Maillé: L'hommage de Sarkozy
Publié le 25 août 2008 à 13h46 par Gaël VAILLANT
Oubliés par l'Histoire, le village de Maillé (Indre-et-Loire) et ses 124 habitants froidement abattus par l'occupant allemand le 25 août 1944, ont enfin eu droit aux honneurs de la République. Ce lundi matin, comme il l'avait promis, Nicolas Sarkozy s'est rendu dans la commune. Une première pour un chef d'Etat en exercice. A la tribune, il est revenu sur "ce drame effroyable".

Le drame de Maillé est resté à l'écart de l'Histoire 64 ans durant. (Reuters)
Nicolas Sarkozy s'est rendu à Maillé, en Indre-et-Loire, pour compléter les livres d'Histoire. A l'image de Jacques Chirac qui avait rendu hommage aux tirailleurs sénégalais ou aux Juifs emportés lors de la rafle du Vel d'Hiv, le chef de l'Etat réhabilité dans la "mémoire nationale" le drame de Maillé, le massacre oublié de 124 civils par des soldats allemands, le 25 août 1944, jour de la libération de Paris. "En ignorant si longtemps le drame de Maillé, en restant indifférente à la douleur des survivants, en laissant s'effacer de sa mémoire le souvenir des victimes, la France a commis une faute morale", a estimé le président. "C'est cette faute qu'au nom de la Nation tout entière je suis venu reconnaître et réparer aujourd'hui", a-t-il ajouté devant une foule de plusieurs centaines de personnes.
Référence à l'Afghanistan
De nombreux élus de la région tourangelle et la plupart des habitants de Maillé, qui compte 650 résidents, sont venus assister au discours du chef de l'Etat. "J'avais demandé à Nicolas Sarkozy de venir. Alors candidat à la présidentielle, il a précisé qu'il viendrait au cours de son mandat", a précisé Bernard Eliaume, le maire du village. C'est la première fois en 64 ans qu'un président de la République en exercice assiste à cette commémoration. Nicolas Sarkozy a assuré que les morts de Maillé feraient désormais partie de la mémoire nationale, au même titre que les massacrés d'Oradour-sur-Glane ou des pendus de Nîmes. Dénonçant "l'inhumanité absolue" entourant ce massacre, il a déclaré qu'il ne fallait jamais transiger avec le fanatisme. Le président s'est ainsi permis un rapprochement entre le drame de Maillé et la mort des dix soldats français la semaine dernière en Afghanistan: "Je pense au sacrifice de nos dix jeunes soldats face à ces barbares moyenâgeux, terroristes que nous combattons en Afghanistan."
La justice française a classé le dossier depuis plus de cinquante ans. Un seul soldat a été, à ce jour, condamné par contumace, mais il est décédé sans être ennuyé en Allemagne, en 1965. Mais une enquête conduite par un procureur allemand, Ulrich Maass, sur les conditions de ce massacre pourrait permettre de connaître la vérité. "Avec les rescapés, nous voulons aller, non pas vers un règlement de compte, mais vers une compréhension de ce qui s'est passé. Pour l'heure, c'est une chape de plomb qui nous empêche de respirer", a affirmé le maire du village. Serge Martin, le président de l'Association pour le souvenir du massacre, reste plus amer: "On a toujours été oubliés. On ne vit pas comme les autres." Cet homme de 74 ans, qui a perdu un frère et deux soeurs, dont l'une avait six mois, dans le massacre, a expliqué être souvent amené à témoigner auprès des écoliers, sans pouvoir leur expliquer les raisons de ce drame.
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