Les coulisses du mariage présidentiel
Publié le 03 février 2008 à 11h30 par
Nicolas Sarkozy et Carla Bruni-Tedeschi se sont mariés samedi matin à l'Elysée. Sans fastes, sans photographes, en petit comité. En perte de vitesse dans les sondages, selon lesquels les Français lui reprochent son côté "people", le chef de l'Etat a pour une fois fait dans la discrétion. La chanteuse, elle, doit désormais endosser le rôle de première dame.

Nicolas Sarkozy et Carla Bruni n'auront plus de problèmes de protocole. (Reuters)
Il n'aura pas enlevé son alliance longtemps. Trois mois et demi après avoir divorcé de Cécilia, Nicolas Sarkozy, 53 ans, a épousé hier, à 11 heures du matin, à l'Elysée Carla Bruni-Tedeschi, 40 ans. Troisième mariage pour le chef de l'Etat, premier pour l'ex-mannequin devenue chanteuse. La rumeur courait depuis la veille. Le communiqué officiel de la présidence de la République est tombé à 18 h 30: "Madame Carla Bruni-Tedeschi et Monsieur Nicolas Sarkozy annoncent qu'ils se sont mariés ce matin, en présence de leurs familles, dans la plus stricte intimité." Deux lignes et demie volontairement sobres qui viennent conclure le premier couplet d'une romance débutée en fanfare et sur papier glacé, début décembre.
Cette fois-ci, promis-juré, affirme l'entourage du nouveau marié: "Aucun photographe, ni officiel, ni people, n'était présent à la cérémonie civile." Pour tromper ceux qui étaient en planque depuis l'aube, la voiture du président est sortie de l'Elysée peu avant 10 heures par le faubourg Saint-Honoré, en direction de l'UMP. Pendant ce temps-là, les invités rentraient discrètement à l'arrière par la grille du Coq. La cérémonie qui s'est déroulée dans le salon vert, contigu au bureau présidentiel, situé au premier étage du palais, a duré dix minutes, montre en main.
Célébrée par le maire du 8e arrondissement de Paris, François Lebel, en présence d'une trentaine de proches dont la mère Dadu , et les fils du président, la mère de la désormais première dame de France, Marisa, et sa soeur, la comédienne et réalisatrice, Valeria Bruni-Tedeschi, ainsi que ses quatre témoins. Pour lui, Nicolas Bazire, l'ancien directeur de cabinet et de campagne d'Edouard Balladur, et Mathilde Agostinelli, responsable de la communication de Prada en France. Pour elle, les comédiennes Marine Delterme compagne de l'écrivain Florian Zeller et Farida Khelfa. Quelques rares collaborateurs assistaient aux épousailles. Certains avaient été prévenus le matin même...
Pour garder le secret, les bans n'avaient pas été publiés contrairement à la loi, Nicolas Sarkozy ayant obtenu une dispense du procureur de la République. Il est ainsi devenu le deuxième président français, après Gaston Doumergue en 1931, à se marier à l'Elysée. Le deuxième aussi à épouser une Italienne. Raymond Poincaré avait convolé civilement avec une transalpine, Henriette Adeline Benucci, le 17 août 1904.
"La parenthèse enchantée people va se refermer"
Comme le veut la coutume, la mariée était en blanc. Toutefois, sa robe Hermès était ourlée à la hauteur des genoux d'un galon bleu marine de dix centimètres de largeur. Costume sombre et cravate pour le marié. Pas de discours: François Lebel, candidat dissident aux prochaines municipales, s'est contenté de lire les articles du code civil. Assez pour déchaîner la colère de Pierre Lellouche, le candidat officiel de l'UMP dans le 8e. Qui a immédiatement écrit au marié pour lui demander de venir le soutenir... Echange des alliances, baisers retenus. Nicolas et Carla étaient "émus et amoureux". Tous les intimes le confirment, malgré la réputation de "croqueuse d'hommes de Carla" et "le côté volage de Nicolas": entre eux, c'est une véritable histoire d'amour. "Le président de la République n'est pas devenu fou au point de se marier pour faire un coup médiatique", confirme le chanteur Didier Barbelivien, privé de fête hier soir, pour cause d'émission sur France 2, Tenue de soirée, en direct de Courchevel.
