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Pauillac: Une institutrice à bout se suicide

Publié le 29 mars 2008 à 16h50 par

Institutrice à Pauillac, Valérie Cruzin s'est donné la mort le 4 mars dernier alors qu'elle était enceinte. Elle n'a pas supporté les attaques personnelles de parents d'élèves la mettant en cause. Son mari et sa famille portent plainte contre l'Éducation nationale et la municipalité pour harcèlement, et accusent l'administration de ne pas l'avoir protégée.

Loin de l'insouciance de l'enfance, le climat délétère qui régnait à l'école Montauroy de Pauillac a conduit Valérie Cruzin au suicide. - Maxppp
Loin de l'insouciance de l'enfance, le climat délétère qui régnait à l'école Montauroy de Pauillac a conduit Valérie Cruzin au suicide. (Maxppp)


"Rien ne m'a laissé prévoir son geste". Les mots simples d'un mari abattu par le chagrin. Comme l'a dévoilé en fin de semaine le quotidien Sud Ouest, son épouse, enseignante depuis 18 ans, s'est donné la mort le 4 mars dernier, quelques jours après sa sortie de l'hôpital psychiatrique Charles-Perrens de Bordeaux, où elle avait été admise pour une première tentative de suicide quelques semaines plus tôt. Pour cette institutrice de 39 ans à la carrière et au dossier sans reproche, enceinte de six mois, l'école maternelle Montauroy de Pauillac aura été le dernier poste.

Bien notée par sa hiérarchie, jugée comme compétente et "faisant bien son travail" selon les propres mots de l'inspecteur d'académie André Mercier, cette enseignante a pourtant fait l'objet en novembre 2007 d'une douzaine de lettres émanant de parents, pour la moitié d'entre eux d'élèves non scolarisés avec l'enseignante. Relevant les "tenues inappropriées", le "manque de respect" et jusqu'à l'"inaptitude à enseigner" de l'institutrice, certains demandaient ni plus ni moins son "exclusion définitive de l'enseignement".

"Pas de nécessité d'intervention"

Face à ces signalements, "la hiérarchie de l'Éducation nationale (...) n'a pas assuré son rôle en ne soutenant pas l'enseignante contre l'entreprise de diffamation". C'est en ces termes que Philippe Mano, le secrétaire départemental du syndicat national unifié des directeurs et instituteurs - Force ouvrière (Snudi-FO) accuse l'administration d'avoir laissé "la situation s'empirer, quand elle n'a pas jeté de l'huile sur le feu". Accusation rejetée par l'inspection académique, au courant de la situation difficile à l'école de Pauillac, et qui avait, à la veille de la rentrée 2007, convoqué Valérie Cruzin à un entretien en présence d'inspecteurs, d'élus municipaux et de la directrice de l'école : "Un vrai tribunal" selon Philippe Mano.

L'Inspection académique estime, elle, qu'"aucun élément dans le dossier n'évoquait le harcèlement ni la nécessité d'intervention" de la hiérarchie. Et rappelle qu'elle avait proposé deux fois à l'institutrice de changer d'école. Véronique avait chaque fois refusé. Du côté de la municipalité, c'est le mutisme total, les employés ayant été priés de ne pas s'exprimer sur leur collègue disparue. L'école, pour sa part, a informé les parents de décès de l'enseignante et de son remplacement par un simple mot... glissé dans le carnet de correspondance des élèves. Face à l'indifférence générale, Cyril Cruzin, soutenu par la soeur et les parents de son épouse, a décidé de porter l'affaire devant les tribunaux en portant plainte simultanément contre le ministère de l'Education nationale et la municipalité de Pauillac.

Si la procédure judiciaire ne rendra pas à Cyril et à sa petite fille leur épouse et mère, la procédure engagée pourrait être l'occasion de remettre en lumière la question maintes fois posées de l'isolement des enseignants dans des relations parfois très difficiles avec des parents. Et de l'assourdissant silence de l'administration, qui peut être coupable quand il se transforme en non assistance à personne en danger. Valérie Cruzin n'allait pas bien, et tout le monde le savait. Mais comme le constate avec cynisme l'inspecteur d'académie, "les gens ne s'entendent pas, c'est comme ça, et tout le monde en souffre". Jusqu'à ne plus le supporter parfois. "C'est comme ça"...


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