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Eurostar, le trajet le plus long

Publié le 19 avril 2008 à 11h10 par

Près de douze heures... au lieu des 2h30 prévues. Un nouveau record, dont la SNCF se serait bien passé, a été battu cette nuit entre Londres et Paris. Un voyage chaotique pour les 640 voyageurs embarqués vendredi soir à bord de l'Eurostar, causé selon la direction de la compagnie par l'accumulation de "malchance et une série de cafouillages techniques". Une enquête interne devrait être ouverte.

Depuis l'inauguration de la gare de St Pancras, l'Eurostar relie Londres à Paris en 2h15. Quand tout va bien... - Reuters
Depuis l'inauguration de la gare de St Pancras, l'Eurostar relie Londres à Paris en 2h15. Quand tout va bien... (Reuters)


Parti de la gare de St Pancras International à 20h (21 heures à Paris), l'Eurostar aurait dû arriver à Paris deux heures et demi plus tard. Mais ce n'est que vers 9 heures ce matin que les passagers ont enfin vu les arcades de la gare du Nord se dessiner au travers des vitres. Pour des raisons encore indéterminées, les quelques 640 voyageurs ont en effet été bloqués, puis évacués à bord d'un second train lui aussi tombé en panne, avant de monter à bord d'un troisième train envoyé à leur rescousse... depuis Paris !

Ironie du sort, c'est à cause d'un problème technique survenu à bord d'un train effectuant la liaison depuis Paris que la direction de la SNCF décide de transborder les passagers venant d'Angleterre. C'est donc après avoir passé sans encombre le tunnel sous la Manche, en gare de Lille-Europe, que le transfert est effectué. De là, les deux trains, qui restent attachés, repartent vers la capitale française à 60 km/h, pour s'arrêter après quelques kilomètres en rase campagne, dans les environs de Hattencourt, dans la Somme. Il est alors 1h30 du matin.

Dans le noir et sans chauffage

Solution alors retenue par la SNCF: envoyer un troisième train depuis Paris, à la rescousse des passagers. Parti à vide vers 3h du matin, il arrive à Hattencourt, dans la Somme, vers 4h30. Pendant ce temps, a cause d'un problème électrique, les voyageurs attendent dans des wagons privés de chauffage... et plongés régulièrement dans le noir. De quoi alimenter chez certains une certaine panique, alimentée par l'absence d'information directe donnée par un chef de train démuni, puisque privé de tout moyen de communication, le système de micro étant lui aussi hors-service.

"Ils ne nous ont rien dit pendant des heures, puis la police est arrivée et a dit 'ok, tout le monde descend'", a déclaré Jonathan Childs, un passager originaire de Londres. "On a traversé le train dans le noir complet, on est descendu et on a marché le long des voies vers l'autre train qu'on a traversé ensuite. Vous imaginez, c'était une longue nuit", a-t-il ajouté.

Une enquête ouverte lundi

Après ce second transfert, les passagers repartent, sans encombre cette fois, en direction de la gare du Nord peu avant 7h. Fin du calvaire vers 9h ce matin, soit douze heures après le départ de Londres, mais avec un petit-déjeuner offert par la SNCF. Mireille Faugère, directrice des voyages France-Europe à la SNCF, a qualifié la situation d"inacceptable" ce samedi matin lors d'une conférence de presse organisée gare du Nord. Reconnaissant que les passagers ont vécu un "voyage extrêmement pénible", elle a en outre indiqué avoir demandé l'ouverture d'une enquête technique précise dès lundi, afin d'éclaircir les raisons de ces dysfonctionnements successifs et d'établir les responsabilités.

Les malheureux voyageurs vont eux se voir rembourser leur trajet, et devraient bénéficier d'un voyage aller-retour gratuit. Après cette expérience inédite, reste à savoir si les passagers auront envie de retenter l'aventure de sitôt. Certainement pas ce passager, qui déclarait à sa descente du train, furieux: "C'est pathétique mais c'est symptomatique de la situation en France en ce moment. On est incapable de gérer une situation aussi banale."


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