Paix armée dans les ports
Publié le 25 mai 2008 à 15h00 par
Les piquets de grève sont levés dans certains ports de pêche, après l'entretien qu'a accordé le ministre Michel Barnier aux travailleurs de la mer. Cependant, cette accalmie est provisoire et d'autres ports ont choisi de poursuivre la mobilisation. Dans le Sud, les pêcheurs tentent de rallier leurs voisins méditerranéens pour peser face à Bruxelles.

Les pêcheurs maintiennent la pression. (Reuters)
"On n'arrête pas la grève, on la suspend." La nuance est de taille, soulignée par José Jouneau, président du comité des pêches des Sables-d'Olonne, lors d'une assemblée générale des marins-pêcheurs. Ceux qui avaient, il y a deux semaines, initié le mouvement de révolte de la profession en bloquant les ports de pêche, de commerce et de plaisance du port vendéen, ont donc décidé de reprendre le travail pour un mois.
Les travailleurs de la mer se disent rassurés par leur entretien avec Michel Barnier, venu les rencontrer à Rennes vendredi. Le ministre de la Pêche s'est engagé par écrit sur la pérennité d'un mécanisme "d'aide aux équipages" permettant de ramener, de facto, le coût du gazole à 0,40 € le litre. Mais les pêcheurs n'excluent pas de repartir à la charge: "Si, dans un mois, il n'y a rien de concret, on remet la gomme", a prévenu José Jouneau.
La promesse gouvernementale a pour l'instant permis d'éviter l'extension du conflit. Toutefois, plusieurs foyers de tensions subsistent. Les ports de Cherbourg (Manche), de Ouistreham (Calvados), de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) et de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) étaient toujours paralysés par les pêcheurs. Sur l'A81, près de Laval, 80 pêcheurs du Guilvinec (Finistère) ont mené une opération "péage gratuit" et fouillé des camions frigorifiques à la recherche de poisson importé. A Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée), des bateaux sont sortis pêcher pour offrir gratuitement leurs prises aux habitants sur le quai. Quant aux pêcheurs de La Rochelle (Charente-Maritime), ils poursuivaient le blocage de dépôts de carburant, ceux de la baie de Seine maintenant un barrage devant la raffinerie Total du Havre (Seine-Maritime).
A Port-la-Nouvelle (Aude), les pêcheurs mécontents, loin de désarmer, ont érigé dès quatre heures du matin un barrage de palettes et de pneus enflammés sur la route menant au plus gros dépôt d'hydrocarbures de la région. Une vingtaine de camionneurs de l'Unostra (qui représente les PME du transport routier) les ont rejoints dans la matinée après avoir mené une opération escargot sur l'autoroute entre Sigean et Narbonne, préfigurant de possibles actions communes entre les professions sinistrées par l'envolée du gazole. Epuisés par une semaine de mobilisation, les "derniers révoltés" de la Méditerranée ont finalement levé leur barrage en début d'après-midi. "Aujourd'hui nous reculons, pour mieux bondir dès lundi", assure Anthony Catania, patron de 29 ans.
Les pêcheurs misent désormais sur un front commun avec leurs homologues européens. Cet après-midi, des marins-pêcheurs espagnols, italiens et portugais doivent se retrouver à Ancône, en Italie. Leur objectif? Trouver la meilleure façon d'orchestrer leur lutte dans le Bassin méditerranéen. "Chaque fois qu'on demande un coup de pouce, le gouvernement répond que ce n'est pas “eurocompatible”. Mais ces mesures dont nous avons besoin pour survivre, nous allons les rendre “eurocompatibles” en ouvrant un front commun avec nos collègues!" s'exclame Alain Rico, 52 ans. Demain matin, des délégations de pêcheurs venues de toute la France devraient, selon les marins-pêcheurs de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), se réunir pour faire le point sur leurs actions. De son côté, Paris va tenter cette semaine de décrocher le feu vert de l'Union européenne à son plan de soutien à la profession. Si le gouvernement français a déjà obtenu mercredi un accord de principe, il doit encore convaincre Bruxelles que l'aide sociale directe de 40 millions d'euros aux pêcheurs, qu'il préconise, ne faussera pas la concurrence avec les autres Etats membres.
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