Pêche: Barnier temporise
Publié le 20 mai 2008 à 12h48 par
A la veille de sa rencontre avec les représentants de la filière, Michel Barnier a tenté de calmer le jeu face à la grogne des marins pêcheurs. Mardi matin sur RTL, le ministre de l'Agriculture a, d'un côté, défendu le plan gouvernemental, estimé à 310 millions d'euros sur trois ans, tout en concédant, de l'autre, être tributaire des décisions de Bruxelles en la matière.

Michel Barnier suspendu aux lèvres de Bruxelles. (Reuters)
"Je ne raconterai pas d'histoires aux marins pêcheurs." Face à la nouvelle montée de fièvre dans la quasi-totalité des ports français, et à la veille d'une rencontre cruciale avec les représentants du secteur, Michel Barnier a joué la carte de la transparence mardi matin sur les ondes de RTL. "Je ne serai pas celui qui enverra des chèques en bois aux pêcheurs français", a encore lancé le ministre de l'Agriculture et de la Pêche à l'adresse d'une profession à bout de nerfs, exténuée par des promesses qui tardent à se concrétiser. Car depuis la très médiatique visite de Nicolas Sarkozy dans le port de Guilvinec en novembre dernier, laquelle a débouché sur un plan de relance chiffré à 310 millions d'euros, dans les faits, rien n'a réellement changé pour la profession. Pire, sa situation s'est encore dégradée, le prix du pétrole n'en finissant plus d'atteindre des sommets.
"Le temps de Bruxelles n'est pas forcément le prix de l'augmentation du prix du gazole", a plaidé, à son corps défendant, Michel Barnier. Se voulant pédagogue, le ministre a en effet expliqué que le plan français devait être soumis à l'approbation de la Commission européenne. "Je ne peux rien faire", a-t-il déclaré sans ambages, expliquant être pris entre "deux bornes": "Nous ne pouvons pas apporter des aides sans avoir l'accord de Bruxelles", a-t-il avoué, et, concernant les ressources, "nous travaillons dans le cadre de quotas fixés par Bruxelles". Quotas sur lesquels Nicolas Sarkozy avait promis de revenir au cours de la présidence française de l'Union européenne, à partir du 1er juillet prochain.
En attendant, ces "bornes" constituent des freins à une issue rapide du conflit, qualifié "de crise extrêmement sérieuse" par le ministre. Même si Michel Barnier a dit son espoir de recevoir le feu vert de la Commission "dans les heures qui viennent", il lui faudra finalement patienter encore. A la mi-journée, un responsable européen a effectivement annoncé que "la Commission avait examiné le paquet français". "On est plutôt d'accord sur l'ensemble des mesures, mais on a demandé des informations supplémentaires sur certaines d'entre elles", a-t-il précisé. "On est dans une réaction rapide, mais cela se comptera en termes de jours, on n'est pas à quelques heures". Dont acte, même si ce fâcheux contretemps risque de compliquer un peu plus les discussions de mercredi.
En position inconfortable, Michel Barnier pourra toutefois compter sur l'appui présidentiel. Mardi, le chef de l'Etat a envoyé un courrier à Pierre-Georges Dachicourt, président du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins, dans lequel il explique que le "plan Barnier" était "largement engagé". Le président de la République a en outre déclaré être "conscient de l'aggravation nouvelle de la situation liée au renchérissement du prix du gazole". "Face à cette situation, a-t-il ajouté, j'ai demandé au gouvernement d'examiner la situation individuelle des entreprises de pêche en difficulté, et d'adapter dans les prochains jours les mesures du plan à ce nouveau contexte."
Pour l'opposition, cette prise de conscience arrive un peu tard. Lundi, Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes avait annoncé son intention de débloquer, au nom de sa collectivité, 500 000 euros d'aides d'urgence "pour aider les familles des pêcheurs à vivre". Celle qui ambitionne de prendre la tête du PS en a profité pour fustiger "l'inaction gouvernementale", jugée "absolument insupportable". Mardi matin, François Hollande a salué la décision prise par son ex-compagne. Avec un bémol toutefois: les régions ne doivent pas "se substituer et à l'Etat et à l'Europe", a-t-il expliqué, en pressant le chef de l'Etat d'agir. "Nicolas Sarkozy était venu voir les pêcheurs, il leur avait annoncé des millions d'euros. Il fallait avoir pas simplement la parole facile ce jour-là , il fallait avoir l'engagement tenace (...) Je demande qu'il y ait l'application de ce qui avait été promis", a-t-il exigé. Tous les regards se tournent désormais vers Bruxelles.
Articles sur le même thème
Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.

Il n'y a pas de commentaires pour le moment.