Seine-et-Marine. "Les Français réfléchiront à tout cela, ils verront à qui il faut donner raison."
Face à ce tollé – attendu si ce n'est espéré – le gouvernement a insisté. Dans un entretien au Parisien vendredi, le ministre de l'Education nationale a balayé d'un revers de la main l'éventuelle provocation du président. "Il est dans son rôle car il considère que l'accueil des élèves à l'école primaire est une question de justice sociale", dit Xavier Darcos. Le ministre, très offensif vis-à -vis des syndicats de profs dernièrement, va "même aller plus loin". "Je vais créer une agence nationale de remplacement pour la rentrée 2009", explique-t-il. S'appuyant sur les plaintes des parents quant au remplacement des enseignants absents , Xavier Darcos veut regrouper les 50 000 professeurs à disposition dans "une structure de planification et d'organisation nationale". Son rôle? "Planifier les besoins prévisibles et gérer au plus vite les absences", dit Darcos. Et remplacer les grévistes?
Les syndicats s'inquiètent en tout cas de cette annonce. L'intersyndicale du second degré, qui regroupe sept organisations, a demandé au ministre de l'Education d'engager le dialogue "au lieu d'afficher une forme de mépris pour les organisations syndicales." La CGT, pour sa part, a dénoncé une "opération de diversion", appelle à construire "un puissant rapport de forces" et invite Xavier Darcos à ouvrir rapidement des négociations. Pas sûr, qu'à nouveau, ils soient entendus.
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