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Kerviel: "La banque ment"

Publié le 14 février 2008 à 12h00 par

Alors que Jérôme Kerviel a été entendu une deuxième fois par les juges d'instruction en charge de "l'affaire Société générale", son entourage organise sa communication auprès des médias. Dans une interview accordée à Paris-Match, un expert judiciaire en informatique, qui a hébergé et conseillé le trader, raconte les quelques jours qui ont précédé l'audition de Kerviel.

Jérôme Kerviel quelques jours avant son incarcération. - Reuters
Jérôme Kerviel quelques jours avant son incarcération. (Reuters)


Jérôme Kerviel, ancien trader de la Société générale, ne parle qu'à ses juges. Mais l'entourage du courtier soupçonné de falsification n'oublie pas la presse. Dans le Paris-Match daté d'aujourd'hui, Jean-Raymond Lemaire, expert judiciaire auprès de la cour d'appel de Versailles, rapporte des propos de Jérôme Kerviel qu'il a hébergé chez lui en région parisienne.

L'homme ne connaissait pas Jérôme Kerviel avant que "l'affaire" de la société générale ne soit révélée par les médias. Ce jour-là, il reçoit un coup de fil de l'avocate du trader, Elisabeth Meyer, qui lui demande de recevoir le jeune trader pour lui promulguer quelques conseils. L'expert judiciaire en informatique accepte, "en toute transparence" souligne l'hebdomadaire puisque le parquet, les juges d'instruction et la Société générale en sont informés.

Après une journée passée avec le jeune homme, "je me suis forgé une conviction : la banque ne pouvait pas ne pas savoir!" déclare Jean-Raymond Lemaire. "Jérôme, il faut le redire, n'a rien d'un prodige de l'informatique" assure l'expert. Et lorsque Paris-Match lui demande si Jérôme Kerviel lui a parlé du gain de 1,4 milliards d'euros qu'il a réalisé fin décembre pour la Société générale, Jean-Raymond Lemaire répond: "Evidemment. Comme il m'a parlé d'une perte de 2,2 milliards en juin 2007. Dans son métier, pour gagner, il faut commencer par perdre. Ils sont construits comme ça, les traders. C'est ce qu'on leur apprend "

La banque ment

Mercredi, Jérôme Kerviel a été entendu pour la deuxième fois par les juges d'instruction. Selon un spécialiste de la communication, Christophe Reille, travaillant avec les avocats du trader, "au cours de cette audition, Jérôme Kerviel a confirmé la version initiale des faits et approfondi ses explications, en pleine collaboration avec le juge".

L'audition de Jérôme Kerviel a duré environ cinq heures, et a notamment porté sur ses liens avec Moussa Bakir, courtier de l'ex-Fimat (devenue Newedge), filiale de la Société générale par laquelle sont passées certaines des transactions litigieuses. Moussa Bakir a été lui-même interrogé samedi dernier par les juges en tant que témoin assisté. Les deux hommes ont notamment échangé des messages électroniques parlant des transactions litigieuses.

Jérôme Kerviel reconnaît des engagements risqués à hauteur de 50 milliards d'euros et le fait d'avoir fabriqué de faux documents pour masquer l'absence de couverture du risque. Ce qu'il réfute, c'est que ses supérieurs aient pu ignorer ses agissements. "La banque ment" ne cesse-t-il de répéter selon Jean-Raymond Lemaire qui assure que le jeune homme est prêt à "faire face". La défense de Jérôme Kerviel souligne d'ailleurs que c'est la Société générale qui a matérialisé la perte de 4,9 milliards d'euros en liquidant ses positions en pleine débâcle boursière internationale, entre le 21 et le 23 janvier.

Jérôme Kerviel a été incarcéré à la prison de la Santé. Son avocate, Me Meyer a déposé un pourvoi en cassation contre ce placement en détention ordonné par la cour d'appel vendredi dernier. La cour d'appel a suivi la demande du parquet général en estimant que le trader devait être emprisonné en raison notamment des risques supposés de concertation frauduleuse avec d'éventuels complices et de fuite à l'étranger - des critères prévus par le code de procédure et donc formellement légaux. Les juges d'instruction avaient initialement laissé Jérôme Kerviel en liberté sous contrôle judiciaire le 28 janvier, lorsqu'ils l'avaient mis en examen pour "faux, usage de faux, abus de confiance, introduction dans un système de traitement automatisé de données".


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