Car fête, il y a bien eu à la Lanterne, à Versailles, traditionnelle résidence des premiers ministres que Nicolas Sarkozy s'est appropriée à peine élu à l'Elysée. Un dîner en petit comité, sans esbroufe, mais un vrai repas de noces. On ne devrait pas en retrouver trace dans les magazines. Les consignes ont été claires, ni photos, ni confidences. Les sondages en berne ont eu raison de l'étalage excessif de la vie privée du chef de l'Etat, désormais revenu, à contrecoeur, semble-t-il à plus de sobriété. Pour combien de temps? La semaine dernière encore, en voyage officiel à New Delhi, Nicolas Sarkozy n'a pu s'empêcher de convier une journaliste de Point de vue à l'accompagner fin mars à Londres, au printemps en Israël, puis en août aux jeux Olympiques de Pékin. "Je vous recommande d'être là, il se peut que je n'y aille pas seul."
Désormais marié, Sarkozy pourra emmener sa belle où bon lui semblera, ce qu'il n'a pas pu faire dans le Golfe et en Inde, en raison du protocole très sourcilleux réservé aux chefs d'Etat. Soulagement à l'étranger, soulagement dans l'Hexagone où même ses amis s'inquiétaient de la prééminence que sa vie privée semblait prendre sur son action politique. "La parenthèse enchantée people va se refermer. Il va redevenir pleinement président de la République et se remettre au boulot", soufflait, hier, un familier du pouvoir, se faisant l'écho du ressenti des Français. Un point de vue que ne partagent pas ses collaborateurs "Moi qui observe jour après jour son emploi du temps, je peux témoigner qu'il n'a jamais failli à la tâche", assure l'un d'eux qui fait valoir que, hier matin, juste avant de se marier, le chef de l'Etat avait convoqué une réunion de crise avec le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, et le ministre de la Défense, Hervé Morin, sur la situation au Tchad.
"Et en plus, elle en a dans le cerveau, ça me change!"
Pas de voyage de noces pour les deux amoureux. Dès demain matin, Nicolas Sarkozy se rend à l'usine Arcelor-Mittal de Gandrange (Moselle), juste avant de s'envoler pour la Roumanie. Cette semaine, les questions franco-françaises reviendront aussi dans son agenda. Tout rentre dans l'ordre à cinq semaines des élections municipales tant redoutées par la droite qui craint le vote sanction d'un électorat troublé par l'image trop clinquante du chef de l'Etat. "Il s'est comporté comme un personnage de La Vérité si je mens, présentant Carla comme un trophée, fier de sa beauté et des bijoux qu'elle porte", relève un responsable de l'UMP qui se souvient d'avoir entendu, lors d'un déjeuner au Bristol avec Tony Blair, le président s'extasier devant lui, alors que sa compagne sortait pour fumer une cigarette: "T'as vu comme elle est belle! Et en plus, elle en a dans le cerveau, ça me change!"
Une allusion peu élégante à Cécilia qu'il appelait pourtant "la part non négociable de moi-même". Sarkozy n'a d'ailleurs cessé d'adresser des signes vengeurs? à son ex-épouse. En allant à Pétra avec Carla escorté par une horde de photographes, là-même où Cécilia avait rejoint Richard Attias. En offrant à Carla la même bague que celle offerte jadis à Cécilia. En choisissant comme témoin de mariage Mathilde Agostinelli, l'ex-amie de Cécilia, celle de tous les week-ends à Brégançon et même des vacances, cet été, aux Etats-Unis.
"Le Président va moins aimer Faudel et Mireille Mathieu"
Cécilia hier, Carla aujourd'hui. Deux femmes élégantes, à la même longue silhouette, au même caractère bien trempé. Devenue chanteuse à succès en 2002, avec son premier album Quelqu'un m'a dit (1,2 million d'exemplaires en France, 800 000 à l'étranger), Carla Bruni dont le troisième CD est en préparation, semble bien résolue à se glisser dans son nouveau rôle. "Elle est suffisamment intelligente et cultivée pour ne pas mélanger sa fonction d'auteur-compositeur et celle de première dame de France", veut croire Didier Barbelivien. La mère de la nouvelle épousée a toutefois déjà prévenu qu'il faudrait ménager à sa fille un endroit à l'Elysée pour qu'elle puisse travailler sa musique. Une artiste au sommet du pouvoir, voilà qui réjouit la profession! "ça va être bien pour nous, se félicite le producteur Dominique Besnehard qui, comme elle, a soutenu Ségolène Royal. Grâce à Carla, le Président va moins aimer Faudel et Mireille Mathieu. Un peu plus les poètes." Venue de la gauche elle signait encore récemment une pétition contre le recours aux tests ADN prévus dans le texte de loi contre l'immigration clandestine , la chanteuse jurait l'année dernière qu'elle ne voterait "jamais à droite". Que fera-t-elle en 2012?
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