Fin de carrière pour le Dr Maure
Publié le 08 septembre 2008 à 11h07 par Gaël VAILLANT
Un des feuilletons judicaires de l'été s'est terminé lundi matin à Marseille: le docteur Maure a été condamné à quatre ans de prison, dont trois ferme, pour "mise en danger de la vie, tromperies aggravées et publicité mensongère". Le faux chirurgien n'était pas présent à son jugement. Après une cavale de deux mois, il a été incarcéré le 19 août en Espagne, où il attend son transfert.

Lors de son procès en juin dernier, Michel Maure, défendu par Me Ramirez, niait les accusations de ses anciennes patientes. (Reuters)
Quelques-unes de ses anciennes clientes –et victimes– l'avaient appelé le "docteur mort". Michel Maure affirmait pourtant pouvoir "embellir la vie". Il s'autoproclamait alors "l'un des plus grands chirurgiens esthétiques du monde". Si le docteur Maure était bien médecin généraliste, il n'a jamais été chirurgien esthétique. Cela n'empêchait pas à cet autodidacte convaincu d'avoir opéré des centaines de personnes entre 2002 et 2004. Les victimes, en majorité des femmes, ont décrit des opérations qui pouvaient durer des heures, d'atroces souffrances et des conditions sanitaires douteuses. La clinique privée du faux chirurgien, située à Marseille, était "interdite" depuis 1995 par les services de l'hygiène publique. Mais Michel Maure avait un argument de poids: ses prix, imbattables, permettaient aux clients les plus modestes d'avoir accès à la chirurgie esthétique. Dès 2003, l'ordre des Médecins avait prévenu de la dangerosité de l'individu. Après plusieurs avertissements, les professionnels avaient fini par le radier de l'ordre en janvier 2007. Le docteur Maure s'était reconverti entre temps en marchand de sommeil en reconvertissant sa clinique. Une affaire douteuse qui lui a valu une première condamnation en 2004.
Une cavale à éclaircir
Rattrapé par son passé, Michel Maure a été condamné lundi matin à quatre ans de prison, dont trois ferme, et 75 000 euros d'amende pour "mise en danger de la vie de ses patientes, mais aussi pour blessures involontaires, tromperies aggravées et publicité mensongère". Le tribunal correctionnel de Marseille a ainsi mis fin à sa carrière de chirurgien usurpateur. Présent à son procès en juin dernier, le docteur avait accusé à son tour la justice et les enquêteurs d'avoir manipulé ses patientes. "C'est un homme brisé qui a été empêché d'exercer son activité pendant quatre ans", avait déclaré son avocat en plaidant la relaxe. Mais face aux témoignages accablants des victimes, le juge a suivi le réquisitoire du procureur de Marseille, Jean-Luc Blachon.
Néanmoins, les avocats des parties civiles ont tous regretté l'absence de l'accusé. Michel Maure, laissé en liberté sous contrôle judiciaire après son procès, était parti illégalement en Espagne, violant l'interdiction qui lui était faite de quitter les Bouches-du-Rhône jusqu'au jugement. Pour son avocat, Me Dominique Ramirez, le docteur Maure "n'a jamais escompté se sauver à l'étranger" mais voulait échapper aux "insultes et menaces" proférées contre lui à Marseille. Si les conditions de sa cavale sont encore à éclaircir, il semblerait que le fugitif possédait du patrimoine –un yacht notamment–, à Empuriabrava sur la côte catalane, un fait notable qu'il n'avait pas déclaré à la justice française. Interpellé et incarcéré depuis le 19 août, il n'était pas présent pour le rendu du jugement.
La justice espagnole doit encore se prononcer sur sa remise à la France, qui devrait intervenir dans les prochains jours. Selon les médias espagnols, le condamné s'oppose à son transfert, une position que son avocat n'a pu ni confirmer ni infirmer. En vertu du mandat de dépôt délivré, le docteur Maure sera écroué dès son retour en France même s'il fait appel. Pour ses anciennes patientes, c'est "l'aboutissement d'une longue épreuve judiciaire". "On aurait pu leur épargner les dernières péripéties mais ce procès est un bon début qui donne un avertissement aux chirurgiens esthétiques sans scrupules", a regretté l'un des avocats des parties civiles, Me Victor Gioia. Toutefois, certaines personnes n'ont pas fini de régler leurs comptes avec le faux chirurgien: Michel Maure est de nouveau cité à comparaître le 12 janvier prochain par une femme qui l'accuse d'un lourd préjudice à la suite d'une opération de chirurgie esthétique. Le feuilleton contiue...
Articles sur le même thème
Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.

Il n'y a pas de commentaires pour le moment.