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Pêche: Bruxelles contredit Fillon

Publié le 23 mai 2008 à 17h34 par

Dans la crise qu'ils traversent, les pêcheurs français ne savent plus à quel saint se vouer. Selon Paris, la Commission européenne a accepté le plan d'aide au secteur proposé par la France. Mais Bruxelles dément avoir donné son feu vert. En attendant une clarification, les pêcheurs maintiennent leur mouvement. Ils bloquent la raffinerie Total de Gonfreville-l'Orcher, la plus grande de France.

Bruxelles n'a pas encore dit oui, le mouvement de protestation des pêcheurs se poursuit dans les ports français. - Reuters
Bruxelles n'a pas encore dit oui, le mouvement de protestation des pêcheurs se poursuit dans les ports français. (Reuters)


Un pas en avant, un pas en arrière. C'est sûrement le sentiment qui domine chez les marins-pêcheurs français vendredi. Les déclarations de la journée ont été plutôt... contradictoires! D'abord Michel Barnier a annoncé tôt vendredi la prolongation des aides au secteur "au-delà de six mois", sans pour autant être sûr que le plan du gouvernement - 310 millions d'euros et une enveloppe spéciale de 40 millions d'euros - serait accepté par Bruxelles.

Ensuite, c'est François Fillon qui a tout simplement annoncé le feu vert de la Commission européenne. "Oui, nous avons l'accord des autorités européennes sur les dispositions qui ont été posées pour aider les pêcheurs français à surmonter la crise", a-t-il déclaré tout sourire, persuadé d'avoir obtenu le précieux sésame, synonyme, croyait-il, de sortie de crise. "Il faut retirer des bateaux, il faut en moderniser d'autres, il faut changer l'organisation en France, c'est ce que nous sommes en train de faire, ça demande du temps, ça demande des mesures transitoires et ces mesures transitoires ont été acceptées par l'Union européenne", s'était-il même avancé.

Un optimisme légèrement tempéré par Michel Barnier. Dans un communiqué, le ministre de la Pêche et de l'Agriculture, un peu moins confiant que sur France Télévisions vendredi matin, où il s'était dit sûr que Bruxelles donnerait son feu vert, évoquait, lui, "un accord politique". Et de préciser "qu'une prochaine décision du Collège des commissaires formalisera cet accord d'un point de vue juridique". Une manière de dire que techniquement, rien n'était encore fait.



Un bel imbroglio en perspective, donc. Que Bruxelles a tenté de démêlé vendredi en fin d'après-midi. La porte-parole du commissaire européen à la Pêche, Joe Borg, a déclaré que le plan français n'avait pas été approuvé par l'exécutif européen. "Aucune mesure n'a été acceptée en soit", a-t-elle insisté.

Reste que sur le total des 310 millions d'euros d'aides annoncés en janvier, 80 millions - aide à la formation ou à la création d'écolabels – ne devraient pas poser de problème car elles ne perturbent pas la concurrence. En théorie, ces 80 millions pourraient donc être versé sans délai. Pour cela, leur comptabilité avec les objectifs du budget européen consacré à la pêche, dont elles sont en partie issues, devra tout de même être examinée.

Pour le reste - les 230 millions qui doivent notamment servir à moderniser la flotte française -, Bruxelles doit encore vérifier si cette enveloppe ne constitue pas une aide d'Etat. Mais pour cela, encore faudrait-il qu'elle ait été notifiée à la Commission, ce qui n'a pas encore été le cas. Selon la porte-parole de Joe Borg, le feu vert au plan français n'est pas attendu avant juillet.

Quant aux "aides sociales exceptionnelles d'urgence" de 40 millions d'euros, annoncées mercredi par le gouvernement français afin de compenser l'augmentation du prix du gazole, elles font l'objet d'un examen à part à Bruxelles. Dans ces conditions, difficiles de promettre, comme l'a pourtant fait Michel Barnier vendredi, que ces aides seront versées "avant le 15 juin". Les pêcheurs ne sont pas dupes. Les mouvements de protestation se poursuivent dans plusieurs ports vendredi. En fin d'après-midi, des dizaines de pêcheurs ont par ailleurs commencé à bloquer les accès à la raffinerie Total de Gonfreville-l'Orcher, en Seine-Maritime, la plus grande de France. La fin de la crise, un temps annoncée vendredi, s'éloigne.


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