La police reprend ses quartiers
Publié le 14 janvier 2008 à 13h00 par
Cinq ans après la suppression par Nicolas Sarkozy de la police urbaine de proximité, la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, annonce qu'elle relance à titre d'expérimentation une police dans les quartiers dits difficiles de Seine-Saint-Denis. L'initiative fait l'unanimité, tant chez les élus qu'au sein de la police. Mais tous espèrent que les moyens seront au rendez-vous.

La police de quartier devra réussir là où échoue la police "d'intervention". (Reuters)
Les émeutes de novembre 2005, les répliques de l'année suivante, et les récents événements de Villiers-le-Bel sont passés par là, témoignant d'un malaise grandissant dans les quartiers dits difficiles. Ce lundi, Michèle Alliot-Marie a dévoilé son plan sécurité, et avec lui annoncé le retour de la police de proximité, même si elle se défend d'utiliser ces mêmes termes. "<i>Un retour à la raison</i>", selon le parti communiste, qui se félicite de voir réhabilité le dispositif mis en place par le gouvernement Jospin en 1997, et remis dans les cartons par Nicolas Sarkozy en 2002 – "<i>vous n'êtes pas des travailleurs sociaux</i>", avait-il lancé à un policier qui lui présentait un tournoi de football. "<i>Mieux vaux tard que jamais</i>", renchérit le Parti socialiste, qui espère trouver là "<i>un véritable tournant</i>" plutôt qu'une "<i>expérimentation cosmétique sans lendemain</i>". "<i>On a perdu six années dans ce domaine pour des raisons idéologiques</i>", a estimé le socialiste Stéphane Le Foll. La Seine-Saint-Denis aura l'honneur d'expérimenter le dispositif parce que, précisait la ministre de l'Intérieur lundi matin dans <i>Le Parisien</i>, "<i>les taux de criminalité et de délinquance [y] sont élevés, mais en même temps, on sent une vraie envie de progresser, une créativité et un potentiel énormes. Pour cela, il faut assurer la sécurité (...) C'est une chaîne à laquelle participent les élus locaux, la justice, l'Education nationale, les associations, etc.</i>"
Le département inaugure donc le retour d'une police "<i>proche des gens</i>", ajoute-t-elle. "<i>A l'Unsa-Police, on a toujours été fervent de cette idée, peu importe le terme</i>", commente le secrétaire national du premier syndicat de la police, Joaquin Masanet, interrogé par <i>leJDD.fr</i>. Plutôt classé à gauche, il ne tient pas à polémiquer sur la résurrection d'une idée éteinte et donc ravivée par l'actuel président de la République, et souligne que "<i>pour rapprocher la police de la population, et que les jeunes viennent vers la police (...) toutes les idées sont bonnes, qu'elles soient de droite ou de gauche</i>". La ministre prévient cependant que "<i>les policiers doivent avant tout assurer leur mission: protéger les citoyens contre les délinquants et lutter contre les trafics. Je ne veux pas d'une fausse proximité ou d'une mission ambiguë.</i>"
<b>Instaurer "<i>une relation de confiance</i>"</b>
Des équipes "<i>localisées sur un secteur, formées à l'activité en milieu difficile, assurant une présence permanente, active, visible et dissuasive</i>" devraient donc être installées à Saint-Denis, La Courneuve et Clichy-Montfermeil. A la mairie de Saint-Denis, on se dit "<i>tout à fait favorable, d'autant plus que nous l'avons demandé officiellement à Dominique de Villepin en 2005 après les émeutes</i>". Dans l'entourage du maire communiste, Didier Paillard, on souligne que "<i>la suppression de la police de proximité a été une erreur grossière, parce qu'on est passé d'une police intégrée à la société locale à une police d'intervention</i>". Le maire dionysien estime toutefois que le succès de cette police tiendra à plusieurs conditions. Des effectifs renforcés d'abord, car "<i>l'activité du territoire attire 200 000 personnes, avec plus de 2000 entreprises, le Stade de France etc. On a trois cents policiers, il nous en faudrait cinq cents.</i>" Ensuite, l'instauration d'une "<i>relation de confiance. Il faut absolument que les missions [des policiers] soient déterminées avec tout le monde, les politiques, les associations de quartier. Et il faut des policiers expérimentés, bien formés et respectueux de la loi, ce qui implique un rapport de respect mutuel. C'est-à-dire pas de tutoiement, pas de contrôle au faciès...</i>"
En contrepartie, la mairie se dit prête à s'investir. Elle devrait développer le "<i>stage d'accueil</i>" et de présentation de la ville qui existe déjà, et propose de signer une convention logement, comme c'est le cas avec d'autres services publics, dont l'hôpital. Des initiatives qui devraient répondre en partie aux interrogations de l'Unsa-Police. "<i>On se félicite, bien sûr, mais il faut dégager les moyens matériels et humains</i>", martèle Joaquin Masanet, sceptique pour l'instant sur les plans de carrière accélérés et la diversité promis par la ministre. "<i>On est dans une région où le logement est très cher. Or, un policier qui débute gagne 1300 euros nets. Et il assure la sécurité, il porte une arme, il n'a pas le droit de grève. Si on ne paie pas mieux les fonctionnaires, on ne les fidélisera pas. Et si l'emploi repart, vous verrez qu'il y aura peu de jeunes qui viendront vers la police. Or, dans certains départements, 93 ou 95, il faut recruter</i>", s'alarme-t-il. Avec la relance d'une police de quartier, Michèle Alliot-Marie ambitionne, elle, de faire de la Seine-Saint-Denis un "<i>laboratoire d'excellence de la police</i>". Une perspective qui fait espérer Joaquin Masanet: "<i>Si on a tous les ingrédients que je vous ai donnés, oui, on pourrait avoir un beau laboratoire.</i>"
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