Ajax-loader-form

"Obligé de mourir seul"

Publié le 14 août 2008 à 12h40 par Propos recueillis par Vivien VERGNAUD

Rémy Salvat, un jeune lourdement handicapé, a choisi de se suicider, après avoir écrit une lettre à Nicolas Sarkozy pour lui demander le droit au suicide assisté. L'avocate et amie de la famille, Caty Richard, qui avait défendu en 1999 la mère de Rémy Salvat, après que cette dernière eut tenté de mettre fin aux jours de son fils pour le "libérer", explique au JDD.fr le geste du jeune homme.

Le suicide de Rémy Salvat relance le débat sur l'euthanasie et le suicide assisté en France. - Maxppp
Le suicide de Rémy Salvat relance le débat sur l'euthanasie et le suicide assisté en France. (Maxppp)


Lourdement handicapé, Rémy Salvat a choisi, à 23 ans, de mettre fin à ses jours après avoir écrit à Nicolas Sarkozy pour lui demander le droit au suicide assisté. Le chef de l'Etat lui avait répondu pour lui faire savoir que, pour des "raisons philosophiques personnelles", il estime que "nous n'avons pas le droit d'interrompre volontairement la vie". Une réponse qui a révolté le jeune homme. Il a décidé, à dessein, de relancer le débat sur l'euthanasie et le suicide assisté en passant à l'acte. Depuis, sa mère a choisi de raconter l'histoire de son fils. En 1999, elle avait tenté de mettre fin aux jours de Rémy Salvat pour le "libérer" de ses souffrances. Son avocate à l'époque, Caty Richard, a aussi défendu Lydie Debaine, une mère qui avait tué sa fille handicapée de 26 ans en 2005. Elle avait obtenu un acquittement dans cette affaire et un non-lieu pour la mère de Rémy Salvat. Pour leJDD.fr, cette proche de la famille revient sur le geste du jeune homme, celui de sa mère il y a neuf ans, et leurs implications.

Que s'est-il passé il y a neuf ans, lorsque Régine Salvat avait tenté de mettre fin aux jours de son fils Rémy?
A l'époque, elle et son mari savaient depuis plusieurs années que Rémy était atteint d'une maladie orpheline dégénérative, dont l'issue serait fatale. Mais elle n'avait pas d'idée du devenir de son fils. Le gamin avait 14 ans et souffrait beaucoup. Elle a souhaité le libérer de ses souffrances, comme elle l'a expliqué. Elle était alors épuisée et a suivi une impulsion. Elle a tenté de mettre fin aux jours de son fils et s'est arrêtée avant de passer à l'exécution du geste. Il y a eu une instruction, mais Régine a obtenu un non-lieu.

Que pensait Rémy Salvat de ce geste?
Il n'en a jamais voulu à sa mère. Il a toujours regretté qu'elle n'ait pas réussi à le faire concrètement. Mais ça n'est pas là l'essentiel. L'essentiel, c'est de comprendre les raisons qui poussent une mère à faire ça, ou qui ont poussé Rémy à passer à l'acte.

Comment expliquez-vous son suicide?
Rémy a trouvé le courage de le faire seul, car il savait que, dans le cas contraire, ses proches auraient des problèmes. Il avait suivi l'histoire de Vincent Humbert et surtout l'affaire Debaine. Il aurait aimé prendre la parole au cours de son procès, mais il ne voulait pas embêter sa mère. Il avait beaucoup réfléchi à l'euthanasie et au suicide assisté. Mais il n'était dans aucune association. Il estimait tout de même que les choses ne pouvaient pas rester ainsi, qu'il fallait que ça change. Il a fait de son suicide un acte militant.

Pourquoi sa mère reprend-elle le flambeau?
C'est un acte d'amour, elle suit les dernières volontés de son fils. C'est cela qui la pousse à parler. On a donc alerté les médias sur le suicide de Rémy. Elle a toujours souhaité que l'on entende les personnes dont l'issue est connue, que l'on comprenne leur volonté de mettre fin à leurs jours. Personnellement, en tant qu'avocate et en tant qu'amie, ce qui me peine c'est de voir des enfants obligés de mourir seuls, alors qu'on pourrait les accompagner. Je ne veux plus pleurer car un gamin s'est suicidé, seul dans sa chambre comme Rémy l'a fait, sans pouvoir tenir la main de ses parents. Je ne veux plus avoir à défendre des mères qui tentent de mettre fin aux souffrances de leur enfant, et qui se retrouvent dans une grande solitude, sans aide. L'acquittement de Lydie Debaine a été un premier pas vers une reconnaissance de l'euthanasie. Le parquet a fait appel et c'est son droit. J'espère que sur ce sujet, comme sur l'avortement ou la peine de mort, le législateur suivra ce que dit la justice. Il ne faut plus laisser les gens le faire seul, c'est criminel.

Copyright 2008 © leJDD.fr


Il n'y a pas de commentaires pour le moment.

Écrire un commentaire

Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.