La dernière carte de Colonna
Publié le 11 décembre 2007 à 18h12 par
Avant de laisser place aux plaidoiries, les avocats de la défense d'Yvan Colonna ont joué une dernière carte. Ils ont demandé et obtenu la comparaison d'une empreinte non identifiée et relevée dans le commissariat où a été volée l'arme ayant servi à l'assassinat du préfet Erignac. L'empreinte n'est pas celle de leur client.

Le verdict est attendu jeudi ou vendredi. (Reuters)
Dernier coup de théâtre orchestré par la défense d'Yvan Colonna pour le dernier jour des débats. Les avocats du berger de Cargèse ont réclamé
et obtenu l'examen d'une empreinte relevée lors du vol de l'arme ayant servi à assassiner le préfet Erignac. L'identité judiciaire a comparé l'empreinte d'Yvan Colonna à celle retrouvée sur un ruban adhésif ayant servi à bâillonner un gendarme, lors de l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella, en 1997. C'est lors de cette attaque qu'avait été volée l'arme qui servira un an plus tard à abattre le préfet de Corse, Claude Erignac.
La défense sème le doute
Lisant le rapport de l'identité judiciaire, le président de la cour spéciale d'assises, Dominique Coujard, a révélé que le résultat de la comparaison était négatif. Si cette constatation ne suffit pas à innocenter Yvan Colonna, elle permet à la défense de semer le doute. "Si l'empreinte n'est pas celle d'Yvan Colonna, cela laisse entendre que le commando se composait d'autres personnes qui n'ont pas été identifiées", a dit Me Antoine Sollacara, avocat de la défense. En effet, il avait déjà été prouvé que l'empreinte n'était pas celle d'un gendarme ni celle d'un des six hommes déjà condamnés dans l'affaire Erignac.
Pour les parties civiles, il ne s'agit que d'un détail qui n'a aucune importance. L'empreinte a pu être laissée avant l'attaque du commissariat. Les parties civiles estiment qu'il s'agit d'une ultime manoeuvre de la défense. L'avocat général Yves Jannier a souligné pour l'accusation qu'un rapport d'expertise relatif à cette empreinte avait été notifié à la défense dès 2003, sans qu'elle ne fasse aucune demande à l'époque.
Aucune preuve matérielle
La cour devait entendre les plaidoiries de la partie civile mardi après-midi. Le réquisitoire de l'accusation est programmé mercredi matin. Depuis quatre semaines, Yvan Colonna comparaît devant la cour sépciale d'assises. Il est accusé de l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac en 1998.
Le point d'orgue de ce procès aura été le transport de la cour en Corse sur les lieux de l'assassinat, dimanche dernier. Un déplacement durant lequel la défense et l'accusation se seront enracinées dans leurs certitudes respectives. Durant quatre semaines aucune preuve matérielle n'a pu être apportée par l'accusation alors que la défense s'est échinée à démontrer que son client ne pouvait être sur place et faire partie du commando. Les sept magistrats composant cette cour spéciale devront s'en référer à leur "intime conviction" pour prononcer le verdict.
"C'est lui qui a tiré sur le préfet"
Pour faire pencher cette "intime conviction" vers la culpabilité, Philippe Lemaire, avocat de la veuve et des deux enfants du préfet a simplement affirmé dans sa plaidoirie, "c'est lui qui a tiré sur le préfet". Pour Me Lemaire, il est absurde de dire que les six hommes déjà condamnés pour leur participation au crime et leurs épouses ou compagnes auraient inventé le nom d'Yvan Colonna. "Trouvez-moi une raison pour laquelle on mettrait en cause totalement inutilement Yvan Colonna", a-t-il lancé. Il ne voit pas non plus pourquoi les policiers auraient suggéré le nom du berger de Cargèse aux autres suspects arrêtés avant lui. "La seule évidence, c'est qu'Yvan Colonna faisait partie de ce commando", a estimé l'avocat.
Mercredi sera le jour des resquisitions de l'accusation qui va très probablement demander la réclusion criminelle à perpétuité contre le berger de Cargèse. La défense pourra ensuite plaider. Elle soutient de son côté que les déclarations qui fondent l'accusation sont mensongères et avance l'idée que les protagonistes du crime veulent protéger un ou d'autres tueurs, actuellement libres. Verdict jeudi ou vendredi.
Articles sur le même thème
Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.

Il n'y a pas de commentaires pour le moment.