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Les spécialistes du sida honorés

Publié le 06 octobre 2008 à 16h04 par Gaël VAILLANT

Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi ont obtenu le prix Nobel de médecine pour avoir découvert le rétrovirus du sida. Des travaux, effectués à l'Institut Pasteur, qui avaient été longtemps contestés par le professeur américain Robert Gallo. En plus de mettre fin à cette querelle, le comité des Nobel rend hommage à deux scientifiques qui ont voué leur vie à la connaissance du VIH.

La distinction suprême pour Luc Montagnier et François Barré-Sinoussi. - Reuters
La distinction suprême pour Luc Montagnier et François Barré-Sinoussi. (Reuters)


Luc Montagnier fait partie des références de la recherche française dans le monde. Pour avoir découvert le virus du sida il y a vingt-cinq ans, il a obtenu lundi la consécration de toute une vie: le Nobel de médecine 2008, qu'il partage avec sa collègue Françoise Carré-Sinoussi. L'Allemand Harald zur Hansen a également été récompensé pour ses travaux sur le cancer du col de l'utérus. Le couronnement du travail des Français marque la fin d'une longue dispute avec les Américains sur la découverte du virus de l'immunodéficience humaine (le nom officiel du sida). Robert Gallo, du National Cancer Institute, basé près de Washington, s'attribuait la paternité de la trouvaille, contredisant Luc Montagnier et Françoise Carré-Sinoussi de l'Institut Pasteur. La querelle avait pris une tournure politique: en 1987, Jacques Chirac, alors Premier ministre, et le président américain Ronald Reagan avaient dû signer un accord pour partager les retombées commerciales des travaux des trois scientifiques.

L'Institut Pasteur en pointe

Quand Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi entament leurs recherches au début des années 1980, un virus de l'immunodéficience jusque-là peu référencé commence à frapper des victimes en Occident. Les deux chercheurs identifient en 1983 la production de virus dans les lymphocytes sur des patients dans les premières phases de la maladie. Les scientifiques donnent alors un nom à cette source de pandémie: le Virus de l'immunodéficience humaine (VIH), dont découle le Syndrome d'immunodéficience acquise (Sida), qui a fait des millions de morts dans les années 80. "La découverte a été essentielle à la compréhension actuelle de la biologie de cette maladie et à son traitement anti-rétroviral", souligne le comité Nobel.

Si Françoise Barré-Sinoussi, 61 ans, continue ses travaux pour l'institut Pasteur à travers le monde – elle se trouve actuellement au Cambodge –, Luc Montagnier, 76 ans, est devenu directeur de la Fondation mondiale "Recherche et prévention sida". Il avait commencé sa carrière sous les ordres de Jacques Monod, le prix Nobel de médecine 1965. Inaugurant le département de virologie de l'Institut Pasteur, il est, à la suite de ses découvertes, devenu le premier chef du département "Rétrovirus et sida", de 1991 à 1997. Après quelques années au Queens College de l'Université de New York, il est revenu créer sa fondation. En parallèle, sa collaboratrice Françoise Barré-Sinoussi dirige encore son propre laboratoire à l'Institut Pasteur, étudiant toutes les formes possibles du sida. Techniquement, c'est elle qui a détecté la présence du rétrovirus du sida. Pour cette raison, elle a été associée au prix Nobel. En revanche, le comité suédois a oublié trois autres chercheurs qui ont contribué à la découverte: Françoise Brun-Vezinet, Jean-Claude Chermann et l'actuel président du Conseil national du sida, Willy Rozenbaum. Mais comme le résume Françoise Barré-Sinoussi, le Nobel est à nouveau une "récompense pour toute la recherche française".


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